C’est quoi la Winter Spine Race, et qui est Sébastien Raichon
Course à pied la plus extrême du Royaume-Uni, la Winter Spine Race est une traversée hivernale de l’épine dorsale de l’Angleterre : 431 kilomètres non-stop, en autonomie partielle, à travers les crêtes hostiles du Pennine Way.
Vent glacial, tourbières, brouillard givrant, navigation GPS, nuits sans sommeil… chaque mois de janvier, une poignée d’ultras aguerris se lancent dans ce défi où l’abandon est la norme et la victoire l’exception.
Parmi eux en 2026, un Français se distingue : Sébastien Raichon, traileur d’ultra-endurance reconnu pour sa lucidité stratégique et sa régularité exemplaire. Ancien vainqueur du Swiss Peaks 360 et du Legends Trail, il s’est forgé une réputation d’athlète méthodique, capable de briller là où les autres explosent. Pour cette Spine, il ne vise pas la vitesse : il vise l’efficacité sur la durée, avec une gestion chirurgicale de son effort et un mental forgé dans les pires conditions.
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Winter Spine Race en direct, jour 1 : il est 19h30 dans le Yorkshire (20h30 en France). La douzième heure de course vient de s’achever, marquant un basculement décisif pour l’élite de la Winter Spine Race.
Le passage par Hebden Bridge (CP1), premier véritable sanctuaire après 47 miles (75 km) de lutte, a révélé les stratégies de chacun. Dans une obscurité désormais totale et un froid qui se cristallise sur les visages, la hiérarchie se dessine non plus seulement à la jambe, mais à la capacité logistique.
La guerre des « Dwell Times » : L’audace face à la méthode
Le temps passé au point de contrôle, le fameux Dwell Time, est souvent le juge de paix de la Spine. C’est là que se gagnent des minutes précieuses, mais c’est aussi là que se perdent des courses sur un excès d’optimisme ou de confort. À ce jeu, les écarts de stratégie entre les favoris sont criants.Chris Cope (134), le leader britannique, a frappé fort en réalisant un arrêt chirurgical de seulement 24 minutes et 6 secondes. C’est un signal envoyé à la concurrence : le leader n’est pas là pour se reposer. Son profil de vitesse confirme cette agressivité ; juste avant de plonger sur le CP, il maintenait des relances à près de 12 km/h, signe d’une réserve de puissance encore intacte.
Cette stratégie de l’arrêt « express » a fait des émules dans le groupe de chasse. Eugeni Roselló Solé et John Kelly ont tous deux calé leur logistique sur celle du leader, ne restant que 27 minutes au stand. Pour Kelly, habitué des Pennines, cet arrêt court est une déclaration d’intention : il reste à portée de fusil de Cope pour la traversée nocturne. Doug Stewart complète ce groupe de tête réactif avec un arrêt de 28 minutes.
À l’inverse, Sébastien Raichon (227) a choisi la voie de la tempérance. En restant 38 minutes au CP1, le Français a pris 14 minutes de plus que Cope. Ce n’est pas une défaillance, mais une méthode. Raichon, maître de l’ultra-endurance, préfère repartir avec une machine parfaitement révisée : alimentation chaude, réorganisation du sac, changement probable de couches thermiques et soins des pieds. Ce choix est partagé par James Nobles (41 min) et James Hargreaves (37 min). Sur une course de 430 km, Raichon parie que la lucidité gagnée lors de ces 15 minutes supplémentaires pèsera plus lourd que le retard comptable accumulé.
Analyse du classement scratch : Une bataille internationale


Le classement à la sortie du CP1 confirme la densité exceptionnelle de cette édition 2026. Sébastien Raichon occupe solidement la 7e place au scratch (et 7e homme).
L’analyse de la courbe de vitesse de Raichon montre une gestion « métronomique ». Malgré les variations d’altitude, il évite les pics d’intensité inutiles, se stabilisant entre 6 et 9 km/h là où le terrain le permet, tout en acceptant de descendre bas dans les ascensions les plus raides pour ne jamais basculer dans le rouge cardio-vasculaire.
Le terrain dicte sa loi : Les records s’éloignent
La donnée la plus marquante de cette fin de journée est le décrochage systématique par rapport aux temps de référence. La Winter Spine Race ne se court pas contre des hommes, mais contre les éléments, et cette année, les éléments gagnent du terrain.
Le retard masculin : Chris Cope accuse désormais un retard de 3 miles (4,8 km) sur la trace record de Jack Scott (2024).
Le retard féminin : Johanna Antila, bien que solidement installée dans le Top 10 scratch, concède elle aussi 4 miles sur le passage record de Jasmin Paris (2019).
Ce ralentissement généralisé est le témoin d’un terrain « lent ». La tourbe, saturée d’eau, et le brouillard givrant obligent les coureurs à une vigilance de chaque instant. L’écrémage a déjà commencé : 5 abandons officiels sont enregistrés à 18h21. Le Peak District ne pardonne aucune erreur de préparation ou de thermorégulation.
L’enfer blanc : Le programme de la première nuit
Ce qui attend les coureurs pour les dix prochaines heures est le véritable juge de paix de l’épreuve. Après avoir quitté le confort relatif de Hebden Bridge, le tracé s’élève vers les plateaux de Malham Tarn.
La navigation comme survie
Comme le soulignait Raichon dans sa vidéo de mi-journée, la visibilité est parfois nulle. Dans le « whiteout » nocturne, le cerveau sature rapidement à force de fixer l’écran du GPS. La moindre erreur de trace sur ces plateaux exposés peut coûter des kilomètres de détour dans une tourbe profonde.
Le choc thermique
Avec le coucher du soleil, les températures chutent. Le vent, qui soufflait dans le dos durant l’après-midi, devient un ennemi invisible qui s’insinue dans la moindre faille de l’équipement. La gestion de l’alimentation et du matériel devient une question de sécurité vitale.
L’isolement mental
Raichon confiait être déjà « seul » en milieu de journée. Cette solitude va se décupler sous les étoiles (ou sous les nuages). C’est ici que l’expérience de John Kelly ou la force mentale de Raichon peuvent faire la différence sur la fougue de Cope.
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