En France, le nombre de courses de trail dépasse désormais celui des épreuves sur bitume. Une bascule historique que les chiffres 2025 rendent incontestable.
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Pendant des décennies, la course à pied en France, c’était d’abord le marathon. Le chrono. Le dossard épinglé sur le débardeur technique, le ravitaillement en gel cafféiné et les spectateurs massés au kilomètre 30 avec des pancartes d’encouragement maladroitement calligraphiées. La route régnait, et le trail était ce truc un peu excentrique que pratiquaient des gens avec des bâtons et un GPS.
C’était avant.
Les chiffres du baromètre Finishers 2025, publiés par la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) et l’Union Sport & Cycle, viennent de tomber. Et ils méritent qu’on s’y arrête — pas seulement parce qu’ils sont flatteurs, mais parce qu’ils racontent quelque chose de structurel sur la façon dont les Français courent.

Un raz-de-marée général
Avant de savourer la victoire du trail, il faut situer le contexte. En 2025, le baromètre Finishers a recensé un nouveau record historique avec plus de 4 millions de résultats enregistrés sur plus de 13 000 courses dans l’Hexagone. La France compte désormais 13 millions de coureurs, dont 8 millions considérés comme réguliers — soit au moins une sortie par semaine. Pour donner une échelle : c’est davantage que le nombre de licenciés dans l’ensemble des sports collectifs français réunis.
Cette explosion n’est pas venue de nulle part. Elle s’est construite sur dix ans, avec une accélération post-Covid qui a propulsé la pratique bien au-delà de son cercle historique. Plus jeune, plus féminin — la proportion de femmes qui participent à des événements de course à pied a nettement augmenté, passant de 28 % à 37 % en dix ans —, et surtout plus diversifié dans ses terrains de pratique. C’est précisément là que les choses deviennent intéressantes.
5 900 trails contre 4 905 courses sur route : fin du débat
Voilà le chiffre que nous aurions affiché en une si nous étions un tabloïd britannique : en 2025, le calendrier français compte un record historique de 13 320 courses, dont 5 900 trails et 4 905 courses sur route. Le trail devance la route de presque mille épreuves. Ce n’est plus un léger frémissement — c’est une inversion durable du rapport de forces.
La route s’en sort avec les honneurs, bien sûr. Elle reste un terrain de masse, avec des pelotons plus denses et un 10 km qui connaît une croissance fulgurante de +49 % par rapport à 2024. Mais sur le plan du nombre d’événements — ce qui reflète l’offre, les projets associatifs, l’envie d’organiser et de courir — la route est désormais distancée.
Et le mouvement est ancien. C’est dès 2022 que, pour la première fois, davantage de trails que de courses sur route ont été organisés en France, avec respectivement 4 253 et 3 629 épreuves référencées par la FFA. 2025 ne fait qu’accentuer une tendance déjà inscrite dans les données.
+150 % en dix ans : le trail n’est plus une niche
Derrière le nombre d’épreuves, les finishers confirment la dynamique. La participation aux courses de trail a bondi de 150 % en dix ans, contre +40 % pour la course sur route sur la même période. Traduisons : le trail progresse presque quatre fois plus vite que la route en termes de participation. C’est ce qu’on appelle, dans les salles de réunion des marques de running, « un signal fort. »
Et les licenciés suivent. Le nombre de licenciés FFA est passé de 410 000 en 2017 à 583 000 en 2025, soit une hausse de 42 % en huit ans — portée en partie par l’afflux de traileurs qui cherchent un cadre institutionnel, des assurances, et l’accès aux courses labellisées.
Soyons beaux joueurs
Il serait facile, et un peu mesquin, de danser sur la défaite du bitume. La route a ses qualités — et les traileurs le savent mieux que quiconque, puisqu’ils y courent aussi. 50 % des coureurs pratiquent désormais les deux disciplines, trail et route, contre des univers qui étaient encore relativement séparés il y a quelques années. La frontière s’est dissoute. Le traileur du dimanche qui prépare son UTMB fait aussi son 10 km de printemps pour tester ses jambes. Le marathonien qui s’ennuie sur bitume finit par s’inscrire à un trail local. Ces deux mondes se nourrissent mutuellement.
74 % des primo-coureurs sur route s’entraînent dans la nature avec des dénivelés et ont déjà participé à un trail. Autrement dit : même les « routards » sont traileurs. Même eux.
Ce que racontent ces chiffres, c’est moins une guerre des disciplines qu’une transformation profonde de ce que les Français cherchent en courant. Le trail est vécu comme une expérience où se mêlent nature, liberté et plaisir, et où le classement et la hiérarchisation des participants par le chrono final sont très marginaux. C’est peut-être ça, la véritable révolution : on ne court plus uniquement pour performer. On court pour ressentir. Et pour ça, les sentiers ont une longueur d’avance indiscutable sur le bitume.
Ce que ça change — concrètement
Pour les organisateurs, la pression est déjà palpable. 61 % des coureurs ont déjà été confrontés à une épreuve affichant complet avant même d’avoir pu s’y inscrire. Les fenêtres d’inscription se réduisent, les listes d’attente s’allongent. L’offre trail se densifie, mais la demande reste structurellement supérieure.
Pour les marques, le message est clair : sur le marché outdoor en 2024, 30 % des ventes de chaussures concernaient le trail, avec des paniers moyens en hausse. Les équipementiers n’ont pas attendu les statistiques pour comprendre où allait l’argent.
Et pour vous, traileurs qui lisez ces lignes ? Ces chiffres sont une évidence, pas une surprise. Vous saviez depuis longtemps que les sentiers valait mieux que le trottoir. Il aura juste fallu dix ans aux statistiques pour vous rejoindre.
Sources :
- Baromètre Finishers FFA / Union Sport & Cycle 2025
- Les Echos, avril 2026
- Observatoire du Running USC 2025.
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Auteur : Alban Grivel, des montagnes et des sciences






