2026, l’enchainement de trop pour Kilian Jornet
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Pourquoi cet enchaînement est-il aussi risqué ?
S’il y a bien une chose dont on peut être sûr avec l’annonce du retour de Kilian Jornet ce 23 février, c’est que ce dernier pense encore être le GOAT du trail. Il pense tenir encore une telle forme que non seulement il revient sur l’UTMB, une course qui l’a déjà gagnée il y a presque 20 ans, mais surtout qu’il va enchaîner en l’espace de 2 mois la Western States, Sierre-Zinal pour enfin finir sur l’UTMB.
Cela paraît fou, et en même temps, on parle de Kilian Jornet. On ne parle pas d’un sportif, on parle d’un ultraterrestre ! Alors, la question que l’on se pose déjà, et que l’on va se poser jusqu’à la dernière semaine du mois d’août, c’est de savoir si Kilian Jornet peut bien arriver frais et performant sur la place du Triangle de l’amitié à Chamonix !
Kilian Jornet, le sportif hors normes né à l’UTMB
On peut aimer ou ne pas aimer Kilian Jornet. On peut lui reprocher, ou non, ses prises de position écologiques, ainsi que sa participation à une course que beaucoup critiquent pour son impact écologique. Mais peu importe ici, il est question de palmarès et celui de Kilian Jornet est une véritable légende.
Kilian Jonet a un palmarès de légende

4 victoires à l’UTMB, de 2008 à 2022, 10 victoires à Sierre-Zinal, et enfin une victoire à la Western States, beaucoup sont célèbres dans ce sport en ayant qu’une seule de ces victoires à leur actif.
L’enchaînement que prévoit Kilian Jornet semble surhumain
Western States
Tout commence avec la Western States dont le départ est donné le 27.06.25. La Western States est sans doute l’un des ultra les plus exigeants car, parmi les grandes courses internationales, il est atypique. Son premier élément particulier, c’est sans doute cette différence entre le D+ (5500 m) et le D- (7000m). Cela se traduit par des quadriceps qui prennent bien cher car la course a, surtout presque toute sa longueur de 160 km, un profil descendant. L’autre particularité est justement ce profil très roulant. Aujourd’hui, la Western se termine en 14h09, le record de Jim Walmsley 2019 ou encore 14h11 pour Caleb Olson lors de sa victoire de 2025.
Sur cette même édition, Kilian Jornet avait battu sa propre marque précédente de 80 minutes, et avait réalisé un temps de 14h19.
Sierre-Zinal
Si on regardait la course de loin, on pourrait penser que Sierre-Zinal n’a pas une grande importance. On ne parle pas des 100 miles de la Western ou de l’UTMB, on parle d’une course de 31 km et 2200 D+. C’est presque votre sortie longue du dimanche.
Sierre-Zinal se court aujourd’hui en moins de 2h30. C’est déjà impressionnant pour ce ratio distance et dénivelé. Mais c’est le profil de course qui en fait un nom à part du circuit. Sierre-Zinal, ça monte presque sans interruption sur 20 km, avec des sections particulièrement abruptes dès les premiers kilomètres. L’impact du dénivelé sur les jambes est violent. Et pour s’en remettre, une partie suivante ressemble à un faux plat montant où il faut tenir un allure très vive, alors même que l’on ressent déjà une certaine raréfaction de l’air puisque l’on est à plus de 2400 m d’altitude. Enfin, pour ceux qui sont encore debout, la dernière partie de la course, en particulier la descente finale sur Zinal, casse littéralement les pattes avec un chemin non seulement très incliné, mais surtout particulièrement technique.
Sierre-Zinal, c’est 31 km et on en sort pas indemne.
L’UTMB
On a déjà tout dit sur l’UTMB tant la course chamoniarde fait référence. 170 km de long, des cols à plus de 2500m d’altitude, des descentes de presque 1000 D-, bonjour le travail excentrique !
L’UTMB, c’est aussi une course où la météo n’est jamais acquise. Soleil ou pluie, chaleur ou fraîcheur, difficile d’anticiper tant les conditions météo sont changeantes. C’est d’autant plus un piège qu’au contraire des deux autres courses, l’UTMB force à passer une nuit dehors.
L’enchaînement que prévoit Kilian Jornet est-il possible pour lui ?
Cet enchaînement Western, Sierre et UTMB, Jornet ne l’a réalisé qu’une seule fois, en 2011. Et il a remporté 2 des 3 courses (Western et UTMB). On aurait tendance à croire que l’enchaînement est donc possible, et surtout qu’il peut être compétitif.
Sauf que ce n’est pas si évident. De 2011 à 2015, il s’est écoulé 15 ans. 15 ans de maturité et d’expérience bien sûr, 15 années d’entraînement et de compétition au plus haut niveau. Mais aussi 15 ans de plus au compteur, des années à s’éloigner des courses à dossard pour des projets d’envergure, et une vie de famille maintenant bien installée.
Le Kilian Jornet de 2026 peut-il avoir un corps encore prêt pour de tels exploits ? Et Jornet veut-il passer par un entraînement aussi exigeant alors que ses priorités ne sont plus celles de sa jeunesse ?
Une compétitivité indéniable sur le plan sportif
Si l’on prend les courses séparément, il peut encore toutes les gagner. Sur le papier, il n’est qu’à 10 minutes du vainqueur de la Western l’année dernière. C’est à la fois énorme, et en même temps un laps de temps tout à fait envisageable.
Pour Sierre-Zinal, il est encore le détenteur du record. Et si Philemon Ombogo Kiriago le Kényan a gagné 2 fois ces 3 dernières années, il n’a pas battu le record de Jornet. Sa performance est assez récente pour imaginer qu’il puisse encore la répéter cette année.
L’UTMB semble être la course peut-être la plus complexe à remporter. Ce n’est pas le profil qui ne convient pas à Jornet, c’est la concurrence qui va y être féroce. Tout le monde y sera. Jornet reste cependant le recordman de l’épreuve sur le parcours officiel et très peu nombreux sont les concurrents qui sont passés sous la barre des 20 heures sur ce format. On compte d’ailleurs seulement Mathieu Blanchard (épique partie finale en 2022, et Vincent Bouillard le vainqueur 2024).
En résumé, toute la question est de savoir si Kilian Jornet peut enchaîner les 3 courses ET gagner l’UTMB.
Enchaîner les parcours de folie, Jornet en a fait la démonstration forte avec Alpine Connections et State of Elevation. Il parcourait chaque jour des dizaines de kilomètres, mélangeant parfois les moyens de déplacement, et passant au sommet des plus hauts cols européens ou américains quelles que soient les conditions climatiques. Quand on enchaîne sur 20 ou 30 jours de tels exploits, enchaîner 3 courses en 2 mois environ semble une formalité.
Mais c’est là qu’est le piège ! Kilian Jornet ne vient pas pour être finisher. Il ne vient pas pour goûter au podium. Il vient pour être 1er sur les 3 courses. Il vient plier le game de façon définitive. Il vient demander à ce que l’on mette une plaque à son nom sur la ligne de départ de l’UTMB. Il vient dire, personne au-dessus de moi.
Or enchaîner les victoires va demander un travail colossal de préparation, puis de récupération entre les courses. Evidemment que c’est quelque chose qu’il connaît bien, lui qui anime le trail mondial depuis 20 ans. Mais peut-il encore ? Le veut-il encore maintenant que femme et enfants ponctuent aussi sa vie ? Il faut rappeler que s’il ne fait pas de off de folie cette année, c’est aussi pour être sa famille. Alors à la place il ne fera que la Western, Sierre-Zinal et l’UTMB.
Et si la tête dit oui, est-ce que son corps, à la fois incroyable et aussi malmené par tant d’efforts, peut encaisser une telle remise en conditions ? Même les élites, même les héros doivent savoir dire stop.
Ce que Kilian joue vraiment à l’UTMB
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