« Le dopage en trail était autrefois considéré comme rare, mais l’augmentation des prix et du sponsoring a entraîné une hausse de la fréquence des contrôles positifs. »
La phrase est signée Kilian Jornet. Elle figure dans la tribune qu’il a publiée le 20 janvier sur son site personnel.
Elle ne tient qu’en une ligne, mais elle suffit à déplacer le débat. Parce qu’elle dit quelque chose que le trail a longtemps évité de formuler clairement : la discipline n’est plus à part. Il faut immédiatement préciser ce que cela signifie — et ce que cela ne signifie pas. Jornet ne parle pas d’un système organisé. Il ne vise aucun coureur. Il n’évoque pas une contamination massive du peloton. Il constate un changement de contexte : la professionnalisation du sport, l’augmentation des enjeux financiers et la structuration des circuits s’accompagnent d’une hausse des contrôles positifs.
Autrement dit, le trail entre dans la même zone de vigilance que les autres sports d’endurance.
Une discipline désormais classée « à risque »
Les chiffres viennent donner de l’épaisseur à cette affirmation. L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) a classé le trail parmi les disciplines dites « à risque ».
Cette mention ne constitue pas une accusation. Elle reflète une réalité physiologique et économique : les sports d’endurance, par nature, reposent sur des paramètres cardiovasculaires et métaboliques qui peuvent faire l’objet de tentatives d’optimisation illégale, surtout lorsque les enjeux financiers progressent. En 2022, première année de contrôles structurés dans le trail en France, 62 prélèvements avaient été réalisés. En 2025, ce chiffre est monté à 212, dont environ 60 % en compétition. L’augmentation est nette. Elle traduit d’abord un renforcement des dispositifs de contrôle. Le nombre de cas positifs, en revanche, demeure limité.
Le dossier le plus médiatisé reste celui de Stian Angermund, contrôlé positif à la chlorthalidone après sa victoire à l’OCC de l’UTMB 2023 et suspendu 16 mois. Un cas marquant, mais isolé à l’échelle d’un peloton international qui rassemble désormais des milliers d’athlètes.
La fin d’un sanctuaire symbolique
Pendant longtemps, le trail a cultivé l’image d’un sport différent. Pratique de nature, autonomie, dépassement personnel loin des grandes infrastructures et des logiques fédérales lourdes. Cette identité a nourri l’idée d’une discipline moralement préservée. La montée en puissance des circuits internationaux, l’arrivée de grands partenaires, l’augmentation des droits d’inscription et la médiatisation croissante ont progressivement transformé cet équilibre.
Lorsque les enjeux financiers s’élèvent, la pression sportive suit. Ce mécanisme est observé dans toutes les disciplines en phase de professionnalisation.
Des signaux faibles que Jornet met en perspective
Lorsque Kilian Jornet écrit que « l’augmentation des prix et du sponsoring a entraîné une hausse de la fréquence des contrôles positifs », il ne parle pas uniquement de statistiques.
Il évoque une dynamique. Celle d’un sport qui change d’échelle. Son raisonnement est simple : plus un sport se professionnalise, plus les enjeux économiques augmentent, plus la pression de performance devient forte. Et historiquement, dans les disciplines d’endurance, cette combinaison a toujours nécessité une vigilance accrue. Ce qu’il pointe, ce ne sont pas des affaires précises.
Ce sont des signaux d’évolution. Le fait que le trail soit désormais classé parmi les disciplines « à risque », que les contrôles aient fortement augmenté ces dernières années, et que la culture de la performance devienne plus structurée sont autant d’indicateurs d’un passage à l’âge adulte. Autrement dit, Jornet ne dit pas que le trail est contaminé. Il dit qu’il n’est plus protégé par son image.
En résumé, ce que dit Jornet oblige le trail à se regarder
Lorsque Kilian Jornet s’exprime, sa parole dépasse le cadre d’une opinion personnelle. Son influence historique sur le trail donne un poids particulier à ses analyses. En abordant frontalement la question du dopage, il contribue à sortir le sujet du registre implicite. Il ne condamne pas la discipline. Il reconnaît qu’elle change. Et qu’aucune croissance rapide n’est exempte de risques. La question centrale n’est donc pas de savoir si le trail est « gangrené ».
Les données disponibles ne permettent pas de soutenir une telle affirmation. La question est plutôt celle de la maturité : un sport qui grandit accepte-t-il de renforcer ses garde-fous, d’assumer des contrôles plus nombreux et une transparence accrue ?
Le mythe d’un sport naturellement protégé appartient sans doute au passé. Le trail entre dans une phase où l’exigence d’intégrité doit progresser au même rythme que la performance.
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