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Infinity Trail des Terrils : oui ou non, y a-t-il eu triche

7 avril 2026
dans EDITO
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Infinity Trail des Terrils : les deux derniers finalistes ont-ils vraiment triché ? Dossier d’analyse pour prendre de la hauteur

 

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  • Infinity Trail des Terrils, l’affaire en quelques chiffres
  • 1. — Un format, un contrat
    • Le cadre
    • Aux Terrils
  • 2. — Une règle, une décision
    • Le cadre
    • Aux Terrils
  • 3. — Un effort, une sanction
    • Le cadre
    • Aux Terrils
  • 4. — Une assistance, une responsabilité
    • Le cadre
    • Aux Terrils
  • Ce qui n’est pas, et ne sera jamais, acceptable
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À l’issue d’un week-end qui a vu la 4ᵉ édition de l’Infinity Trail Backyard Ultra des Terrils se conclure par la disqualification de ses deux derniers finalistes, uTrail revient à froid sur un épisode devenu viral. Parce que le débat mérite mieux que des jugements à chaud, parce que le format Backyard mérite d’être expliqué plutôt que caricaturé, et parce que deux athlètes qui ont couru 46 heures méritent autre chose que le tribunal des commentaires, nous avons choisi de prendre de la hauteur. Ce dossier n’est pas un verdict. C’est une tentative de remettre chaque chose à sa place.

Infinity Trail des Terrils, l’affaire en quelques chiffres

Près de 300 coureurs au départ vendredi 3 avril à midi, au cœur du Bassin Minier. 3 coureurs encore en lice à la 36ᵉ heure, samedi à l’aube. Un duo seul à partir du yard 37. 46 boucles validées par les deux derniers finalistes, soit plus de 308 kilomètres parcourus et près de deux jours de course. Disqualification des deux au yard 47, pour écart du tracé balisé et accompagnement par un tiers sur le parcours, infractions constatées vidéos à l’appui. Pas de vainqueur déclaré.

1. — Un format, un contrat

Le cadre

Pour comprendre ce qui s’est joué aux Terrils, il faut d’abord comprendre d’où vient le format Backyard et pourquoi il a été pensé ainsi. Son inventeur s’appelle Gary Cantrell, mais le monde de l’ultra le connaît sous le pseudonyme de Lazarus Lake. Ancien comptable du Tennessee devenu l’une des figures les plus singulières de l’endurance mondiale, Cantrell avait déjà créé en 1979 la Strolling Jim 40, puis en 1986 la Barkley Marathons, cette course mythique dont la difficulté est telle que seule une vingtaine de coureurs l’ont terminée en près de quarante ans. En 2011, sur sa ferme de Bell Buckle, il lance une nouvelle épreuve et la baptise Big’s Backyard Ultra, en hommage à son chien.

Le principe, Cantrell l’a voulu radicalement simple. Une boucle de 4,167 miles — soit 6,706 kilomètres — à boucler en moins de soixante minutes. Un nouveau départ à chaque heure pile. On continue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un coureur capable de terminer une boucle seul. La distance n’est pas arbitraire : 100 miles divisés par 24 heures, de sorte qu’un coureur qui tient une journée complète a couvert l’exact équivalent du 100 miles américain. C’est une signature mathématique autant qu’un format de course.

Mais ce que Cantrell a inventé, au-delà des chiffres, c’est une philosophie. Dès 1981, il écrivait dans la revue UltraRunning : « Prenons garde à ce que la victoire ne devienne pas trop importante. Dans un ultra, virtuellement chaque inscrit est engagé dans une lutte personnelle contre ses propres limites. » Et plus tard : « Le travail d’un directeur de course, c’est d’aider les gens à trouver la grandeur en eux-mêmes. » Le Backyard est construit sur ce postulat. Il ne rémunère pas la vitesse, il rémunère la persistance. Il ne célèbre pas la victoire comme une conquête, il la présente comme ce qu’il reste quand tous les autres ont cédé — et cette différence change tout dans la manière dont on y court, dont on y perd, dont on y gagne.

La culture qui en découle est devenue légendaire. Dans les Backyards du monde entier, les coureurs se partagent des gels dans la nuit, se réveillent mutuellement pour le départ, s’encouragent dans les heures sombres, accueillent chaque abandon par une ovation plutôt que par un soupir de soulagement. La journaliste Madeleine Kelly, du Canadian Running Magazine, le formulait ainsi : il y a quelque chose de curieusement merveilleux dans une course où l’on veut que ses concurrents continuent, où l’atmosphère ressemble plus à celle d’un camping qu’à celle d’un combat. Le format a explosé à l’échelle mondiale — plus de 70 pays, un circuit international structuré, un championnat du monde biennal sur la ferme de Cantrell — parce qu’il touche une corde que peu d’autres disciplines savent atteindre.

Aux Terrils

C’est cette culture internationale que Maud et Fred, à la tête de Trail The World, ont importée en France avec le circuit Infinity Trail. Leurs épreuves sont affiliées au calendrier mondial des Backyard Ultra ; les performances réalisées sur le sol français nourrissent le système de qualification qui mène, étape par étape, vers le championnat du monde de Bell Buckle. Cette affiliation n’est pas décorative. Elle engage l’organisation à appliquer les règles internationales, et elle donne aux coureurs français un passeport pour rivaliser au plus haut niveau.

Les Terrils, dans ce circuit, occupent une place particulière. Née en 2023, la course s’est imposée en quatre éditions comme la plus dense du calendrier Infinity Trail — près de 300 partants cette année, soit davantage que les autres étapes françaises. La recette de son succès tient à plusieurs ingrédients : un décor saisissant, celui du Bassin Minier et de ses terrils noirs chargés de mémoire ouvrière ; un parcours accessible, 60 mètres de dénivelé par boucle, qui permet aux coureurs moyens de tenter leur chance ; et une ambiance que tous les témoignages décrivent comme particulièrement chaleureuse, portée par le partenariat avec la Ville de Noyelles-sous-Lens et l’office de tourisme Lens-Liévin.

Cette quatrième édition s’est ouverte vendredi 3 avril à midi dans ces conditions familières. Les 300 dossards étaient partis depuis longtemps. Les bases vie s’étaient installées autour du parc des Beauclés, chacun son campement, chacun ses rituels. Personne, ce jour-là, n’imaginait que la course se terminerait autrement que par la victoire d’un dernier debout — ou, à défaut, par un épuisement partagé qui aurait arraché à tous les derniers coureurs un adieu ému au format. Personne n’imaginait qu’elle se terminerait comme elle s’est terminée.

2. — Une règle, une décision

Le cadre

Le règlement officiel du Backyard Ultra, tel que Cantrell l’a publié sur bigsbackyardultra.com, tient en une page. Son économie est frappante : quelques articles, une logique implacable. Une boucle de longueur standardisée, des départs à l’heure pile, une exigence de présence dans le corral au moment du signal, et surtout trois règles constitutives qui reviennent, identiquement, dans tous les Backyards affiliés du monde entier. Première règle : sauf nécessité physiologique, le coureur ne doit pas quitter le tracé de la boucle. Deuxième règle : aucun non-participant ne peut être sur la boucle avec un coureur, y compris un coureur éliminé. Troisième règle : aucune aide personnelle pendant la boucle — les bouteilles, les gels, les vêtements, les massages, les mots d’encouragement prolongés, tout cela se passe entre les boucles, jamais pendant.

Ces règles ne sont pas des caprices administratifs. Elles répondent à une exigence fondamentale : celle de l’équité et de la comparabilité. Dans un format où les performances nourrissent un classement mondial, où les records se mesurent en yards successifs, où un coureur australien peut battre un record continental et devenir éligible à la finale planétaire, il est indispensable que toutes les épreuves affiliées se courent dans les mêmes conditions. Sans quoi les chiffres ne veulent plus rien dire. Sans quoi le système de qualification s’effondre. Un yard bouclé à Liévin vaut exactement un yard bouclé à Bell Buckle, ou il ne vaut rien.

Le règlement de Cantrell prévoit également, noir sur blanc, une issue qui a beaucoup surpris les commentateurs du week-end : « Si aucun participant ne peut compléter un yard de plus que les autres, il n’y a pas de vainqueur. » Cette clause n’est pas un oubli à corriger, c’est une conséquence logique du format. On ne gagne un Backyard qu’en bouclant un yard seul, au bout duquel aucun autre coureur n’est capable de repartir. Si les derniers coureurs s’effondrent tous dans la même heure, personne ne satisfait cette condition, et personne ne gagne. Le format préfère l’absence de vainqueur à un vainqueur inexact.

Aux Terrils

Le règlement de l’Infinity Trail Backyard Ultra, publié sur le site infinitytrail.fr et opposable à chaque coureur dès son inscription, ne fait rien d’autre que traduire fidèlement ce cadre international. Son article 6 reprend mot pour mot les règles de boucle : interdiction aux non-participants sur la boucle, y compris les personnes éliminées ; interdiction d’avoir de l’aide personnelle pendant la boucle ; et cette formule sans ambiguïté : « Tout écart de la boucle balisée ou non-pointage à mi-boucle entraîne directement la disqualification. » Le verbe est à l’indicatif, pas au conditionnel. La sanction n’est pas présentée comme une faculté offerte à l’organisation, elle est présentée comme la conséquence automatique de l’infraction.

L’article 7, consacré à l’assistance, est tout aussi clair : « L’assistance est autorisée uniquement sur la zone de repos qui sera juste à côté de la zone de départ/arrivée. Chaque assistant pourra apporter toute l’aide qu’il souhaite dans cette zone mais ne pourra en aucun cas aller sur le parcours. » Pas de gradation, pas de tolérance pour un accompagnement bref ou logistique, pas d’exception circonstancielle. La ligne est tracée à la limite de la zone de repos, elle est nette, et elle ne négocie pas. L’article 4, enfin, reprend la clause internationale sur l’absence possible de vainqueur : « Si aucune personne n’arrive à terminer seule un dernier tour, aucun vainqueur n’est déclaré. »

Ces articles changent fondamentalement la lecture qu’on peut faire de la décision prise par Maud et Fred dans la nuit du samedi. Tant qu’on pense qu’ils ont « pris une décision difficile », on peut discuter des alternatives : un avertissement aurait-il suffi ? Aurait-on pu laisser les coureurs terminer et gérer après ? Le troisième, déjà sorti hors délai, pouvait-il être repêché ? Mais dès lors qu’on lit les articles 6 et 7, on comprend qu’il n’y avait pas d’alternative juridique ouverte. Le règlement ne prévoit pas d’avertissement pour écart du tracé. Il ne prévoit pas de repêchage pour un coureur déjà hors délai. Il prévoit la disqualification, directement, automatiquement. Face aux preuves visuelles constatées sur le yard 47, Maud et Fred n’ont pas choisi de disqualifier : ils ont appliqué une règle qui, elle, avait déjà choisi pour eux.

Refuser d’appliquer aurait été manquer au contrat vis-à-vis des 297 autres partants qui, en s’inscrivant, avaient accepté ces mêmes règles en vertu de l’article 20. Ç’aurait été établir qu’à l’Infinity Trail, les règles valent pour certains et pas pour d’autres, pour certaines boucles et pas pour d’autres, pour certains degrés de fatigue et pas pour d’autres. Ç’aurait surtout été sortir du circuit international, puisque aucune affiliation au calendrier mondial ne peut survivre à une application discrétionnaire des règles. Le débat sur la sanction est donc, en réalité, un débat sur le règlement. Et le débat sur le règlement est un débat sur le format Backyard lui-même. Chacun a le droit de le mener, mais il faut savoir à quelle échelle on se situe.

3. — Un effort, une sanction

Le cadre

Avant d’examiner ce que ces règles disent des deux coureurs disqualifiés aux Terrils, il faut poser un préalable qui me semble décisif pour toute discussion honnête du sujet : une infraction n’est pas une triche. Ce glissement sémantique, qui a parcouru tous les commentaires du week-end, est sans doute la source principale de la violence du débat. Et il mérite d’être défait méthodiquement.

Dans tous les sports à règlement précis et strict, l’existence d’infractions est statistiquement inévitable. Plus la règle est fine, plus elle offre de surface au manquement involontaire ou au glissement sous contrainte. Le patinage artistique décompte des points pour des éléments mal exécutés, des reprises de marche, des rotations incomplètes — sans que jamais personne ne qualifie les patineurs concernés de tricheurs. L’équitation sanctionne les fautes aux obstacles, les refus, les dépassements de temps, sans faire de l’écuyer un fraudeur. Le golf pénalise la balle marquée au mauvais endroit, la balle injouable mal déclarée, le club en trop dans le sac ; ces sanctions tombent chaque week-end sur les plus grands joueurs du circuit sans remettre en cause leur intégrité. Le cyclisme professionnel sanctionne le drafting hors zone, les ravitaillements irréguliers, les poussettes à l’épaule — et personne ne prétend que le peloton est peuplé de voleurs.

La triche, au sens fort du terme, implique autre chose : la préméditation, le systématisme, la volonté délibérée d’obtenir un avantage injustifié par contournement de la règle. Elle suppose un calcul, une stratégie, une dissimulation organisée. C’est de cela que relevait par exemple le cas Kelly Agnew, cet ultra-runner américain disqualifié en 2018 après avoir été filmé se cachant dans des toilettes portables pendant plusieurs minutes pour valider des tours qu’il n’avait pas courus. Agnew trichait méthodiquement depuis des années, avec des bénéfices matériels concrets — sponsors, notoriété, victoires en série. Son cas a été disqualifié rétroactivement sur vingt-et-une courses. C’est cela, une triche. C’est organisé, c’est durable, c’est prémédité, et ça vise un gain explicite.

L’infraction constatée en fin d’épreuve, après des dizaines d’heures de course sans sommeil, relève d’un ordre moral entièrement différent. Elle peut résulter de l’erreur de perception, du pilote automatique, de la dégradation du jugement, de l’interprétation erronée d’une règle, de la fatigue cognitive extrême — toutes choses qui sont documentées scientifiquement. Une étude publiée en 2024 dans la revue PLOS One, menée sur les participants du Suffolk Backyard Ultra, a analysé la détérioration cognitive qui survient dans ces formats, et les résultats sont sans appel : au-delà d’une certaine durée, le cerveau humain cesse tout simplement de fonctionner comme d’habitude. Les circuits de décision, la perception spatiale, la lecture du balisage, la capacité à raisonner sur les conséquences d’un geste — tout cela s’effrite, heure après heure, jusqu’à des niveaux que l’on ne connaît nulle part ailleurs dans la vie ordinaire.

Aux Terrils

C’est précisément dans cette zone que les deux derniers coureurs des Terrils se trouvaient quand les infractions ont été constatées. 46 boucles validées, cela signifie 46 heures passées à courir sans dormir, sans s’asseoir plus de quelques minutes à la fois, sans sortir de l’enchaînement mécanique départ-boucle-repos-départ. C’est aussi, et peut-être surtout, 46 heures de duel psychologique qui s’intensifie à mesure que le peloton se réduit. Tant qu’ils étaient trois, le contrat de camaraderie collective fonctionnait encore : on souffrait ensemble, on se donnait le courage de repartir, on tenait en solidarité. À partir du yard 37, ils n’étaient plus que deux. Et dans un Backyard, la dynamique à deux n’a rien à voir avec la dynamique à trois ou à cinq. Chaque geste de l’adversaire est scruté. La tentation d’optimiser, même à la marge, grandit. La paranoïa s’installe — parfois à raison, comme on l’a vu au yard 47, parfois à tort, on ne le saura jamais exactement.

Il faut dire clairement ce que cela implique pour la lecture des événements. Deux coureurs capables de boucler 46 yards dans ces conditions ne sont pas des tricheurs au sens fort. Ils ne sont pas des Kelly Agnew. Ils n’ont pas cherché à se cacher méthodiquement, ils n’ont pas construit un système, ils n’ont pas triché sur des années pour bâtir un palmarès usurpé. Ils ont, selon toute vraisemblance, glissé dans l’infraction au bout de leur résistance, à un moment où leur jugement ne fonctionnait plus comme le leur dans la vie ordinaire. L’un a coupé 80 mètres sur une descente d’escaliers pourtant balisée, probablement dans un automatisme de fatigue qu’il n’aurait jamais eu à 20 heures de course. L’autre a laissé un proche courir à ses côtés sur une centaine de mètres, probablement parce qu’à ce niveau d’épuisement, la présence physique de quelqu’un devient une béquille qu’on ne mesure plus. Ces gestes sont des infractions au règlement. Ils ne sont pas des actes de fraude. Et leur qualification morale doit être à la hauteur de cette distinction.

Leur qualité sportive intrinsèque, par ailleurs, n’est pas entamée par la sanction. Elle est seulement suspendue dans la reconnaissance formelle du résultat. Sur le plan physique et mental, 46 yards à l’Infinity Trail des Terrils, c’est une performance qui place ces deux athlètes parmi les meilleurs coureurs de Backyard français. La disqualification efface le palmarès, pas l’exploit. Il est essentiel que la communauté trail sache faire cette distinction : dire « ils ont enfreint la règle » et dire dans la même phrase « ils ont réalisé une performance remarquable » ne sont pas deux propositions contradictoires. Ce sont deux propositions vraies simultanément, et l’une n’annule pas l’autre.

Reste à traiter un dernier argument qui a circulé dans les commentaires, en demi-teinte chez les uns, plus explicitement chez les autres : l’hypothèse selon laquelle l’organisation aurait voulu « que ça finisse », que la disqualification aurait opportunément clos une course qui traînait en longueur. L’argument mérite une réponse, et cette réponse est chiffrée. Le record du monde de Backyard Ultra est actuellement détenu par l’Australien Phil Gore avec 119 yards, soit environ 798 kilomètres parcourus. Le record féminin s’établit à 95 yards. Le record européen dépasse les 108 yards. Les performances mondiales récentes flirtent avec les 116 yards. Dans ce contexte, 47 yards — la durée atteinte aux Terrils — est une performance française très respectable mais qui reste loin des standards auxquels toutes les organisations mondiales sérieuses se préparent par défaut. Les Terrils, en tant qu’étape d’un circuit affilié au calendrier mondial, se prépare à des durées bien supérieures. On sait d’ailleurs que sur l’édition 2025, certains coureurs tournaient encore à 30 heures de course. Maud et Fred connaissent ces ordres de grandeur. Ils n’ont aucun motif structurel, économique ou logistique rationnel de souhaiter un raccourci à 47 heures.

4. — Une assistance, une responsabilité

Le cadre

Une partie du débat qui a suivi l’annonce de la disqualification s’est déplacée, au fil des heures, vers un autre terrain : celui du ravitaillement et, plus largement, de ce qu’il convient d’attendre d’une organisation de Backyard en matière d’encadrement et de logistique. Plusieurs commentateurs ont évoqué un ravitaillement jugé insuffisant dans la seconde nuit, certains allant jusqu’à suggérer que l’organisation n’avait pas anticipé une telle durée de course. Le sujet mérite qu’on s’y arrête sérieusement, mais qu’on le distingue aussi soigneusement du sujet principal.

Le principe fondateur de l’assistance dans un Backyard Ultra est spécifique au format et mérite d’être rappelé. Tout est autorisé entre les boucles, rien n’est autorisé pendant. La zone de repos, juste à côté du départ-arrivée, accueille l’équipage personnel du coureur avec tout ce qu’il peut apporter : nourriture préparée à l’avance, vêtements de rechange selon l’évolution météo, soins podologiques, massage léger, assistance psychologique, gestion stratégique du sommeil. La boucle, elle, se court seul, sans assistance matérielle ni accompagnement. C’est une partition tranchée, pas un compromis.

Cette partition a une conséquence très concrète sur la manière dont les Backyards sont organisés partout dans le monde : l’organisateur fournit le minimum structurel, l’essentiel relève de la responsabilité du coureur et de son équipage personnel. À Bell Buckle, chez Cantrell lui-même, le ravitaillement officiel se limite pour l’essentiel à un robinet d’eau à 200 mètres de la base vie. Les coureurs amènent leur propre nourriture, installent leur propre tente, gèrent leur propre logistique. C’est le standard du format, et ce n’est pas un manque — c’est une caractéristique culturelle qui découle de la philosophie d’auto-suffisance. Les meilleurs coureurs de Backyard du monde courent tous avec un crew personnel solide. Phil Gore n’aurait jamais atteint ses 119 yards en Australie sans l’assistance de Sam Harvey. Le crew personnel n’est pas un luxe pour les élites, c’est la norme dès qu’on vise au-delà de 24 ou 30 yards.

Aux Terrils

Sur ce plan, l’Infinity Trail Backyard Ultra propose un dispositif qui se situe au-dessus du standard international. L’article 2.2 du règlement Infinity Trail annonce explicitement, dès l’inscription, ce qui est compris dans les 99 euros de dossard des Terrils : « L’accès aux ravitaillements chaque heure et aux ravitos solides et insolites toutes les 3h. » L’article 8 rappelle par ailleurs le principe général : « Chaque épreuve pouvant durer plusieurs jours et nuits en fonction de chaque personne, vous êtes autonome concernant votre logistique et éventuel campement sur place. » L’autonomie logistique est contractuellement annoncée dès l’inscription, et le ravitaillement de l’organisation vient en complément, pas en substitution.

Les témoignages qui ont circulé après la course, faisant état d’un ravitaillement jugé insuffisant dans la seconde nuit, constituent un sujet légitime. uTrail les prend au sérieux, et il est sain qu’un tel débat ait lieu — d’autant plus qu’il émane en partie de coureurs qui étaient sur place et dont la parole mérite d’être entendue. C’est aux organisateurs d’y répondre pour les éditions futures s’ils le jugent pertinent, en fonction de leur propre évaluation de ce qui a fonctionné ou non. Il n’appartient pas à ce dossier de trancher la question.

Ce qu’il appartient en revanche à ce dossier de faire, c’est de séparer clairement deux débats qui ont tendance à se mélanger. Parce que mélangés, ils perdent l’un et l’autre leur clarté. Le débat sur la qualité du ravitaillement de complément est un débat sur les standards d’une organisation française en 2026 — un débat prospectif et technique. Le débat sur la disqualification du yard 47 est un débat sur l’application d’un règlement à des infractions constatées — un débat rétrospectif et réglementaire. Ce sont deux débats distincts, qui n’ont aucune incidence l’un sur l’autre, pour deux raisons précises.

D’abord, l’autonomie logistique est contractuelle et connue de tous les coureurs dès leur inscription, ce qui rend impossible d’invoquer la faiblesse éventuelle du ravitaillement organisateur comme circonstance atténuante d’une infraction de course. On ne peut pas s’inscrire en acceptant un cadre, puis invoquer ce même cadre comme justification d’une transgression. Ensuite, et surtout, ni le fait de couper 80 mètres de parcours balisé, ni le fait de se faire accompagner par un tiers sur le tracé ne sont des réponses à un problème de ravitaillement. Ce sont des questions de tracé et de règle de course, sans rapport avec la logistique alimentaire. Un coureur affamé qui coupe le parcours ne coupe pas parce qu’il a faim, il coupe parce qu’il cherche à gagner du temps ou à économiser ses forces. Un coureur fatigué qui accepte un accompagnement ne l’accepte pas parce qu’il manque de calories, il l’accepte parce qu’il cherche un soutien mental. Les deux registres sont distincts.

Il est donc parfaitement possible — et même souhaitable — de tenir simultanément les deux positions suivantes : oui, la question de la qualité d’accompagnement organisationnelle des Backyards français mérite d’être posée et discutée par la communauté, en particulier à mesure que le format grandit ; et non, cette question ne constitue pas une circonstance atténuante aux infractions constatées au yard 47. Chacun des deux débats a sa légitimité propre. Les confondre, c’est les affaiblir tous les deux.

Ce qui n’est pas, et ne sera jamais, acceptable

Il reste un dernier point que ce dossier ne peut pas éluder, parce qu’il touche à ce que le trail est, à ce qu’il dit de lui-même, et à ce qu’il doit savoir défendre.

Dans les heures qui ont suivi la publication de notre premier article, et plus largement dans l’emballement qui a gagné les réseaux sociaux, certains propos ont franchi une ligne. Qualificatifs dévalorisants, attaques personnelles, appels à la déchéance sportive à vie, demandes publiques de divulgation des noms des coureurs, doutes formulés à voix haute sur leur valeur humaine. Nous tenons à le dire ici, clairement et sans ambages : ces comportements sont indignes du sport et de son esprit. Ils ne sont en aucun cas acceptables, quelles que soient les infractions reprochées, quelle que soit la frustration ressentie par les spectateurs, quelle que soit la légitimité du débat de fond.

Le trail, et l’ultra, et le Backyard en particulier, reposent sur un contrat qui dépasse la règle écrite. Ce contrat dit que l’adversaire est un partenaire, que l’erreur est humaine, que l’effort mérite le respect y compris quand il s’achève mal, et que la communauté se distingue précisément par sa capacité à accueillir l’imperfection avec dignité. Celui qui se permet de traiter un coureur de « blaireau » parce que celui-ci a enfreint un règlement après 46 heures de course se retire lui-même du contrat qui définit ce sport. La liberté d’exprimer un désaccord sur une décision sportive est entière ; l’insulte et le mépris ne sont pas des formes de désaccord, ce sont des formes de violence. Derrière chaque coureur mis en cause, il y a des proches, des enfants, des amis qui lisent et qui souffrent. Un commentaire jeté en quinze secondes depuis un canapé peut faire des dégâts qui durent des années.

uTrail tient à affirmer ici, et à porter au-delà de cet article, une conviction simple : les deux coureurs des Terrils 2026 méritent le respect dû à tous les athlètes. Leur performance sportive les place parmi les meilleurs coureurs de Backyard français de cette année. Leur humanité ne se résume pas à 80 mètres coupés sur 308 kilomètres parcourus. Et la communauté trail, si elle veut rester la communauté trail que nous aimons, doit savoir le dire aussi fort que le format sait sanctionner.

Rendez-vous à Hossegor, le 25 avril. Pour repartir, tous ensemble dans notre sport. 

Lire aussi

  • Les deux derniers finishers de la Backyard Infinity Trail éliminés pour triche
  • Backyard des Terrils : pourquoi la décision des organisateurs était courageuse et nécessaire
Auteur : Alban Grivel, des montagnes et des sciences

Tags: Auteur Alban GrivelBackyard des TerrilsInfinity Trail des Terrils
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