Il vous est déjà arrivé de sentir une certaine forme de déconnexion entre les élites et vous-même ? Soyez rassurés, ce n’est pas une impression. C’est juste que si vous courez le marathon en moins de 2h50, vous ne valez pas vraiment la peine que l’on s’intéresse à vous.
Ca, c’est ce que l’on interprète des propos du patron du Marathon de Paris lorsqu’il explique que, revirement de situation, les premiers coureurs du Marathon de Paris bénéficient bien d’un système de bidons réutilisables.
Son passage sur RMC running fait réagir, essayons de comprendre pourquoi.
Ravito du Marathon de Paris, on ne sait plus sur quel pied danser
Comment ça plus de gobelets ?
Rappelez-vous, la nouvelle avait fait du bruit, l’organisation du marathon de Paris (ASO) avait décidé de supprimer les gobelets en plastique des tables de ravitaillement. L’idée était bien sûr de promouvoir un événement plus éco-responsable en économisant quelques grammes de plastique par coureur, tandis qu’ils seraient venus de toute la France en voiture.
La solution de remplacement, ce sont ces rampes munies de robinet où venir remplir ses propres flasques. Les coureurs ont été unanimes, c’est un non-sens. Ces rampes, même avec de l’eau sous pression, c’est une façon de perdre du temps, de sortir de son rythme, de se retrouver dans des bouchons aux ravitos, et pire encore de prendre la décision d’en manquer un ou deux.
La solution miracle, mais pas pour vous
L’organisateur a entendu les plaintes et les commentaires de ceux qui vont courir le marathon, comme de ceux qui ont couru le semi-marathon il y a quelques semaines. Et voilà que Thomas Delpuech, en charge du Marathon de Paris, annonce un système de bidons réutilisables pré-remplis mis à disposition des coureurs.
Mais pas de tous les coureurs.
700 bidons, pas plus pour les 55 000 coureurs du Marathon de Paris
La nouveauté lunaire de l’organisation
L’organisation reconnaît bien que le système des robinets à disposition n’est pas optimal, ne permet pas de se donner à 100 % du temps. Alors l’organisation va mettre à disposition des bidons d’eau sur les tables de ravitaillement. Ils seront réutilisés après la course, a priori sur d’autres éléments, et ne pas les déposer en repartant dans les containers dédiés sera suffisant pour la disqualification. On pourrait penser que le Marathon de Paris est enfin dans le droit chemin.
Sauf que seuls ceux visant en dessous de 2h50 sur les 42 km y auront le droit lors de leurs ravitaillements. Cela représentait en 2025 un total de 688 finishers précisément, autant de coureurs qui démarrent dans le premier sas.
Comprenez bien que pour ces coureurs de haut niveau, remplir une flasque est une perte de temps. Mais si vous courez le marathon en 4’05 au lieu de 4’00, votre performance est trop commune pour mériter un aménagement, ou de ne pas perdre de temps avec le remplissage. Votre investissement sportif et temps de ces 3 derniers mois ? Une peccadille à l’idée que l’organisation puisse vous confier un bidon réutilisable.
Qui est élite, qui ne l’est pas ?
On pourrait presque croire qu’il y a du mépris dans les propos du patron du Marathon de Paris. A ses yeux, le temps est l’unique variable prise en compte pour apprécier l’effort. N’importe qui ayant déjà couru un marathon, même un semi-marathon, comprend à quel point différencier les coureurs par leurs résultats est un contresens. Ces événements se veulent inclusifs, mais font exactement l’inverse.
Vous courez vite, vous méritez que l’organisation fasse tout pour votre performance. Vous n’êtes pas sous les 2h50, votre performance ne mérite qu’un jeu d’eau bouche grande ouverte pour vous ravitailler, ou de remplir votre flasque comme vous pourrez sur des rampes d’eau parfois totalement inefficaces.
C’est l’impression que cela donne.
Se justifier, et se planter
Il y a la décision d’abord de supprimer les gobelets. Puis celle de les remettre. En disant ça, l’organisation pense sûrement éteindre les polémiques et les déceptions. Circulez, il n’y a rien à voir.
Sauf que justement, tout est maladroit dans la communication car il reconnaît que le système prévu pour tout le monde n’est pas si satisfaisant, mais qu’ils n’y changeront rien. Et ça, en tant que coureur amateur ayant payé cher un dossard et prenant à cœur de valoriser son effort et ses entraînements, on peut mal le prendre. Au lieu de nous dire : on cherche, on tâtonne vers la meilleure solution pour le grand public tout en conservant la dimension écologique, on nous dit : si vous courez “lentement”, c’est pas grave. Pour une épreuve populaire, c’est limite !
Toute la maladresse est là. On favorise les élites, mais on ne fait même pas semblant de prendre en considération la grande masse des coureurs. Et quand on lit les commentaires sous les publications liées à ce sujet, on comprend tout de suite que l’organisation n’a éteint aucun feu et que l’argent semble toujours être le moteur des décisions de ASO.
Alors oui, prendre le temps de remplir deux flasques ne changera pas de façon folle le chrono de la plupart des participants. Sur un marathon en 4h30, cette histoire de ravitaillement vous fera peut-être perdre 2 ou 3 minutes, et ça ne changera rien au plaisir de la course. Mais reconnaissez qu’il y a de quoi être vexé !
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Cet article propose une analyse éditoriale fondée sur des déclarations publiques, des éléments de communication accessibles et des réactions observées au sein de la communauté des coureurs. Les propos rapportés sont interprétés dans un cadre journalistique et visent à nourrir un débat d’intérêt général autour de l’organisation des événements sportifs et de l’expérience des participants.
Aucune intention de nuire, de diffamer ou de porter atteinte à l’image des personnes ou des structures mentionnées n’est poursuivie. Les éléments évoqués ne constituent pas des affirmations définitives mais des pistes de réflexion, susceptibles d’évoluer en fonction d’informations complémentaires.
Cet article s’inscrit dans une démarche indépendante, sans lien avec les organisateurs concernés, et relève de la liberté d’expression dans le respect du cadre légal applicable à la presse et à l’édition de contenus.





