Backyard de Clemquicourt : on parle sport ou pas ?
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L’annonce de cette Backyard n’est pas un coup isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie bien plus large, portée par un coureur devenu créateur de formats et d’audience. Retour sur l’ascension médiatique de Clemquicourt.
Clément Deffrenne, alias Clemquicourt, ne s’est pas imposé du jour au lendemain dans le paysage du trail.
Sa notoriété commence à se structurer autour de 2021-2022, à un moment où les formats longs sur Instagram et YouTube trouvent un nouvel écho auprès des coureurs amateurs. Là où beaucoup se contentent de poster des dossards ou des captures Strava, lui raconte des histoires : la fatigue réelle, les doutes, la préparation imparfaite, les coulisses. Ses vidéos ne montrent pas seulement la ligne d’arrivée, mais tout ce qui précède — et parfois ce qui vient casser le mythe.
C’est aussi par le ton qu’il se distingue. Deffrenne parle comme un coureur du quotidien, sans posture héroïque, avec un humour souvent autodérisoire et une mise en scène très maîtrisée de l’effort. Cette approche, à contre-courant du storytelling épique classique du trail, lui permet de toucher un public bien plus large que le seul cercle des élites. “Clemquicourt” devient progressivement une signature reconnaissable : une façon de courir, mais surtout une façon de raconter la course.
À partir de 2023, la visibilité s’accélère. Podcasts, formats éditoriaux, partenariats de marque… les contenus se diversifient, sans rupture de ton. Les sponsors sont intégrés au récit plutôt que plaqués. Il ne vend pas une performance ou un produit, mais un univers cohérent : entraînement, vie perso, galères logistiques et choix matériels forment un tout. À ce moment-là, son nom circule autant pour ses résultats que pour sa capacité à capter l’attention dans un écosystème où le trail devient aussi un sport de contenu.
Aujourd’hui, Clément Deffrenne n’est plus seulement suivi pour ce qu’il court, mais pour ce qu’il produit. Il incarne une mutation du trail moderne, où la visibilité ne se joue plus uniquement le jour de la course, mais dans la régularité de la narration, la maîtrise des formats et la capacité à imposer sa propre lecture du sport — entre authenticité revendiquée et stratégie de communication pleinement assumée.
Le basculement s’opère clairement lors de l’UTMB 2025. Sa présence dépasse alors le cadre de la course : stories quasi continues, formats vidéo montés en temps réel, punchlines reprises hors du cercle trail. L’UTMB devient un accélérateur — sportif, mais surtout narratif. Il ne se contente pas de courir à Chamonix : il transforme sa course en feuilleton, suivi bien au-delà du microcosme des passionnés de dénivelé.
Mais cette surexposition ouvre aussi une fracture. Une partie des traileurs “historiques” commence à grincer des dents. Les reproches reviennent en boucle : trop de mise en scène, trop de storytelling, une logique de “show permanent” jugée incompatible avec l’image d’un trail discret, silencieux, ancré dans la nature. Pour ces voix critiques, la frontière entre aventure sportive et spectacle calibré pour les réseaux n’est plus floue : elle est franchie.
La relation très visible avec Théo Détienne cristallise encore davantage les tensions. Leur proximité, largement relayée en ligne, est perçue comme une “bromance” stratégique, emblématique d’un trail désormais traversé par les codes de l’influence : duo identifiable, narration croisée, amplification mutuelle des audiences. Certains saluent une dynamique moderne, d’autres dénoncent une dérive marketing, déconnectée de l’esprit originel des sentiers.
Ce clivage n’est pas anodin. Il révèle un vrai tournant générationnel dans le trail : d’un côté, une culture historique fondée sur la performance brute et la discrétion ; de l’autre, une nouvelle vague qui assume que courir, aujourd’hui, c’est aussi documenter, partager et fédérer. En explosant médiatiquement à l’UTMB 2025, Clément Deffrenne devient le symbole d’un débat bien plus large : celui de la place du contenu, de l’image et de la narration dans un sport longtemps resté en marge des projecteurs.
Les 24 heures qui courent, la Backyard de Clemquicourt
Clemquicourt, Clément Defrenne, de son vrai nom, vient d’annoncer ce lundi 9 février la tenue pour la fin d’année, au mois de novembre, d’une Backyard.
Mais évidemment, ne comptez pas trop y voir une Backyard classique, mais plus une version Clemquicourt, pensée pour rajeunir le format et tirer parti de sa maîtrise des réseaux sociaux.
Jeu TV 2.0
A lire un peu plus en détail le format de son nouveau projet, est-on encore vraiment dans le sport, le divertissement ou plutôt dans le jeu TV 2.0 ? Essayons d’y voir clair.
Une Backyard, mais version Clemquicourt
Backyard, selon Lazarus Lake
Le nom de Lazarus Lake ne vous est pas inconnu, c’est l’inventeur de la Barkley. Ce que l’on sait (un peu) moins, c’est qu’il a aussi inventé la Backyard. Le principe est aussi simple que pervers : une boucle de 6.706 km à parcourir toutes les heures.
Ca parait rien, mais plus vous fatiguez, moins vous avez de temps pour vous reposer ! Et parce que c’est pervers, parce que c’est un peu plus simple à organiser qu’une course classique (surtout sur un format ultra), la Backyard a le vent dans le dos.
Elle est populaire aussi parce que tous les organisateurs peuvent prendre librement le terme de Backyard Ultra. Ce n’est pas une franchise, ce n’est pas une marque commerciale. La course originelle créée par Lazarus Lake est protégée, mais pas les autres. Cela participe aussi du succès de ce format (que l’on voit fleurir aussi parfois sous d’autres noms comme : Le dernier homme debout).
Or justement, Clemquicourt aime ce format. Il a notamment participé à celle organisée sur l’île Maurice, où il vit une partie de l’année. Retrouver Clemquicourt à l’organisation de ce type de course n’est finalement pas une surprise
Clemquicourt, une version qui dynamite les codes
Le traileur parmi les plus suivis sur les réseaux sociaux ne peut évidemment pas faire comme tout le monde. Jeune, suivi avec beaucoup d‘enthousiasme en particulier par un public qui ne connaissait pas l’ultra distance avant lui, Clemquicourt n’allait pas organiser une simple course. Il a donné un nom qui lui ressemble à sa Backyard d’Internet : Les 24 heures qui courent.
Ensemble, ils vont former 10 équipes, chacune participant pour le compte d’une association. Chaque heure, les coureurs qui parviennent à boucler le parcours dans le délai se partagent la cagnotte engrangée durant cette heure. Durée totale de l’événement : 24 heures.
Il est à noter que pour l’instant, on ne sait rien sur la façon dont les associations sont choisies et leur champ d’action. Est-ce que Clemquicourt ou ses sponsors auront la main sur le choix, ou est-ce que la communauté aura les coudées franches pour choisir ?
Ce que cette Backyard version Clemquicourt nous promet
Alors, si on essaie de lire entre les lignes des bases de ce règlement, on ne vient pas pour le sport. S’ils font la boucle les uns après les autres, les compteurs ne vont pas exploser !
Visibilité assurée
Par contre, soyez sûr que vous allez vous lancer en regardant cette Backyard dans un véritable événement Twitch caritatif. Les habitués de ce média penseront immédiatement au Z’Event. Cagnotte à faire grandir avec des appels au don, participation de créateurs de contenu là pour mettre en valeurs leurs sponsors et leurs propres communautés, improvisations, défis et happening, vous connaissez sûrement déjà la formule. Et comme le format backyard est bien plus facile à filmer pour les réseaux sociaux qu’un trail habituel (circuit court, passage à la base vie toutes les heures etc.), l’engagement devrait être permanent et l’événement sans temps mort.
Quand le trail devient un jeu TV
Clairement, le principe la Backyard est dévoyée diront les grincheux, mis à jour version 2.0 diront les progressistes. A l’origine, c’était une course qui ne connaissait pas d’autres limites temporelles et kilométriques que la résistance des participants. Là, elle devient un jeu, à la façon d’un jeu télévisé des années 90. Cette Backyard, bien que pleine de bons sentiments, fait penser à une sorte d’Intervilles de la course à pied. C’est pas désagréable comme idée, ça se laissera regarder surement une heure ou deux, puis ne finiront par adhérer que ceux qui, nombreux, aiment déjà la personnalité de Clemquicourt. Les autres se fatigueront peut-être plus vite et ne feront qu’une boucle ! Et si vous doutez du succès, allez voir les commentaires de sa publication, ils ont déjà explosé !
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