Sur Facebook, un internaute qui n’a pas été tiré au sort à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc propose de faire quand même l’UTMB en OFF le même jour, sur le même parcours.
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Son idée est d’organiser une participation parallèle, en autonomie, sans dossard, sans lien avec l’organisation officielle, avec des ravitaillements personnels et une logistique entre proches, afin de “vivre l’ambiance” malgré plusieurs refus successifs. La frustration est réelle. Être recalé 2, 3 ou 4 fois au tirage au sort est difficile à accepter. Beaucoup de traileurs connaissent cette déception. L’UTMB fait rêver, et l’envie d’y être, coûte que coûte, peut sembler légitime. Mais transformer cette frustration en initiative collective le jour même de la course pose un problème qui dépasse largement la simple liberté de courir sur un sentier.
L’UTMB est un événement calibré, pas un décor libre-service
L’UTMB n’est pas qu’un tracé GPX que l’on peut utiliser à sa guise. C’est une manifestation sportive autorisée, dimensionnée et encadrée. Le nombre de participants est fixé en fonction de contraintes environnementales, logistiques et sécuritaires. La montagne ne peut pas absorber un flux illimité. Chaque dossard correspond à une autorisation, à une assurance et à une capacité de secours. La jauge ne répond pas uniquement à une logique économique. Elle s’inscrit dans des équilibres négociés avec les communes, les services de l’État et les gestionnaires d’espaces naturels. Ajouter volontairement des coureurs supplémentaires le jour où la pression est maximale revient à augmenter artificiellement une densité déjà sensible. Même si chacun affirme être respectueux, l’effet cumulé modifie concrètement la réalité sur le terrain.
La sécurité ne se gère pas à moitié
L’organisation officielle engage sa responsabilité sur des milliers de coureurs identifiés. Les secours, les équipes médicales, les forces de l’ordre et les bénévoles sont mobilisés pour un nombre précis de participants. Des coureurs sans dossard présents sur le même parcours, au même moment, créent inévitablement une zone floue. En cas d’accident, la distinction entre participant officiel et coureur OFF n’est pas toujours évidente, notamment de nuit ou en altitude. Or la gestion d’une course de 170 km repose sur une traçabilité rigoureuse. Affirmer que l’on ne sollicitera pas les services de la course relève de l’intention. En situation d’urgence, les secours publics interviennent sans demander un numéro de dossard. La responsabilité peut ensuite être analysée a posteriori.
Profiter de l’ambiance sans en accepter les règles
L’argument central avancé est celui de l’ambiance. L’idée n’est pas de concurrencer l’événement, mais d’en partager l’énergie. C’est précisément là que la démarche interroge. L’ambiance de l’UTMB existe parce qu’un cadre strict la rend possible. Parce que des coureurs ont été sélectionnés, parce que des règles ont été acceptées, parce que des droits d’inscription financent la structure. Venir courir le même jour, sur le même parcours, sans dossard, revient à bénéficier de cette dynamique sans en accepter les contraintes d’accès. Ce n’est pas nécessairement illégal en soi. Mais cela pose une question d’éthique sportive. On peut critiquer la loterie, le système de points ou la mondialisation du circuit. Le débat est légitime. En revanche, se greffer au dispositif le jour J brouille la frontière entre contestation et contournement.
Les zones juridiques que beaucoup ignorent
Au-delà du débat moral, il existe un cadre légal précis. L’UTMB est soumis aux dispositions du Code du sport, notamment aux articles L.331-2 et R.331-6 et suivants, qui encadrent les manifestations sportives sur la voie publique ou en milieu naturel. L’autorisation préfectorale est délivrée pour un nombre déterminé de participants et pour un dispositif de sécurité calibré en conséquence. Le jour J, des arrêtés temporaires peuvent réglementer la circulation, le stationnement et l’occupation du domaine public. Installer un ravitaillement personnel, regrouper des véhicules d’assistance ou structurer un point de soutien peut relever du régime de l’occupation du domaine public, qui nécessite en principe une autorisation. Même un dispositif présenté comme “léger” peut juridiquement être requalifié en occupation privative s’il existe une organisation identifiable.
Manifestation non déclarée : un risque réel
Un élément essentiel concerne la notion d’organisation. Un coureur isolé qui s’entraîne n’organise rien. En revanche, appeler publiquement à rejoindre un groupe, coordonner des départs, mutualiser des ravitaillements et structurer une logistique peut constituer une organisation de fait. Le Code du sport impose une déclaration pour toute manifestation sportive organisée sur la voie publique ou en milieu naturel lorsqu’il existe une organisation identifiable, indépendamment de l’existence d’un classement officiel. En cas d’accident grave, la responsabilité des initiateurs pourrait être examinée. La qualification dépendra des faits constatés.
La question de l’assurance et de la responsabilité
Les participants officiels sont couverts par l’assurance souscrite par l’organisateur dans le cadre de la manifestation autorisée. Un coureur en OFF ne relève pas de ce périmètre. S’il provoque un dommage à un tiers, sa responsabilité civile personnelle peut être engagée. S’il nécessite une intervention lourde des secours dans un contexte déjà fortement mobilisé, les conséquences juridiques peuvent être discutées. La bonne foi ne neutralise pas la responsabilité.
Environnement et autorisations spécifiques
L’UTMB traverse des zones sensibles, parfois soumises à des réglementations environnementales particulières. Les autorisations accordées à l’organisation prennent en compte une capacité maximale de fréquentation. Ajouter un flux parallèle le même jour revient à dépasser l’équilibre validé par les autorités. Même si les sentiers sont en accès libre le reste de l’année, la densité le jour d’une manifestation autorisée devient un paramètre juridique et environnemental. La montagne est un espace partagé, mais elle n’est pas sans règles.
Quelles sanctions concrètes en cas d’infraction ?
Le Code du sport prévoit des sanctions en cas d’organisation d’une manifestation sportive sans respect des obligations déclaratives. L’article L.331-9 du Code du sport prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende en cas de non-respect des prescriptions imposées par l’autorité administrative. En cas de violation d’un arrêté préfectoral ou municipal (circulation, stationnement, occupation du domaine public), les contrevenants s’exposent à des contraventions pouvant aller jusqu’à 1 500 €, voire davantage en cas de récidive. L’occupation illégale du domaine public peut également donner lieu à une verbalisation et à l’évacuation des installations.
En cas d’accident : le risque pénal personnel
Si une organisation parallèle est requalifiée en manifestation de fait et qu’un accident grave survient, les initiateurs pourraient être poursuivis sur le fondement des infractions de blessures involontaires (article 222-19 du Code pénal) ou d’homicide involontaire (article 221-6 du Code pénal). Les peines encourues peuvent atteindre 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, et davantage en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité.
Le volet environnemental
En cas d’atteinte caractérisée à un espace naturel protégé ou de non-respect d’un arrêté environnemental, le Code de l’environnement prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à 150 000 € d’amende et 3 ans d’emprisonnement dans les cas les plus graves. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’un coureur isolé sera automatiquement poursuivi. Mais dès lors qu’une initiative collective structurée existe, que des appels publics sont lancés et qu’une logistique parallèle est organisée le jour d’une manifestation autorisée, le risque juridique change d’échelle. La question n’est donc pas seulement morale ou symbolique. Elle peut, dans certaines hypothèses, devenir pénale.
En résumé, la frustration de ne pas être tiré au sort à l’UTMB ne justifie pas tout
Oui, le système frustre. Oui, l’accès est complexe. Oui, le débat mérite d’exister. Mais répondre à une course jugée trop saturée en ajoutant encore de la saturation le jour le plus chargé de l’année n’est pas une solution cohérente. Rien n’empêche de courir le parcours à une autre date. Rien n’empêche d’organiser un rassemblement alternatif hors période officielle. Ce qui pose problème, c’est le choix du même jour, au même moment, sur le même tracé, pour capter l’énergie d’un événement structuré. Ce que propose ce traileur part peut-être d’une envie sincère. Mais en montagne, la sincérité ne suffit pas. Le respect du cadre collectif, juridique et environnemental doit primer sur la volonté individuelle de vivre l’ambiance à tout prix.
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