Au moment où le trail explose autant sur les sentiers que sur les réseaux sociaux, une phrase d’Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, mérite qu’on s’y arrête. Invité sur France Bleu dans le cadre d’un épisode consacré à la folie du trail en France, il a reconnu avec lucidité que sa visibilité médiatique dépasse largement son niveau sportif réel. Il l’assume sans détour. Quand il termine dix-huitième de l’UTMB, beaucoup retiennent son classement. Peu se souviennent des dix-sept coureurs arrivés avant lui. Pourtant, ce sont eux les plus rapides. Cette remarque, apparemment simple, met en lumière une réalité profonde du trail moderne : la hiérarchie sportive ne correspond plus toujours à la hiérarchie médiatique.
« Je suis à des années-lumière des meilleurs en termes de performances, et pourtant certains pourraient croire que je peux gagner l’UTMB ».
En reconnaissant que sa notoriété dépasse ses résultats sportifs, Casquette Verte pointe le rôle décisif des réseaux sociaux dans la construction de son image. Sa dix-huitième place à l’UTMB a davantage marqué les esprits que les performances des dix-sept coureurs devant lui. Ce décalage entre visibilité et niveau réel est précisément ce qui justifie ce titre.
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Casquette Verte est un traileur populaire
Alexandre Boucheix n’a jamais été présenté comme un favori des grandes courses internationales. Il ne possède pas le palmarès d’un Kilian Jornet ni la régularité d’un Mathieu Blanchard. Lui-même le reconnaît. Il progresse, il s’entraîne beaucoup, il accumule les kilomètres, parfois jusqu’à deux cents voire deux cent cinquante kilomètres par semaine, mais il sait où se situe la frontière entre performance élite et performance médiatique. Sa trajectoire sportive reste solide. Semi-marathon, marathon, SaintéLyon, CCC, Diagonale des Fous, UTMB. Il a construit son expérience pas à pas, avec une vraie capacité d’endurance et une mentalité offensive. Mais ce qui le distingue, ce n’est pas seulement sa capacité à courir longtemps. C’est sa capacité à raconter. Et c’est là que le basculement s’opère.
Quand l’algorithme redessine la hiérarchie du trail
Ce que Casquette Verte admet, c’est que l’algorithme agit comme un prisme déformant. Sur les réseaux, la performance ne suffit pas. Il faut une histoire, un personnage, une identité visuelle. Une casquette verte reconnaissable entre mille. Une attitude décalée. Une proximité avec le public. Résultat : un coureur classé dix-huitième peut occuper plus d’espace médiatique que certains membres du top dix. Non pas parce qu’il court plus vite, mais parce qu’il occupe mieux l’espace numérique. Ce constat dépasse son cas personnel. Il interroge l’évolution du trail. Longtemps sport de spécialistes, presque confidentiel, il est devenu un spectacle digital. Les images, les récits, les vidéos, les abonnés créent une nouvelle forme de légitimité. Une légitimité qui ne remplace pas la performance, mais qui la concurrence dans l’imaginaire collectif.
Casquette Verte fait preuve d’une lucidité rare dans le milieu
Ce qui rend sa déclaration intéressante, ce n’est pas l’autocritique en elle-même. C’est le fait qu’elle soit publique. Peu d’athlètes médiatiques acceptent d’admettre que leur notoriété dépasse leur niveau sportif. Le discours dominant consiste plutôt à entretenir l’ambiguïté. Lui choisit de l’exposer. Il affirme clairement qu’il ne joue pas dans la même catégorie que les meilleurs. Il reconnaît que certains pourraient croire qu’il est capable de gagner l’UTMB, alors que ce n’est pas la réalité actuelle de son niveau. Ce positionnement est stratégique mais aussi honnête. Il protège son image tout en évitant l’illusion.
Un modèle d’identification plus qu’un modèle de domination
Si Casquette Verte rassemble autant, c’est précisément parce qu’il ne se présente pas comme intouchable. Ancien fumeur, fêtard à ses débuts, jeune cadre parisien devenu père de famille, il incarne une trajectoire accessible. Il revendique l’idée que ce qu’il fait, d’autres peuvent le faire. Cette identification explique en partie son succès. Il ne vend pas une supériorité physiologique exceptionnelle. Il vend la possibilité d’oser. Et dans un sport où les écarts de performance sont immenses entre amateurs et élites, cette proximité change tout.

En résumé, son passage sur France Bleu confirme une chose : le trail est désormais un sujet culturel, pas seulement sportif.
On ne parle plus uniquement de chronos, de dénivelé et de ravitaillements. On parle d’image, d’influence, de construction médiatique. Casquette Verte ne dit pas qu’il n’est « pas bon ». Il dit qu’il n’est pas au niveau des meilleurs mondiaux. Nuance importante. Il reste un ultra-traileur solide, régulier, engagé. Mais il refuse que sa popularité soit confondue avec une domination sportive. Dans un paysage où l’exposition numérique peut parfois brouiller les repères, cette mise au point mérite d’être entendue.
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