Beñat Marmissolle : trop fort pour les sponsors, pas assez vendeur pour le trail ?
Chaussures de trail en promotion sur i-run
Il y a quelque chose de profondément injuste dans le trail de haut niveau. La performance dépend d’abord de l’athlète, mais elle reste indissociable d’un partenariat solide avec un ou plusieurs sponsors. Il apporte stabilité, visibilité et fait le rempart avec les contingences du quotidien.
Mais quand les sponsors s’intéressent de plus en plus à la visibilité, et la préfèrent aux performances pures des athlètes, on se sent comme sur une pente glissante dont certains athlètes ont déjà fait, ou font encore, les frais.
Le meilleur exemple en ce moment est sans aucun doute Beñat Marmissolle dont le prestigieux palmarès ne l’empêche pas d’avoir recours à des solutions alternatives pour financer son année.
Beñat Marmissolle, le cas qui dérange
Des difficultés de sponsoring qui datent
Le coureur basque a tout simplement l’un des palmarès les plus solides du trail français. On ne le voit pas sur des courses tous les mois, mais il a su prouver que chaque dossard était chèrement défendu.
Il a fait une 3e place à la Diag’ en 2021 avant de la remporter face à Jean-Philippe Tschumi en 2022. 2 mois plus tôt, il avait atteint la 6e place de l’UTMB et il fera deuxième en 2023 sur la Hardrock 100. De belles lignes.
Sauf que depuis toujours, et malgré des victoires étincelantes, il a eu du mal à trouver le soutien de sponsors. En 2023, il a dû monter une campagne Ulule, du financement participatif, pour trouver les fonds nécessaires à la gestion de son année sportive. La collecte avait alors permis de récolter un peu plus de 13 000 euros.
Le bricolage régional de 2026
On aurait pu croire ces difficultés derrière lui, mais il n’en est rien. Cette année, Beñat sera accompagné par la Team Xiberoa. Il s’agit d’un collectif d’entreprises locales (du Pays Basque, bien sûr !) qui vont venir en aide à Beñat et à son projet XXL : enchaîner UTMB 2026 et Tor des Géants (330 km, 24 000 D+). La plupart des ultra traileurs choisissent l’un ou l’autre à leur calendrier. Il est l’un des rares à pouvoir enchaîner les deux.
Ce collectif ne vient pas pour soutenir une opération marketing, vendre une paire de chaussures de trail ou un nouveau sac à dos. C’est un soutien qui se fait d’abord autour de la personne de Marmissolle, sans l’arrière-pensée d’une visibilité comme en attend un sponsor traditionnel. Il y a quelque chose de plus brut, à sens unique. Et c’est tellement rare qu’il est agréable de le souligner.
Ce que le cas Beñat Marmissolle nous dit du trail
Si le trail était un sport parfait, la question du cas Marmissolle n’existerait pas. Mais ce n’est pas le cas. C’est même l’inverse. Le sponsoring, dans le trail et sûrement dans bien d’autres sports d’ailleurs, est là avec la seule volonté d’un retour sur investissement. Dès lors que l’on sort des athlètes les plus en vue sur les réseaux, et des quelques-uns habitués des podiums, l’argent devient une question centrale. Car même la signature d’un sponsor ne libère pas toujours de toutes les difficultés de financement.
Financer un sportif, c’est ok s’il apporte une image, des nouveaux clients, de la crédibilité, de la visibilité. Le chrono compte, mais pas uniquement. C’est cette réflexion qui permet à des athlètes qui ne gagnent jamais une course d’envergure d’être vus et connus de tous, de vendre des T-shirts avant une grande course, ou de recevoir des chèques de folie tous les mois sans avoir encore de palmarès vraiment fiable.
Être visible, savoir se raconter et savoir vendre son gel énergétique à 3 euros pièce compte autant, si ce n’est pas plus, qu’un podium à une Diag’. On perd l’essence du sport pour voir les athlètes comme des communicants avant tout. Marmissolle est l’exact inverse de cette attitude. Sa simplicité, sa discrétion, sa résilience face à des accusations infondées, tout en fait un personnage attachant, authentique et intéressant à suivre.
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