Évidemment que nous avons tous été épatés, pour ne pas dire plus, par l’exploit de Mathieu Blanchard en 2025 sur la Yukon Arctic Ultra.
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Sans aucun autre référentiel pour comparer son temps, la difficulté de la course, et sa résistance aux conditions climatiques extrêmes, l’exploit nous a paru tout à fait singulier.
Il ne faut pas se méprendre, son exploit en était bien un ! Plus de 600 km sans assistance avec des températures polaires qui chatouillent les -40°C, difficile de le nier !
Mais cette année, et sans que personne au monde n’ait pu le voir venir, on a un nouveau référentiel à qui comparer la performance de Mathieu Blanchard. Et ça remet tout en cause !
Blanchard vs Clément : deux profils que tout oppose
Mathieu Blanchard avait remporté la Diagonale des fous quelques mois seulement avant de franchir la ligne d’arrivée de la Yukon Arctic Ultra.
Ceux qui connaissaient déjà bien son parcours savaient que le trailer avait vécu plusieurs années au Québec, et qu’il avait déjà réalisé d’autres expéditions, notamment avec son ami Loury Lag, dans des conditions particulièrement difficiles en termes de froid et d’enneigement. Pour Mathieu Blanchard, la Yukon Arctic Ultra n’était pas une découverte à proprement parler, mais une façon de repousser ses limites.
De l’autre, il y a un certain Paul Clément que personne ne connaissait avant le départ de la course.
Et pour cause, c’est un coureur indépendant, il n’a aucun sponsor, et ne met pas en scène ses aventures, ses dossards, et ses entraînements sur Internet. Attention, ce n’est pas non plus un sportif lambda. Une 109e place à l’UTMB 2024 (et 47e sur la Diag quelques mois après) prouve déjà un certain niveau en course ! Mais rien de comparable avec un professionnel.
Difficile de faire plus diamétralement opposé que ces deux-là !
L’art de la mise en scène
Courir par -40°C avec une pulka de 30 kg accrochée à soi, et dans une course de 600 km sans assistance, c’est un exploit. Et si vous ne le saviez pas, Mathieu Blanchard a tout fait pour que vous le sachiez avant, pendant et après la course l’année dernière ! On ne compte plus les publications lorsque c’était possible pendant la course, et surtout toutes ses interventions médiatiques après. La violence du froid, les poumons contractés au point d’avoir des difficultés respiratoires, le manque de sommeil, l’alimentation dégradée, les douleurs musculaires et j’en passe, il vous le dirait aujourd’hui encore mieux que moi.
On se souvient notamment de cet épisode où les poumons de Mathieu Blanchard ont été touchés, et où il se voyait déjà à l’article de la mort. La formule est à peine exagérée. Bien sûr que ses poumons ont été touchés, bien sûr qu’il en a souffert ! Et on ne nie rien de tout cela, évidemment !
Raconter les conditions de course n’invalide pas la difficulté de l’exercice et l’exploit sportif d’y parvenir. Ils sont d’ailleurs très peu nombreux chaque année à franchir la ligne d’arrivée. Et la mise en scène de ses aventures et courses est le modèle économique de Mathieu Blanchard, c’est tout à fait son droit et finalement assez courant dans le trail d’aujourd’hui.
L’exploit sportif de Paul Clément
Il faut aussi prendre le temps de remettre en contexte la victoire de Paul Clément. Sur un parcours d’une longueur similaire, le vainqueur 2026 n’a mis en réalité que 27 heures de plus que le temps de Matthieu Blanchard. Sauf que ce dernier est un des ultra trailers les plus performants de ces dernières années, qu’il en a fait son métier depuis longtemps, et qu’il est accompagné des sponsors les plus puissants et donc du matériel le plus adapté.
Paul Clément ne répond à rien de tout cela. Il a un travail au quotidien, vit près de Paris et ne consacre pas sa vie à la course à pied. Cela fait de son temps un chrono particulièrement impressionnant, d’autant qu’il a laissé plus de 20h d’écart avec son suiveur, en l’occurrence une suivante !
Mais surtout, les conditions météorologiques étaient bien différentes. Paul Clément n’a pas eu à souffrir du froid de la même façon que lors de l’édition 2025. Cette année, sur la Yukon Arctic Ultra, il a « presque » fait chaud. Et ce qui peut sembler de prime abord un avantage particulier pour mieux encaisser le climat est en réalité un piège terrible. À quelques degrés en dessous de 0, la neige n’est pas gelée. Elle est épaisse, molle, piégeuse, et demande à chaque pas un effort plus important qu’une neige gelée.
La dépense énergétique, si elle ne se fait pas pour combattre le froid, se fait alors à chaque pas afin de pouvoir tirer la pulka qui devient un poids mort. Cette dernière ne glisse pas sur la neige gelée, elle s’y enfonce. Et là encore il faut une débauche d’énergie phénoménale pour pouvoir avancer. D’ailleurs, une gestion intelligente de sa pulka, plus légère de 8 kg par rapport à la moyenne (22 au lieu de 30 kg), est un point stratégique de sa victoire.
Et si le froid a été bien moins mordant cette année, cela entraîne bien plus de difficultés à gérer l’humidité du corps. Guillaume Grima, longtemps premier de cette édition 2026 après avoir suivi Mathieu Blanchard de seulement 4h en 2025, en a fait les frais et a dû abandonner peu après la mi-parcours.
Dans l’absolu, chaque course est unique et les comparaisons restent bancales. Là encore c’est subjectif mais on reste tout de même bien plus impressionné par la course si parfaitement gérée d’un coureur amateur que personne n’avait vu venir que par un professionnel qui avait avec lui toutes les conditions pour donner le meilleur de lui-même dès la préparation de la course.
Alors une chose est sûre, sur ce type de course, ce n’est pas forcément le premier à passer la ligne d’arrivée qui importe le plus. Il suffit d’ailleurs de voir le nombre de finisher ! Non, ce qui compte peut-être le plus, c’est l’art et la manière. Et dans ce cas, Guillaume Grima comme Paul Clément cette année, ont sans doute bien plus de mérite que Mathieu Blanchard.
Cet article propose une analyse comparative et subjective de performances sportives réalisées lors de différentes éditions de la Yukon Arctic Ultra. Les éléments mentionnés reposent sur des données publiques (classements officiels, conditions météorologiques rapportées, informations déclaratives des athlètes) ainsi que sur une lecture éditoriale assumée.
Aucune affirmation ne vise à dénigrer, discréditer ou remettre en cause l’intégrité, le mérite ou la performance de l’un ou l’autre des sportifs cités. Les appréciations formulées relèvent d’un commentaire journalistique sur le sport et sur la mise en récit des exploits, dans le respect du droit à l’information et de la liberté d’expression.
Chaque édition d’une course d’ultra-endurance étant unique par ses conditions et son contexte, toute comparaison comporte nécessairement une part d’interprétation.





