L‘accessoire « ovni » de la Winter Spine : Zoom sur le masque échangeur de chaleur
C’est l’image qui a fait réagir les réseaux sociaux quelques heures après le départ la Montane Spine Race que nous suivons en direct : Sébastien Raichon, progressant dans le brouillard britannique, le visage couvert par un masque aux allures de dispositif médical ou industriel. Si pour beaucoup cela ressemble à un gadget de film de science-fiction, il s’agit en réalité d’un allié redoutable pour la survie des poumons en milieu polaire : le masque AirTrim.
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A quoi sert le masque AirTrim que porte Sébastien Raichn sur la Winter Spinerace 2026
Transformer l’air polaire en brise tropicale
Le principe du masque AirTrim est purement mécanique et passif. Il ne nécessite aucune batterie. Son secret réside dans ses filtres interchangeables qui agissent comme des récupérateurs d’énergie :
- La récupération (expiration) : L’air rejeté par les poumons est à une température d’environ 37°C et saturé d’humidité. En traversant le filtre, il cède sa chaleur et sa vapeur d’eau au matériau.
- La restitution (inspiration) : L’air extérieur, froid et sec, traverse ce même filtre avant d’entrer dans les voies respiratoires. Il récupère alors l’énergie thermique et l’humidité stockées quelques secondes plus tôt.
L’efficacité est stupéfiante : d’après les données techniques, si l’air extérieur est à -22°C, il arrive dans vos bronches à +10°C après son passage dans le masque. Pour un coureur, c’est l’assurance de ne plus souffrir du froid, même dans des conditions extrêmes.
Les enjeux physiologiques pour le traileur
L’utilisation de cet équipement sur une course comme la Winter Spine Race, où l’effort peut s’étendre sur plus de 100 heures, repose sur trois piliers scientifiques majeurs :
La protection de l’arbre respiratoire
Respirer un air glacial de manière répétée et intense provoque une agression directe des muqueuses. Le froid et la sécheresse de l’air hivernal peuvent entraîner une bronchoconstriction, souvent appelée « asthme d’effort », ainsi qu’une inflammation des voies respiratoires supérieures. Le maintien d’un air chaud et humide permet de limiter ces irritations qui, à terme, peuvent réduire la capacité d’échange d’oxygène.
L’optimisation du bilan thermique et énergétique
Le corps humain dépense une part importante de ses calories pour maintenir son homéostasie thermique (37°C). Chaque cycle respiratoire par temps froid nécessite que l’organisme réchauffe l’air inspiré avant qu’il n’atteigne les alvéoles pulmonaires. Sur un ultra-trail où l’on estime que les coureurs consomment environ 10 000 calories par tranche de 24 heures, l’utilisation d’un échangeur de chaleur réduit la charge de thermorégulation interne. Cette énergie économisée sur le « chauffage » de l’air reste théoriquement disponible pour le travail musculaire.
La gestion de l’hydratation
L’air froid est naturellement très sec. Pour le réchauffer et l’humidifier, le corps puise dans ses propres réserves hydriques. Le filtre du masque retient une partie de l’humidité expirée et la restitue à l’inspiration. Ce recyclage passif de l’eau permet de limiter la déshydratation respiratoire, un facteur souvent négligé mais réel dans les environnements froids et venteux.
Le détail qui fait la différence : adieu la buée
Un problème récurrent en ultra hivernal est la buée (voire le givre) qui se forme sur les lunettes à cause du souffle dévié par un simple tour de cou. Le design de ces masques évacue l’air expiré vers le bas, garantissant une vision claire, un point crucial quand on sait que la Spine se court à 70% de nuit à la lampe frontale.
Un réglage sur-mesure pour l’effort
Le système propose cinq filtres interchangeables. Plus les filtres comportent de parties bleues, plus l’air passe facilement, ce qui permet d’adapter la protection selon que l’on soit en pleine montée cardiaque ou sur une section de marche plus calme.
En le portant dès les premières heures, Sébastien Raichon confirme son obsession du détail : sur la Winter Spine, la victoire se joue aussi sur la capacité à protéger sa machine biologique contre les agressions du climat britannique.
Une technologie, plusieurs écoles
Si l’échangeur de chaleur est un standard dans les pays nordiques, plusieurs marques se partagent le marché avec des approches ergonomiques différentes :
- AirTrim (Suède) : C’est le modèle « masque » par excellence utilisé par Sébastien. Il couvre largement le nez et la bouche, ce qui protège aussi l’épiderme du visage contre les gelures. Sa force réside dans ses filtres interchangeables (du filtre « Racing » très respirant au filtre « Asthme » très chaud) qui s’adaptent à l’intensité de l’effort.
- Lungplus (Suède) : Cette marque propose une approche beaucoup plus minimaliste. Ici, pas de masque encombrant : le dispositif ressemble à un protège-dent que l’on garde en bouche. L’échangeur de chaleur est situé à l’intérieur d’un petit tube en aluminium ou en plastique. C’est l’outil préféré des coureurs qui détestent avoir le visage entravé ou qui veulent pouvoir alterner très rapidement entre respiration libre et respiration filtrée.
- ColdAvenger (USA) : Souvent utilisé par les participants de l’Iditarod ou des courses en Arctique, ce masque ressemble davantage à un équipement tactique. Il est conçu en polyuréthane médical et offre une zone de mélange d’air plus importante, ce qui est idéal pour les conditions de vent extrême où la protection de la peau est aussi vitale que celle des poumons.
Le choix de l’athlète : confort vs protection
Le choix entre un AirTrim ou un Lungplus est souvent une affaire de compromis. Le masque AirTrim, bien que très efficace pour réchauffer l’air de $-22°C$ à $+10°C$, demande un temps d’adaptation pour ne pas se sentir oppressé lors des montées sèches. À l’inverse, un système buccal comme le Lungplus est plus discret mais ne protège pas le visage des morsures du vent britannique.
L’adoption de ce matériel par un coureur comme Sébastien Raichon s’inscrit dans une logique de préservation de l’intégrité physique sur le long terme. Dans un environnement saturé d’humidité comme celui de la Pennine Way, où le froid est souvent accentué par un vent constant, la gestion de la température de l’air inspiré devient un paramètre de performance à part entière.
Source
Cette vidéo a été publiée par Sébastien Raichon dans le groupe WhatsApp destiné à la presse dans le cadre de sa communication officielle. Sa reprise s’inscrit dans le cadre légal du droit à l’information, conformément à une exploitation normale à des fins journalistiques.
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