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🎧 Quand on parle du monde du trail, c’est un peu comme quand les métalleux du Hellfest évoquent une « grande famille », où tout le monde serait gentil, bienveillant envers son prochain, accueillant, souriant.
Ce monde de bisounours serait, sur le papier, ouvert aux nouveaux membres, petits curieux souhaitant rejoindre les vieux passionnés afin d’échanger, partager et faire vivre leur hobby. Or, dans la réalité, ce n’est pas ainsi que ça se passe.
Le monde du running est devenu un univers fermé et élitiste
Depuis que la course à pied est devenue un véritable phénomène de mode, les médias, les réseaux sociaux, les influenceurs et autres « groupes de running » ont créé un univers très fermé, élitiste, réservé à une caste de privilégiés qui en imposent les règles de fonctionnement.
Cette évolution commence notamment par l’adoption d’un vocabulaire précis devenu quasi obligatoire, teinté d’anglicismes visant souvent à se démarquer, prouver que l’on fait partie de la secte et que l’on est dès lors légitime à prendre la parole.
Running, fartlek, HRV : le vocabulaire pour appartenir à la communauté
La « course à pied » ?
Mais non enfin, vieux boomer, il faut parler de « running » désormais.
Le « fractionné » ? Disparu également, place au « fartlek » (terme suédois qui signifie « jeu de vitesse »). Ajoutons les concepts de « double seuil », de « VO2 max », de « DNF » ou de « single » et vous avez un petit aperçu de la novlangue du trail.
Ces mots et expressions permettent à toute une communauté de se distinguer, de montrer qu’elle évolue dans un autre monde, loin des ignorants qui, eux, ne pratiquent pas le « running », puisqu’ils n’utilisent pas ces termes.
Placez donc l’acronyme « HRV » lors de votre prochain repas de famille, vous vous sentirez important aux yeux des « Moldus » !
La dictature du FKT : être le meilleur ou ne pas exister
Au-delà, certains concepts sont poussés tellement à l’extrême qu’ils deviennent même une véritable épreuve à part entière.
Ainsi, depuis quelques années, c’est le célèbre FKT (« Fastest Know Time ») qui a pris une place considérable dans les médias spécialisés, à l’image de La Bande à D+ qui lui consacre encore toute une émission récemment.
Il ne s’agit même plus de gagner une course, de juste courir vite, de faire un classement particulier ou même de réaliser un bon chrono. Non, ce qui compte ici, c’est simplement d’aller décrocher ce « FKT », soit le meilleur temps connu.
Ce monde manichéen se révèle ici impardonnable : soit vous décrochez le Saint Graal FKT, soit vous ne décrochez rien, vous n’êtes rien, vous n’existez pas et votre nom n’apparaît nulle part. C’est tout ou rien. Vous êtes le roi du monde ou vous êtes un moins que rien. D’ailleurs, si vous décrochez un FKT mais que celui-ci est rapidement battu (à l’image d’Aurélien Sanchez récemment, qui a décroché puis perdu très vite le FKT sur le Pacific Crest Trail), votre moment de gloire semble balayé, rayé, anéanti des livres d’histoire.
Les influenceurs et les médias imposent les mêmes références
Est-ce que ce phénomène est lié au fait que beaucoup d’influenceurs, youtubeurs, podcasteurs et autres commentateurs viennent du monde tout aussi fermé des grandes écoles de communication, notamment parisiennes ? Difficile à dire…
Une chose est sûre, les médias et réseaux sociaux ont façonné un monde homogène, très fermé, où l’on parle toujours des mêmes choses, des mêmes (gros) événements, des mêmes athlètes (ceux qui gagnent), des mêmes marques (celles qui sponsorisent au maximum).
Hoka, UTMB, Diagonale des Fous : les codes de la reconnaissance sociale dans le trail
Ainsi, pour faire partie de la secte, il faut non seulement en maitriser le langage et les codes mais aussi accepter de se soumettre à ses tendance, ses modes, ses acteurs.
Combien de néo-trailers achètent leur première paire de baskets en choisissant la marque Hoka car ils en ont entendu parler ?
Combien de trailers se lancent dans cette nouvelle passion en ayant pour objectif ultime l’UTMB ou la Diag ?
Si demain vous annonciez à vos collègues que votre premier cent miles aura lieu sur l’Ultra des Coursières, est-ce que vous obtiendriez la même reconnaissance sociale qu’en évoquant un ultra « by UTMB » ?
En résumé, le trail perd son esprit critique et impose une pensée unique
Le monde du trail change et, d’une certaine manière, il décline. Il aseptise ses fans, il détruit l’esprit critique, il lâche ses brebis galeuses et il oblige sa communauté à avoir les mêmes références, les mêmes connaissances, les mêmes goûts. Dès lors, tous ceux qui ne seraient pas en phase avec cette nouvelle dictature sont priés de changer de passion…
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Auteur : Nick Nitro, coureur de lombreu-Trail est un média indépendant. Depuis 2012, nous parlons de trail librement, sans aucun sponsor.
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