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🎧 À quelques heures du départ de la Diagonale des Fous 2026, les projecteurs sont braqués sur les quelque 3 000 coureurs qui vont traverser La Réunion. Mais derrière l’image d’une course mythique, populaire et mondialement reconnue, les coulisses du Grand Raid semblent beaucoup moins paisibles. Démissions successives, accusations de copinage, méthodes de surveillance dénoncées en interne, trésorière écartée et conflit porté devant la justice : ces dernières années, les tensions se sont accumulées au sein de l’association qui organise l’événement.
Dans une enquête publiée par Libération et relayée par le journaliste Laurent Decloitre, plusieurs anciens ou actuels membres du Grand Raid décrivent une organisation traversée par des conflits internes importants. Des témoignages et accusations auxquels le président du Grand Raid, Pierre Maunier, apporte sa propre version.
Le contraste est saisissant. Sur les sentiers, la Diagonale des Fous demeure l’un des symboles les plus puissants de l’ultra-trail français. Dans les bureaux de l’association, le climat décrit est beaucoup moins idyllique.
« Une ambiance de merde » : un bénévole décrit des méthodes de « flics »
Le témoignage le plus brutal vient d’un bénévole présenté comme chef de poste sur un point de passage de la course.
Interrogé par Libération, celui-ci accuse le comité de direction d’utiliser des méthodes de surveillance qu’il compare à celles de « flics ».
Il résume l’atmosphère interne par une formule particulièrement violente : « une ambiance de merde ».
Le même bénévole évoque également un « panier de crabes ».
Des mots très éloignés de l’image de grande famille du trail généralement associée au Grand Raid, événement qui repose largement sur l’investissement de bénévoles.
Thierry Chambry avait déjà quitté le Grand Raid pour des questions de « valeurs et d’éthique »
Ces accusations n’arrivent pas dans un ciel totalement bleu.
En février 2025, Thierry Chambry, alors directeur de course de la Diagonale des Fous, avait créé la surprise en annonçant son départ.
L’ancien vainqueur de la Diagonale en 2007 avait passé quatre années au sein du comité directeur. Au moment de partir, il avait publiquement évoqué une incompatibilité entre le management de l’association et ses propres « valeurs » et son « éthique ».
Mais selon les éléments aujourd’hui rapportés par Libération, Thierry Chambry va plus loin et évoque des pratiques de « copinage ». Il estime également qu’il ne disposait pas d’une liberté suffisante pour défendre ce qu’il considérait comme l’intérêt sportif de la course.
Il s’agit toutefois de ses accusations et non de faits judiciairement établis.
Le président du Grand Raid accuse à son tour Thierry Chambry
La guerre ne se joue pas dans un seul sens.
Pierre Maunier, président du Grand Raid, conteste cette lecture et adresse lui aussi un reproche sérieux à son ancien directeur de course.
On est donc très loin d’un simple désaccord sportif sur quelques kilomètres de parcours.
Entre l’ancien directeur de la Diagonale et la présidence du Grand Raid, les accusations portent directement sur la manière dont l’association est dirigée et sur l’utilisation de ses moyens.
Avant Thierry Chambry, Christine Bénard avait elle aussi quitté le navire
Le départ de Thierry Chambry n’est surtout pas un événement isolé.
Un an auparavant, Christine Bénard, alors directrice du Trail de Bourbon, avait elle aussi quitté l’organisation.
Elle n’avait pas publiquement détaillé les raisons de son départ.
Pierre Maunier affirme de son côté qu’un désaccord existait autour d’un projet de changement du lieu de départ du Trail de Bourbon, qui aurait été envisagé sans validation préalable de la direction.
Pris séparément, chaque départ pourrait relever d’un simple conflit de fonctionnement. Leur accumulation finit cependant par poser question.
Les départs et évictions se sont multipliés depuis 2021
La liste ne s’arrête pas aux directeurs de deux des principales courses du Grand Raid.
Dès 2021, peu après l’arrivée de Pierre Maunier à la présidence, les responsables de l’informatique et de la logistique avaient également quitté leurs fonctions.
Le directeur du Zembrocal Trail a ensuite été remercié.
En 2026, les tensions ont encore gagné l’équipe chargée des finances : la trésorière du Grand Raid et son adjointe ont été écartées.
Cette fois, le conflit a franchi une étape supplémentaire puisque les deux intéressées contestent leur éviction devant la justice.
La trésorière et son adjointe contestent leur mise à l’écart en justice
Pierre Maunier défend là encore la décision du Grand Raid.
Selon les explications qu’il donne à Libération, la trésorière aurait notamment refusé de s’expliquer dans un différend avec un salarié ainsi que de défendre les intérêts de l’association dans le cadre d’un contrôle fiscal.
La version est donc contestée et le contentieux n’est pas réglé : les anciennes responsables financières ont choisi la voie judiciaire pour remettre en cause leur mise à l’écart.
Après les responsables sportifs, informatiques et logistiques, le conflit touche ainsi désormais directement la gouvernance financière de l’association.
« Je passe pour le gestapiste, le dictateur » : Pierre Maunier assume son style de direction
Face aux critiques, le président du Grand Raid ne semble pas chercher à lisser son image.
Dans l’enquête de Libération, Pierre Maunier reconnaît lui-même qu’on peut le présenter comme un dirigeant extrêmement autoritaire, allant jusqu’à employer à son propre sujet les termes de « gestapiste » et de « dictateur ».
Mais pour lui, la question doit être regardée autrement.
Il estime que dans une entreprise classique, plusieurs des personnes concernées par ces conflits auraient tout simplement été licenciées pour faute.
C’est précisément là que se situe une partie du problème : le Grand Raid n’est justement pas une entreprise.
Une volonté de contrôler aussi les voix critiques ?
Ce climat de « flicage » décrit en interne résonne aussi avec la manière dont le Grand Raid a déjà réagi à certaines critiques venues de l’extérieur.
uTrail en a fait directement l’expérience. Le site avait été poursuivi pour diffamation et injure à la suite d’articles critiques et d’une caricature visant l’organisation de la Diagonale des Fous. Robert Chicaud et l’association Grand Raid avaient engagé la procédure, ensuite poursuivie sous la présidence de Pierre Maunier.
Au-delà du contentieux lui-même, cet épisode pose une question qui résonne avec les critiques actuelles : jusqu’où une organisation peut-elle chercher à contrôler sa communication, les voix dissonantes ou les articles qui lui déplaisent ?
Dans le cas de uTrail, la justice a tranché en faveur de la liberté de critique journalistique.
Une organisation devenue immense, toujours gérée par une petite structure
Derrière ces conflits se pose aussi la question de la taille prise par le Grand Raid.
La Diagonale des Fous est devenue un événement international majeur, avec environ 3 000 coureurs sur son épreuve reine et des participants venus de plus d’une centaine de pays.
Plusieurs partenaires pousseraient désormais l’organisation à évoluer vers une structure commerciale, et Pierre Maunier reconnaît que l’idée fait réfléchir.
Mais derrière cette question de statut, l’urgence semble surtout ailleurs : comment remettre de l’ordre dans une organisation où les départs, les évictions et les accusations internes se succèdent depuis plusieurs années ?
En résumé, la Diagonale des Fous reste immense, mais ses coulisses se fissurent
En résumé, la Diagonale des Fous reste immense, mais ses coulisses se fissurent
Il serait évidemment excessif de résumer le Grand Raid à ses conflits internes.
La Diagonale des Fous continue de mobiliser des milliers de bénévoles, des milliers de coureurs et une grande partie de La Réunion. Sportivement, son prestige reste intact.
Mais l’accumulation des événements devient difficile à ignorer.
Un directeur de la Diagonale qui démissionne en invoquant ses valeurs et son éthique. Une ancienne directrice du Trail de Bourbon partie auparavant. Des responsables informatique et logistique qui ont quitté l’association. Un directeur du Zembrocal remercié. Une trésorière et son adjointe écartées et désormais devant la justice. Des accusations de copinage. Un bénévole qui parle de surveillance et décrit un « panier de crabes ». Et un président qui reconnaît lui-même la dureté de son mode de management.
Pris individuellement, chacun de ces épisodes possède son histoire et ses versions contradictoires. Mis bout à bout, ils dessinent néanmoins une crise de gouvernance qui ne peut plus être réduite à un simple conflit de personnes.
Ce jeudi soir, lorsque près de 3 000 coureurs s’élanceront de Saint-Pierre, l’image restera celle d’une Diagonale des Fous gigantesque et profondément ancrée à La Réunion.
Mais derrière la fête, une autre course semble désormais engagée : celle qui déterminera quel modèle de gouvernance peut encore tenir un événement devenu beaucoup plus grand que la petite association qui l’a fait naître.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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