Un sprint de 3 minutes pour représenter un sport de montagne
Le ski-alpinisme est officiellement entré au programme des Jeux olympiques d’hiver lors de l’édition 2026 à Milan-Cortina. Sur le papier, c’est une reconnaissance historique pour une discipline longtemps restée confidentielle, pratiquée dans l’ombre des grandes stations et des pentes engagées. Dans les faits, la grande première olympique laisse un goût étrange.
Car ce que le grand public a découvert à Bormio n’a pas grand-chose à voir avec l’image que les montagnards se font du ski-alpinisme. Oubliez les longues traversées en altitude, les arêtes techniques, les descentes engagées et les efforts d’une heure à plusieurs heures. Le format retenu par le Comité international olympique est celui du sprint, une épreuve d’environ 3 minutes, explosive, codifiée, ultra-compacte.
Et c’est bien là que le problème commence.
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Un format spectaculaire… mais déconnecté de la culture du ski-alpinisme
Le sprint olympique se déroule sur un tracé court, balisé, avec une montée en peaux de phoque, une section à pied skis sur le dos, puis une descente sur piste damée. Tout est calibré pour la télévision : transitions rapides, obstacles artificiels, parcours condensé.
Sportivement, l’exercice est exigeant. Les transitions – enlever les peaux, chausser et déchausser, manipuler le matériel – font souvent la différence. La puissance pure compte autant que la technique. Mais est-ce vraiment cela, l’ADN du ski-alpinisme ?
Pour beaucoup d’athlètes et d’observateurs, la réponse est non. Le ski-alpinisme s’est construit autour de formats longs, en pleine montagne, où la gestion de l’effort, l’orientation, l’endurance et la lecture du terrain sont centrales. Des courses comme la Pierra Menta incarnent cette tradition : plusieurs jours d’effort, des milliers de mètres de dénivelé, un terrain naturel et parfois imprévisible.
Le sprint olympique, lui, ressemble davantage à une version standardisée, presque aseptisée, pensée pour entrer dans une grille TV.
Le choix du CIO : visibilité avant authenticité
Le CIO privilégie depuis plusieurs olympiades des formats courts, dynamiques, supposés plus accessibles au public. On l’a vu en escalade, où les épreuves combinées ont longtemps fait débat. En ski-alpinisme, le même raisonnement s’applique : proposer un spectacle rapide, lisible, facile à consommer.
Mais à force de vouloir simplifier, on risque de trahir l’essence même du sport.
Le format individuel, plus long, plus représentatif de la discipline, n’a pas été retenu pour cette première olympique. Certains grands noms du circuit ont exprimé leurs réserves, estimant que le sprint ne reflète qu’une facette minoritaire du ski-alpinisme. D’autres, au contraire, y voient une opportunité unique de professionnalisation et de médiatisation.
La tension est claire : faut-il adapter le sport aux Jeux ou les Jeux au sport ?
Un risque d’image pour la discipline
Le danger est subtil mais réel. Pour un public qui découvre le ski-alpinisme à travers les JO, l’image retenue sera celle d’un parcours artificiel, d’un enchaînement de manipulations techniques et d’une descente sur piste. Pas celle d’un engagement en haute montagne, d’un effort d’endurance prolongé, ni d’une immersion en terrain sauvage.
Autrement dit, le ski-alpinisme olympique pourrait donner une vision partielle – voire trompeuse – de la discipline.
Cela ne signifie pas que le sprint n’a pas sa place. Il existe depuis plusieurs années en Coupe du monde et possède ses spécialistes. Mais en faire la vitrine unique du sport pose question.
En résumé, il serait trop simple de rejeter en bloc l’entrée du ski-alpinisme aux JO.
L’effet olympique est réel : plus de visibilité, plus de moyens, davantage de jeunes attirés par la discipline. Dans certains pays, des athlètes ont pu se professionnaliser grâce à cette reconnaissance.
La question n’est donc pas de savoir si les JO sont « bons » ou « mauvais » pour le ski-alpinisme. Elle est plus profonde : quelle version du sport souhaite-t-on montrer au monde ?
Si, à l’avenir, les formats évoluent pour intégrer des épreuves plus longues, plus proches de la pratique traditionnelle, alors cette première étape aura servi de tremplin. Mais si le ski-alpinisme olympique reste cantonné à des sprints de 3 minutes dans un environnement ultra-contrôlé, le fossé entre la montagne réelle et la scène olympique risque de se creuser.
Et c’est peut-être là que ça ne va pas.
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