Après son abandon sur la Barkley, Mathieu Blanchard a choisi de publier un long texte sur Instagram pour raconter son expérience.
Acheter le livre de Mathieu Blanchard
Un récit dense, introspectif, construit autour du mystère de l’épreuve et de ce qu’elle lui a apporté. Esprit Trail a fait le choix éditorial de le reprendre intégralement sur sa page Facebook. Cette reprise a produit un effet intéressant : au-delà du texte lui-même, cela a exposé publiquement les réactions brutes de la communauté trail, sans filtre ni réécriture. Et ces réactions disent beaucoup.
L’écriture assumée de Mathieu Blanchard divise
Dans son message, Mathieu Blanchard ne s’attarde pas sur les détails factuels de sa troisième boucle. Il préfère installer un cadre plus large. Il évoque « cette société d’ultra-information où l’on croit tout connaître et tout maîtriser », explique que la Barkley résiste volontairement à la transparence et insiste sur la dimension presque philosophique de l’épreuve.
Plus loin, il écrit avoir « appris à projeter une carte plate en trois dimensions » et conclut en affirmant repartir « plus lucide, plus solide, plus humble aussi ».
Le ton est maîtrisé, travaillé, presque littéraire. Il s’agit moins d’un simple compte rendu de course que d’un récit d’expérience. C’est précisément ce choix narratif qui suscite des réactions contrastées. Sous la publication d’Esprit Trail, certains lecteurs saluent la profondeur du propos et rappellent qu’un athlète professionnel doit aussi gérer son image.
L’un d’eux souligne qu’« un DNF à la Barkley, c’est une course faite pour ça ».
D’autres, en revanche, questionnent la longueur du texte, parlant d’un « roman » pour expliquer un abandon, ou ironisant sur la « version plus humble » évoquée en conclusion. Ces commentaires ne constituent évidemment pas une vérité objective sur l’intention de l’athlète. Ils traduisent plutôt une tension classique dans le trail moderne : faut-il raconter l’échec comme une transformation personnelle, ou le présenter plus sobrement comme un résultat sportif ?
La Barkley, épreuve radicale et minimaliste, ne laisse aucune place au storytelling sur le terrain. Elle ne consacre que les finishers. Mais hors de la forêt, le récit reprend ses droits.
Mathieu Blanchard semble s’éloigner du trail classique
Au-delà de la forme du texte, un autre élément attire l’attention. Mathieu Blanchard insiste sur l’autonomie comme apprentissage central de cette expérience.
Il écrit notamment : « Ce baptême m’a offert quelque chose d’essentiel : l’autonomie. La sensation que je pourrais, un jour, faire un tour seul, sans dépendre de personne. »
Ce passage est révélateur. Le vocabulaire employé — autonomie, capacité, transformation — dépasse le cadre strict de la compétition. Il s’inscrit dans une logique d’aventure, de progression personnelle, presque initiatique. Or cette orientation n’est pas nouvelle. Ces dernières saisons, l’athlète a multiplié les projets hybrides, entre ultra-distance polaire, expéditions et défis hors formats classiques. La Barkley, par son exigence d’orientation et d’indépendance, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Certains commentaires vont dans ce sens, parfois de manière critique, parfois simplement interrogative.
On perçoit l’idée que le curseur se déplace progressivement : moins de trail élite au sens traditionnel, davantage d’aventure en autonomie. Cela ne constitue ni un reproche établi ni une affirmation définitive, mais une lecture possible de la trajectoire actuelle. La question qui se dessine en creux est simple : cherche-t-il encore à gagner les grandes courses, ou cherche-t-il désormais autre chose ?
En résumé, le choix d’Esprit Trail de republier intégralement le texte a eu le mérite de montrer une réalité rarement visible : la diversité des perceptions au sein même de la communauté.
Il n’y a pas de rejet massif. Il n’y a pas d’adhésion totale. Il y a un débat.
Certains lecteurs valorisent la profondeur du propos et rappellent que la Barkley est une épreuve où l’échec est presque la norme. D’autres expriment une forme de lassitude face à des récits qu’ils perçoivent comme trop scénarisés. Entre ces deux positions, une majorité silencieuse observe.
Au fond, cette séquence dépasse le cas individuel de Mathieu Blanchard. Elle met en lumière l’évolution du trail contemporain, où les athlètes ne sont plus seulement des compétiteurs mais aussi des narrateurs de leur propre aventure.
Dans un univers saturé d’images et de données, le récit devient presque aussi important que le résultat.
La Barkley, elle, reste implacable. Elle ne valide ni les intentions ni les transformations intérieures. Elle valide cinq boucles en 60 heures. Cette année encore, elle n’a consacré aucun finisher. Mais hors de Frozen Head, l’histoire continue.
Les citations sont reproduites à titre d’information et d’illustration, dans le respect du droit de courte citation. Les commentaires mentionnés étaient accessibles publiquement au moment de la rédaction.
Les réactions citées ont été sélectionnées afin d’illustrer la diversité des points de vue exprimés et ne prétendent ni représenter l’ensemble des contributions, ni refléter une opinion majoritaire.
Les interprétations développées relèvent d’une lecture rédactionnelle et ne constituent ni une affirmation factuelle quant aux intentions de l’athlète, ni une mise en cause de son intégrité, de sa carrière ou des médias évoqués.
Source
Lire aussi
- Mathieu Blanchard : on connaît la vraie raison de son abandon sur la Barkley
- Pourquoi Mathieu Blanchard aurait dû gagner la Barkley
- Pourquoi le buzz médiatique autour de la Barkley est infondé
- L’année commence mal pour Mathieu Blanchard





