Invité sur le plateau de Popcorn, l’émission animée par PA Domingo, Clément Deffrenne savait très bien que l’exercice ne serait pas confortable.
Popcorn n’est pas un podcast confidentiel entre passionnés de trail. C’est une émission diffusée en direct sur Twitch et YouTube, suivie par des centaines de milliers de spectateurs, principalement issus de la culture gaming et streaming. À l’origine centrée sur l’e-sport et le jeu vidéo, l’émission s’est progressivement ouverte à des profils venus d’autres univers : entrepreneurs, créateurs, sportifs, personnalités médiatiques. Le ton y est à la fois détendu et frontal. On y mélange humour, discussions de fond et questions directes.
La reconnaissance pour Clemquicourt
Être invité sur ce plateau, c’est sortir du cercle fermé du trail pour s’adresser à un public beaucoup plus large, souvent moins indulgent et plus habitué aux clashs et aux débats publics. Les sujets sensibles ne sont pas évités. Ils sont évoqués, discutés, commentés en direct, sous les réactions permanentes du chat.
Dans ce contexte, Clément Deffrenne ne venait pas simplement parler d’ultra-trail. Il venait exposer son image, son parcours de créateur et d’athlète, devant une audience qui dépasse largement les sentiers de montagne.
Derrière lui, à l’écran, apparaissent effectivement des mots-clés issus des discussions en ligne : modèle économique, sponsors, visibilité, critiques du milieu. En revanche, contrairement à ce qui circule parfois sur les réseaux, l’émission ne consacre pas de séquence détaillée à un prétendu exil fiscal ni à une analyse chiffrée de son bilan carbone. Les sujets sont évoqués dans un cadre plus large : la professionnalisation du trail et la place des créateurs.
Ceux qui attendaient un face-à-face judiciaire ont été déçus. L’échange est resté dans le registre de la discussion, parfois piquante, souvent détendue, mais jamais dans l’accusation formelle.
Les sujets qui fâchent
Sur la question du bilan carbone, le sujet n’a pas été traité de manière directe.
Dans la retranscription complète de l’émission, aucune question explicite ne lui est posée sur son propre impact environnemental ou sur ses déplacements internationaux. Le débat écologique apparaît indirectement lorsque les animateurs évoquent la croissance du trail, l’augmentation du nombre de participants en montagne et les enjeux d’organisation.
Il n’y a ni justification détaillée, ni prise de position argumentée sur son empreinte carbone personnelle. Le thème reste périphérique dans l’échange.
L’accusation d’exil fiscal n’est pas abordée dans l’émission.
À aucun moment de la discussion retranscrite il n’est question d’un changement de résidence fiscale, d’un montage particulier ou d’une stratégie d’optimisation.
Il parle de son activité de créateur, de ses vidéos, de ses sponsors et de la manière dont il construit ses projets. Mais la dimension fiscale n’est ni soulevée par les animateurs ni développée par lui. Il n’y a donc ni confirmation ni démenti sur ce point précis dans cette émission.
Le dossard offert à l’UTMB n’est pas traité comme une polémique formelle.
L’émission aborde en revanche clairement le sujet de la visibilité, des sponsors et du décalage entre performance pure et exposition médiatique. Il reconnaît lui-même qu’il existe un écart de niveau entre lui et certaines élites. Il assume être à la fois compétiteur et créateur de contenu.
Mais la question d’un dossard spécifiquement “offert” à l’UTMB n’est pas posée sous forme d’accusation structurée. Le débat porte davantage sur la médiatisation du trail et sur la coexistence entre puristes et profils hybrides que sur un cas précis d’invitation.
Le reproche récurrent reste pourtant le même : il ferait davantage du spectacle que du sport.
Lui-même évoque le décalage entre performance pure et création de contenu. Il compare le trail au monde du streaming : sur Twitch, les plus gros créateurs ne sont pas forcément les meilleurs joueurs. Il assume ce positionnement hybride.
Il rappelle également s’entraîner environ 20 h par semaine. L’image de “showman” ne résume donc pas son investissement sportif.
L’accusation selon laquelle il “pourrirait l’esprit du trail” révèle en réalité une tension générationnelle.
Dans l’émission, il parle d’un microcosme parfois fermé, d’un milieu historiquement discret, et du choc provoqué par l’arrivée des codes du streaming, du react et des formats YouTube.
Il insiste sur le fait que la médiatisation ne représente qu’une partie de son année. Le reste du temps, il s’entraîne et court comme n’importe quel traileur.
Le débat dépasse sa personne : il porte sur l’évolution d’un sport longtemps confidentiel vers un univers plus médiatisé.
Le reste de l’émission : du gamer à l’ultra-trail
L’émission ne s’est pas résumée aux critiques. Elle a longuement retracé son parcours.
Avant le trail, il y a la console, les jeux vidéo, les heures passées sur Xbox et League of Legends.
Il rappelle lui-même qu’il était joueur avant d’être coureur. C’est lors d’un stage de fin d’études à l’île Maurice qu’il se lance dans le Dodo Trail : 50 km et environ 3500 m de dénivelé positif. Un premier défi lancé presque par défi, encouragé par son entourage local.
Puis vient la Diagonale des Fous, 175 km et 10000 m de D+.
Il explique avoir visé 35 h pour sa première participation… et avoir mis 45 h. Il parle du mur, de la perte de temps progressive, de la fatigue mentale, des hallucinations après 35 h d’effort. Ce récit correspond fidèlement à ce qu’il décrit dans l’émission : l’apprentissage brutal d’un premier ultra.
En résumé, Clemquicourt n’a pas livré un grand déballage polémique.
Il n’a pas été confronté à un interrogatoire fiscal ni à une mise en accusation environnementale. L’échange a surtout porté sur son parcours, sa vision du trail, la backyard qu’il prépare et la place des créateurs dans le sport.
Il assume être exposé. Il assume vivre de son activité. Il assume aussi le décalage entre élites pures et créateurs médiatiques.
Le reste appartient aux interprétations.
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