La Yukon Arctic Ultra est la course la plus folle et la plus dure de l’année. Enfin, sur le papier. 600 km, dans des températures polaires, une pulka accrochée tout au long du parcours, des paysages nordiques exceptionnels par leur aspect sauvage, l’autonomie nécessaire pour revenir au point de départ, les risques vitaux pris par tous les athlètes, le taux de DNF, on pourrait continuer encore longtemps comme ça. Aucune course n’égale la Yukon Arctic Ultra, dont la version 2025 a été remportée par Mathieu Blanchard. Difficile de l’oublier tant il a multiplié les passages sur les studios TV, radio et podcasts pour nous le raconter.
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Et pourtant, tout le monde se désintéresse de la Yukon en 2026. Essayons de comprendre pourquoi !
La Yukon Arctic Ultra 2026 est une course invisible, littéralement
Néant visuel pour la Yukon
Pour avoir de l’audience, une course doit être vue. Et ce ne sont pas les moyens qui manquent aujourd’hui. Les camrunners qui suivent les athlètes en courant presque aussi vite qu’eux sont un bon exemple. On pense bien sûr aux drones qui capturent des images saisissantes, sans parler des nombreuses caméras qui permettent un live autant sur la ligne de départ que sur les ravitos. Il faut de la course instagrammable, attractive, pour aujourd’hui attirer les foules. Mais dans le cas de la Yukon Arctic Ultra, on est sur une course invisible. Les moyens techniques pour filmer ne sont tout simplement pas reproductibles à grande échelle. Pas de 5G, pas de Starlink, pas de drone à -40°C. Et pas d’équipe technique pour faire tourner l’ensemble ! Ceux qui parcourent la piste utilisée par la Yukon Arctic Ultra sont des aventuriers, ou ceux qui vivent déjà dans la région. Il ne peut tout simplement pas y avoir de captures vidéo à grande échelle.
Une course aux antipodes de la visibilité des réseaux sociaux
Si la course ne peut pas être médiatisée par les organisateurs, elle ne l’est pas plus par les équipes des athlètes. En effet, ce sont des aventuriers, des coureurs exceptionnels, mais pas des athlètes élites venus des plus grands sponsors et avec une équipe de tournage. Mis à part Mathieu Blanchard, le vainqueur de l’édition 2025, les participants ne sont pas des stars des réseaux sociaux.
Allez regarder où est le Yukon, et la ville de Whitehorse (à proximité du point de départ), vous verrez que ce ne sont pas les antennes 5G qui polluent le paysage ! Et vous savez que dès que l’on ne poste plus pour les réseaux sociaux, on disparaît très vite des algorithmes. En gros, suivre le Yukon Arctic Quest qui a débuté ce 1er février, c’est suivre un ensemble de points sur une carte abstraite, points symbolisant la position GPS des coureurs quand ils ne sont pas DNF. C’est aussi passionnant que de regarder une mise à jour sous Windows 98. Comme ambiance de course, on est tout de même loin de la fan zone de ClemQuiCourt sur l’UTMB ! Et à l’heure des vidéos courtes d’Instagram et de TikTok, regarder quelques points GPS avancer tout doucement ne fait rêver personne.
Le problème, c’est les athlètes (trop parfaits)
Il y a la question de la visibilité sur les réseaux sociaux, certes. Mais l’invisibilité de cette course vient aussi des coureurs présents.
Des profils plus sportifs qu’influenceurs
Ces athlètes sont impressionnants. Ce sont des sportifs engagés, des aventuriers d’une incroyable résilience, ils maîtrisent les difficultés de la course avec un talent qui nous laisse sans voix. Ils sont passionnants. Il suffit d’aller écouter les interventions, cette année et l’année dernière, de Guillaume Grima par exemple chez Course Épique, pour se rendre compte qu’ils sont intelligents, compétiteurs, passionnés, réfléchis. Bref, ils ont tout pour être des profils solides. Sauf que pour le coureur lambda, celui qui suit la course au travers des articles des réseaux sociaux, ça ne crée pas d’histoire, pas d’engagement. Soyons honnêtes deux secondes : ils n’offrent pas toujours un récit qui accroche immédiatement.
Il manque une star sur la Yukon Arctic Ultra
Il faut une star, il faut un athlète qui sorte du lot, il faut un profil plus clivant, il faut quelqu’un qui a quelque chose à dire pour que les foules se passionnent. Il faut de la tension, il faut de la difficulté visible. Déjà que la communication est compliquée sur une course de ce type, alors si les têtes de course ne donnent rien à quoi s’accrocher, cela complique encore un peu plus l’engouement pour la course. L’année dernière, les poumons de Mathieu Blanchard qui avaient gelé, ça c’est de l’info qui attire les gens. Il y a du drame, de la tension, des inquiétudes. Mais cette année, ça ne prend pas. Tout le monde n’a pas le même impact médiatique que Mathieu Blanchard.
En résumé la Yukon Arctic Ultra n’est pas vraiment une course
Alors oui, il y a bien un vainqueur sur la ligne d’arrivée. Mais est-ce que cela suffit à en faire une, tout comme le duel Grima / Clément ? Rien n’est moins sûr. Marcher/courir 600 km dans la neige du grand Nord canadien, avec une pulka à tirer en permanence, cela ne ressemble pas à du trail tel que l’on a l’habitude de le voir. On est plus dans une expédition polaire comme il y en a eu d’organisées depuis de nombreuses années. Ce sont des sportifs admirables, mais le grand public ne se passionne pas pour les expéditions polaires, même quand la randonnée se fait par -40° (le public peut être ingrat). Il veut de la course, de la sueur, de la vitesse. La YAU, c’est tout l’inverse ! La présence de Mathieu Blanchard en 2025 et son sens du storytelling a sorti la Yukon Arctic Ultra de son anonymat. Et il y a fort à parier que la course va y revenir si elle ne trouve pas rapidement les moyens de faire venir une autre tête d’affiche. Les conditions climatiques extrêmes (même si elles sont plus vivables en 2026), et les très nombreuses contraintes technologiques empêchent cette course d’être vue comme une course plus traditionnelle. Guillaume Grima va sûrement gagner (enfin) cette course. Et pourtant, l’intérêt médiatique reste très limité.
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