Les plateformes d’inscription en ligne ont leur part de responsabilité : « Elles ne sont pas capables d’absorber le flux de connexion donc ça affiche complet alors que ce n’est pas le cas. »
Vous avez peut-être déjà vécu cette scène : réveil calé à 6 h 59, doigt sur la souris, prêt à dégainer pour vous inscrire à votre course fétiche. Une fois connecté, c’est la panique. Tout rame. Et en quelques minutes, l’écran affiche « Complet ». Sauf que… parfois, ce n’est pas totalement vrai. Et derrière cette illusion d’un engouement massif, il y a des bugs, des stratégies de communication bien rôdées et un marketing savamment huilé.
Dans le trail comme dans l’aérien, vous connaissez sans doute le principe du surbooking.
Appliqué au monde de la course à pied, cela donne une impression de rareté qui booste l’image de la course. Résultat : un événement qui semble complet en quelques secondes devient ultra désirable. Mais en réalité, plusieurs coureurs finissent tout de même par obtenir leur dossard… parfois en rafraîchissant la page ou en essayant plus tard dans la journée.
Des témoignages récents autour de l’Urban Trail de Rennes et du semi-marathon de Liffré confirment le phénomène. De nombreux coureurs se sont vu refuser leur place à l’achat… avant de réussir à finaliser leur inscription en réessayant. Pourquoi ? Parce que les plateformes, surchargées à l’ouverture, plantent. Elles enregistrent mal les paniers. Elles réservent des dossards sans validation de paiement. Et elles affichent « complet » bien trop vite. Une situation qui génère frustration, malentendus… et parfois soupçons.
Les organisateurs pointent du doigt la surcharge des outils d’inscription.
Mais certains observateurs voient aussi dans ces bugs une opportunité. Car une course « complète en cinq minutes » fait immédiatement le buzz. Elle attire les médias, les réseaux sociaux s’enflamment, et la notoriété grimpe. C’est un marketing de la rareté, parfaitement intégré par certains événements. Ce n’est pas illégal. Mais ce n’est pas toujours transparent.
On ne peut pas nier l’engouement pour le trail
Attention toutefois à ne pas tout réduire à un coup de com’. L’engouement pour le trail est bien réel. Les chiffres explosent, les pratiquants se multiplient, les formats s’adaptent à tous les niveaux. Et certaines courses affichent réellement complet très vite, simplement parce qu’elles n’ont pas la capacité de doubler leurs dossards. Sécurité, logistique, bénévoles : il existe de vraies limites matérielles.
Exemple le plus récent ? Les dossards du Festival des Templiers sont partis en une semaine en 2025… et en une heure cette année !
Courses complètes ou impression de rareté ?
Le vrai problème, c’est l’effet domino. Si tout le monde croit qu’une course part en cinq minutes, tout le monde se connecte à l’ouverture, amplifiant la pression sur les serveurs. Si les serveurs plantent, on pense que c’est complet. Et si c’est complet, on en parle. Les organisateurs peuvent alors se féliciter d’un « succès » qui n’est pas toujours si linéaire qu’il en a l’air.
Ajoutez à cela des listes d’attente aux règles de repêchage obscures ou des systèmes de tirage au sort moyennement équitables sur certaines épreuves, et vous obtenez un système anxiogène, pas très lisible pour les coureurs. Sans parler des clubs et associations, qui peinent à inscrire des groupes sans négocier directement avec l’organisation, souvent un an à l’avance.
Un trail complet, c’est quoi au juste ?
Dans un contexte de demande croissante, il est temps de poser les bonnes questions. Qu’est-ce qu’un dossard « vendu » si le paiement n’est pas finalisé ? Pourquoi ne pas afficher un compteur réel, mis à jour en temps réel ? Pourquoi ne pas mettre en place des systèmes plus souples, comme une file d’attente ou des inscriptions échelonnées ?
Les organisateurs ont tout intérêt à soigner leur image. Et les coureurs méritent un minimum de clarté. Car à force de jouer avec la rareté, c’est la confiance dans tout l’écosystème du trail qui pourrait en pâtir. Et ce serait dommage, tant cette discipline repose aussi sur des valeurs de simplicité et de sincérité.
Oui, le trail séduit. Oui, certaines courses font le plein. Mais non, tout n’est pas toujours aussi simple que « premier arrivé, premier servi ». Dans ce nouveau monde du sport grand public, où tout passe par le web, il va falloir mieux réguler les plateformes… et rester vigilant sur ce qui relève du vrai engouement ou du storytelling bien orchestré.
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