Pourquoi il est absurde de courir avec ces chaussures de running maximalistes, des chaussures à semelles de 5 cm
Confort trompeur, biomécanique perturbée, performances en chute libre : les chaussures ultra-maximalistes séduisent… mais inquiètent de plus en plus.
Avec des chaussures qui en arrivent à cinq centimètres de semelle ou 400 grammes aux pieds, on n’a plus vraiment l’impression de chausser une paire de running.
Plutôt celle de grimper sur des échasses moelleuses. Mais derrière l’effet wahou, il y a un vrai problème : à force de chercher toujours plus de confort, on a peut-être oublié l’essentiel.
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Course à pied : pourquoi les chaussures de running ultra-maximalistes posent problème
Le confort ne remplace pas la biomécanique
Ces chaussures démesurément hautes sont censées protéger. C’est leur promesse : plus d’amorti, donc moins de blessures. Mais cette équation est trompeuse. Ce qu’on observe en réalité, ce n’est pas une disparition des douleurs… mais un simple déplacement. Les zones de tension changent, sans disparaître. L’impact est peut-être moins brutal sur les genoux, mais les mollets, les hanches ou les tendons sont sollicités différemment, et pas forcément de manière saine.
Le plus inquiétant reste la passivité qu’elles induisent. Dans une semelle trop épaisse et trop molle, le tendon d’Achille, la voûte plantaire, les mollets ne s’activent plus. Le pied ne réagit plus, il s’enfonce. À terme, ce sont des structures essentielles à la propulsion et à la stabilité qui s’atrophient. Et sans elles, la foulée perd en efficacité.
Trop de mousse, trop de poids, trop d’illusion
Les modèles de ce type pèsent souvent entre 350 et 400 grammes. Ce n’est pas un détail. Le poids d’une chaussure a un impact direct sur la performance. En moyenne, chaque 100 grammes supplémentaires par pied réduisent l’efficacité de près de 1 %. Sur marathon, cela peut coûter plusieurs minutes. Et même en footing, une chaussure trop lourde accélère la fatigue.
À cela s’ajoute une instabilité latente. Avec une semelle aussi haute, le centre de gravité est décalé. Le pied flotte dans la chaussure, le contrôle musculaire devient approximatif, les appuis perdent en précision. Pour les coureurs sujets aux douleurs chroniques (genoux, chevilles, bassin), ce type de modèle reste un pari risqué.
Une chaussure qui empêche de progresser
Ces modèles ne se contentent pas d’offrir du confort. Ils véhiculent aussi une promesse implicite : courir plus facilement, sans douleurs, sans effort. Mais cette idée est dangereuse. Plus une chaussure prend en charge ce que le corps devrait faire, plus les muscles s’affaiblissent. Ce qui semble agréable à court terme devient un piège sur la durée.
Protégé artificiellement, le corps cesse de se renforcer. Le travail de proprioception disparaît. Et lorsque survient une séance rapide ou un terrain instable, les pieds ne répondent plus. Le dynamisme et la puissance sont amoindris, la progression compromise.
Le design séduit, mais le corps encaisse
Difficile de ne pas être séduit. Les lignes futuristes, les coloris attractifs, les semelles imposantes… Tout est pensé pour séduire visuellement. Mais ce confort de surface masque un appauvrissement fonctionnel profond.
Utilisées ponctuellement, ces chaussures peuvent convenir pour un footing lent, un jour de fatigue, ou pour varier les sensations. Mais en faire un usage exclusif, sans aucun travail de renforcement, revient à désapprendre à courir. Les fondamentaux sont oubliés, et la dépendance au matériel s’installe.
Une industrie déconnectée de la réalité du terrain
Il y a à peine dix ans, les modèles considérés comme amortis affichaient 250 grammes sur la balance, avec des semelles beaucoup moins épaisses. Ces chaussures permettaient pourtant de terminer un marathon sans problème. Aujourd’hui, elles seraient presque jugées “minimalistes”. L’industrie a simplement déplacé les repères.
Dans la course au marketing, la mousse est devenue un argument de vente plus qu’un outil fonctionnel. Certains parlent même de “dopage doux” : des chaussures qui simulent un rebond artificiel, camouflent les signaux du sol, et rendent le coureur dépendant. Une forme d’assistance qui déconnecte du réel.
En résumé, non, courir avec des semelles de 5 cm n’est pas un crime.
Ce n’est pas interdit. Mais c’est une illusion. Une stratégie à courte vue. Ce n’est pas une épaisseur de mousse qui fait avancer, mais le pied, le mollet, la proprioception. La régularité, l’entraînement intelligent, le renforcement ciblé.
Une chaussure reste un outil. Bien choisie, bien utilisée, elle peut accompagner. Mais lorsqu’elle fait tout à la place du corps, elle prive le coureur de l’essentiel : sa propre progression.






