Winter Spine Race 2026 : le grand saut dans le « Brutal »
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Demain, à 8h00 (heure locale, 9h france), Edale sera le centre du monde pour une poignée d’ultra-terrestres.
Devant eux, la Pennine Way. Derrière eux, le confort d’une vie normale. Entre les deux, 431 kilomètres de lutte contre l’humidité, le vent et la fatigue. Voici tout ce qu’il faut savoir avant que le premier signal GPS ne s’allume.
Avant de parler des chiffres, commençons par comprendre ce que représente réellement ce tracé mythique.
La Pennine Way : Plus qu’un sentier, une cicatrice géologique
Traverser la Pennine Way, c’est parcourir l’histoire géologique de l’Angleterre. Le tracé suit la « colonne vertébrale » du pays, une chaîne de collines qui sépare le Nord-Ouest du Nord-Est.
Le Calcaire et le Grès
Le sud du parcours (Peak District et Yorkshire Dales) est un mélange de dalles de calcaire glissantes et de plateaux de grès. C’est ici que les coureurs affrontent les premiers dénivelés secs, mais aussi les premières pierres usées par des siècles de passage, transformées en savonnettes par le givre.
Le Mur d’Hadrien
Vers le kilomètre 300, le parcours emprunte une section du célèbre mur romain. Psychologiquement, c’est un tournant : on quitte l’Angleterre « civilisée » pour entrer dans les terres sauvages du Nord.
Les Cheviots
Le bouquet final. Des collines arrondies, chauves, totalement exposées aux vents d’Arctique. Si la tempête se lève ici, le sol devient invisible et la progression se fait à la boussole ou au GPS, un pas après l’autre, dans un blanc total.
Mais ce n’est pas seulement la distance ou le relief qui fatiguent. Le véritable cauchemar vient du sol.
Le terrain : La science du « Bog »
Le mot revient comme un mantra chez les habitués : le Bog. Ce n’est pas une simple flaque, c’est un écosystème. Les tourbières de la Pennine Way sont composées de sphaignes et de tourbe décomposée capable d’absorber des volumes d’eau phénoménaux. Pour le coureur, c’est un défi physique permanent. Chaque pas nécessite une poussée supplémentaire pour s’extraire de la boue. Après 200 km, cette résistance finit par user les tendons les plus solides. C’est aussi un défi thermique : le pied reste mouillé et froid pendant 100 heures ou plus, augmentant les risques de « trench foot » (pied de tranchée).
Et pourtant, malgré toutes ces difficultés, des records impressionnants ont été établis.
Les chiffres et les records : Le mur du son de Jack Scott
La Winter Spine Race est jeune (créée en 2012 par Phil Hayday-Brown et Scott Gilmour), mais elle a déjà ses légendes.
72 heures, 55 minutes
C’est le record absolu établi par Jack Scott en 2024. Il a parcouru les 431 km à une moyenne de 5,9 km/h, arrêts compris. Pour situer la performance, il n’a dormi que 54 minutes sur toute la durée de la course.
83 heures, 12 minutes
Le record féminin mythique de Jasmin Paris (2019), qui avait alors battu tout le monde, hommes compris. Elle s’arrêtait aux bases vie pour tirer son lait maternel avant de repartir en tête. OKLM.
168 heures
La barrière finale. Sept jours. C’est le temps accordé aux derniers pour rallier Kirk Yetholm. Plus on avance dans le peloton, plus on affronte de tempêtes successives.
Mais entre ces exploits, il y a une autre réalité : l’autonomie. Les rares points de ravitaillement deviennent vitaux.
Les Checkpoints : Ces oasis de survie
Il n’y a que cinq vrais points de ravitaillement (CP) sur 431 km. C’est très peu. Entre chaque CP, le coureur est en autonomie totale.
- CP1 – Hebden Bridge (74 km) : Le premier test. On y arrive souvent de nuit.
- CP2 – Hawes (171 km) : Le point de bascule. C’est là que les premiers gros abandons surviennent.
- CP3 – Langdon Beck (225 km) : Le milieu de nulle part.
- CP4 – Alston (288 km) : La porte d’entrée vers les sections les plus froides.
- CP5 – Bellingham (354 km) : L’ultime rempart avant l’ascension finale des Cheviots.
Dans ce contexte extrême, certains noms attirent forcément l’attention. C’est le cas de Sébastien Raichon.
Sébastien Raichon : Pourquoi tout le monde le regarde ?
Sébastien n’est pas juste un coureur rapide, c’est un gestionnaire de l’extrême. Son palmarès sur le Tor des Glaciers (450 km dans les Alpes) prouve qu’il maîtrise deux paramètres vitaux pour la Spine :
L’indifférence au sommeil
Raichon possède cette capacité rare à déconnecter son cerveau par tranches de 10 minutes tout en restant efficace le reste du temps. Sur une course où les bases vie sont rares, ne pas avoir besoin de s’y arrêter pour dormir est un avantage tactique colossal.
L’expérience du poids
Habitué des raids aventure, il sait courir avec un sac de 6 ou 7 kg sans que cela ne ruine sa foulée.
Et pour affronter de telles conditions, le matériel devient une arme autant qu’un bouclier.
Le matériel : 6 kilos de survie sur les épaules
Sur la Winter Spine, le sac n’est pas un accessoire, c’est votre carapace. Si vous vous blessez à 3h du matin sur un plateau exposé, c’est ce qu’il y a sur votre dos qui vous gardera en vie en attendant les secours.
Le kit « Dodo » obligatoire
Contrairement aux ultras classiques, le règlement impose un vrai système de bivouac. Un sac de couchage (confort -10°C recommandé), un tapis de sol et une tente ou un sac de bivouac (bivy bag) imperméable. Ajoutez à cela un réchaud et du combustible pour pouvoir se préparer un plat chaud ou faire fondre de la neige en cas d’urgence. Ce bloc « sommeil/cuisine » pèse lourd et prend une place énorme dans le sac.
La guerre de l’imperméabilité
On ne parle pas de petites vestes de pluie compressibles. Ici, les coureurs misent sur des membranes robustes (souvent du Gore-Tex Pro ou équivalent) capables de résister à 12 heures de pluie battante sous un vent de face. La gestion des couches est une science : il faut évacuer la transpiration pour ne pas être mouillé de l’intérieur, car dès qu’on s’arrête, l’humidité se transforme en glace.
Le casse-tête des chaussures
C’est le débat qui anime les forums de dotwatchers. Faut-il partir en chaussures de trail classiques avec des chaussettes étanches (type Sealskinz) ? Ou miser sur des chaussures à membrane intégrée ? La plupart des coureurs savent qu’ils auront les pieds mouillés du début à la fin. L’enjeu est donc de choisir un modèle avec une accroche agressive (pour les dalles glissantes) et suffisamment d’espace pour laisser les pieds gonfler après trois jours d’immersion.
L’électronique sous haute tension
Le froid est le tueur silencieux des batteries. Entre le GPS qui doit rester allumé 24h/24 pour ne pas se perdre et les deux frontales obligatoires (avec piles de rechange), la gestion de l’énergie est un stress permanent. Sébastien Raichon et les leaders utilisent souvent des batteries externes haute capacité, stockées contre leur corps pour les garder au chaud.
Alors, que faut-il retenir de tout cela avant que la course ne commence ?
En résumé, voici ce qu’il faut retenir avant le départ
Demain, quand vous verrez les coureurs sur la ligne de départ à Edale, ne cherchez pas la légèreté. Cherchez la robustesse. Entre le poids du sac, l’épaisseur des vêtements et la fatigue qui s’annonce, la Winter Spine est une course de « chars d’assaut » plus que de sprinteurs.






