Quinze ans de douleurs avant un retour inespéré
Pendant quinze ans, Paula Carter a vécu avec une certitude imposée par le corps médical : elle ne recourrait plus jamais.
Une manipulation ratée, réalisée selon elle par un étudiant en kinésithérapie alors qu’elle était encore jeune adulte, a déclenché une spirale de douleurs chroniques au niveau lombaire. Le diagnostic est lourd, précis, implacable : un tissu cicatriciel s’est formé autour du disque situé entre les vertèbres L4 et L5, rendant chaque geste du quotidien douloureux, parfois impossible.
Porter ses enfants, enfiler des chaussettes, lacer des chaussures ou simplement courir sont devenus hors de portée. La course à pied, qui occupait une place centrale dans sa vie avant l’accident, disparaît totalement. Pendant plus d’une décennie, Paula Carter enchaîne les consultations, les tentatives thérapeutiques et les avis négatifs. Tous convergent vers la même conclusion : il n’y a plus rien à faire.
Une opération à haut risque comme dernier espoir
Le tournant survient plusieurs années plus tard, presque par hasard, au moment où une activité banale, le jardinage, provoque la rupture définitive du disque fragilisé. C’est paradoxalement cet épisode qui ouvre une porte longtemps fermée. Sur l’insistance de son nouveau kinésithérapeute, Paula Carter consulte enfin un spécialiste prêt à envisager une solution chirurgicale lourde : le remplacement du disque.
L’intervention est qualifiée de très risquée. Les mots employés sont sans détour : paralysie possible, voire décès. Mais après quinze années de douleurs constantes, le risque devient acceptable. L’opération est réalisée en juillet 2021. Contre toute attente, elle est un succès total. La douleur disparaît. Le corps répond de nouveau. La course redevient envisageable.
243 km comme symbole de renaissance
Quatre ans après cette opération, Paula Carter s’apprête à prendre le départ de la Kathmandu Coast to Coast, une épreuve hors norme de 243 km qui traverse l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande d’ouest en est. Ce raid mythique enchaîne vélo de route, kayak et sections de course à pied en terrain naturel, dans un format bien plus proche de l’ultra-endurance que du trail classique européen.
Ce choix n’est pas anodin. Il ne s’agit pas d’un retour progressif, ni d’un simple symbole. C’est un engagement total, exigeant, qui demande des mois de préparation et une solidité physique et mentale rarement compatibles avec un passé médical aussi lourd.
Traileuse professionnelle ou récit de résilience ?
L’étiquette de « traileuse professionnelle » mérite toutefois d’être nuancée. Paula Carter n’est pas connue pour un palmarès international, ni pour une carrière élite structurée dans le trail. Son histoire ne repose pas sur des titres, mais sur une trajectoire humaine exceptionnelle. Elle n’incarne pas le retour d’une championne déchue, mais celui d’une coureuse amateur qui a retrouvé le droit de se projeter dans l’effort long.
C’est précisément là que son histoire prend tout son sens. Plus que la performance, c’est le contraste entre quinze années de vie limitée et l’ambition d’un défi extrême qui frappe. Courir 243 km après avoir été privée de mouvement pendant si longtemps n’est pas un exploit sportif au sens strict, mais un acte de reconstruction profonde.
À 43 ans, mère de famille, Paula Carter ne parle pas de podiums ni de records. Elle évoque un « miracle », non pas au sens religieux, mais comme une victoire intime sur un corps qui l’avait trahie. Sa participation à la Kathmandu Coast to Coast ne raconte pas seulement une course, mais la reconquête d’une identité perdue.
Dans un monde du trail souvent obsédé par la performance et les chiffres, son histoire rappelle une chose essentielle : parfois, courir n’est pas une quête de résultats, mais simplement la preuve que l’on est encore debout.
Lire aussi
- «Chez eux, c’est une religion» : qui sont ces hommes qui portent leurs chaussures de trail tout le temps ?
- Pourquoi l’UTMB est le meilleur trail au monde : trois raisons indiscutables
- HISTOIRE VRAIE : Paul Templer finisher du marathon des sables avec un bras en moins (arraché par un hippopotame)
- Les Réunionnais pas contents après notre dernier article sur la Diagonale des Fous
- Quelles chaussures de trail après une opération du genou
- Atteint de mucoviscidose, Paul Fontaine réalise l’exploit de 42 marathons en 42 jours





