Voir un dossard dépasser le millier d’euros choque.
Réflexe compréhensible. Dans un sport historiquement nourri de bénévolat, de cabanes ouvertes et de liberté, afficher un tarif à 4 chiffres ressemble à une trahison de l’esprit trail. Pourtant, si le Tor des Géants coûte si cher en 2026, ce n’est ni un bug ni un simple abus opportuniste. C’est le résultat d’un modèle très particulier, à la frontière entre compétition sportive, expédition alpine et dispositif de sécurité permanent.
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Les 6 raisons du prix si élevé du Tor des Géants

Parce que le Tor n’est pas un ultra comme les autres
Comparer le Tor à un ultra « classique » n’a pas beaucoup de sens. Ici, on ne parle pas d’une course de 24 ou 36 heures, mais d’une traversée de très haute montagne étalée sur près d’une semaine. Le parcours serpente à plus de 2 000 m d’altitude, de jour comme de nuit, dans des zones isolées, techniques, parfois engagées, où l’autonomie réelle est limitée.
Organiser cela implique une présence humaine et logistique continue pendant plusieurs jours. Pas seulement le jour du départ et celui de l’arrivée, mais chaque heure, chaque nuit, sur des dizaines de points répartis sur tout le Val d’Aoste. Cette durée change tout. Le Tor n’est pas un événement ponctuel, c’est une occupation prolongée du territoire.
Parce que la logistique est celle d’une expédition
Bases de vie, dortoirs, ravitaillements chauds, suivi médical, gestion du sommeil, transport de matériel, balisage résistant aux intempéries, communications en zones blanches… Tout doit tenir plusieurs jours sans interruption. Chaque point de passage doit être ravitaillé, surveillé, sécurisé, parfois accessible uniquement à pied, en quad ou par hélicoptère.
Contrairement à un ultra plus court, on ne « démonte » pas l’organisation après 48 heures. Les équipes tournent, se relaient, dorment sur place. Cela signifie hébergement, repas, coordination, assurance et moyens techniques démultipliés. Le prix du dossard reflète cette réalité, pas uniquement la distance ou le dénivelé.
Parce que la sécurité n’est pas un slogan
Le Tor traverse des secteurs où une erreur peut coûter cher, très cher. La météo peut changer brutalement, la fatigue cognitive s’installe, les hallucinations liées au manque de sommeil sont connues. L’organisation ne peut pas se contenter d’un dispositif minimal.
Secours spécialisés, équipes médicales, suivi en temps réel, procédures d’intervention en montagne, coordination avec les autorités locales… Contrairement à une idée reçue, les secours sur ce type d’événement ne sont pas gratuits. Ils sont anticipés, contractualisés, planifiés. Le coût est réel, et il est intégré au prix.
C’est aussi ce qui distingue le Tor d’un « off » personnel. En off, chacun prend ses risques. Sur une course officielle, l’organisateur les assume en grande partie.
Parce que le Tor vend une expérience, pas seulement un classement
Pour beaucoup de participants, le Tor n’est pas une course à performance mais une aventure totale. Une semaine hors du temps, rythmée par la gestion du sommeil, de la douleur, de la météo, du mental. On ne s’inscrit pas pour battre un chrono, mais pour vivre quelque chose de rare.
Cette dimension change le public cible. Le Tor n’est pas pensé comme un ultra à cocher dans un calendrier, mais comme un projet annuel, parfois unique dans une vie. Cela explique aussi pourquoi certains parlent de « semaine all inclusive » plutôt que de simple inscription sportive.
Parce que l’offre est rare et la demande énorme
Des ultras de plus de 300 km, en haute montagne, balisés, sécurisés et reconnus, il n’y en a presque pas. Cette rareté crée mécaniquement une pression sur les inscriptions. Tant que les listes d’attente existent, le prix devient un filtre. Pas un filtre équitable, ni populaire, mais un filtre réel.
C’est brutal, mais économiquement cohérent. Tant que le Tor se remplit, rien n’incite à une baisse. Le débat moral est légitime. Le constat, lui, est froid.
Parce que le trail a changé, qu’on le veuille ou non
Le fond du malaise est là. Le trail s’est professionnalisé, institutionnalisé, sécurisé, normé. Ce qui était autrefois une pratique marginale et accessible est devenu, sur certains événements, un produit premium. Le Tor pousse cette logique à l’extrême.
Cela ne veut pas dire qu’il faut l’accepter sans critique. Cela signifie simplement que le Tor n’est plus représentatif du trail dans son ensemble. Il en est une branche spécifique, radicale, coûteuse, assumée comme telle.
En résumé, le prix du Tor des Géants 2026 est choquant parce qu’il rompt avec l’imaginaire originel du trail.
Mais il n’est pas « fou » par hasard. Il est la conséquence directe d’un format hors norme, d’une logistique lourde, d’exigences de sécurité élevées, d’une rareté structurelle et d’un positionnement assumé comme expérience extrême.
Rien n’oblige à y participer. Rien n’empêche de préférer des ultras plus sobres, des courses de clubs, ou des aventures en off. Le Tor n’est pas le trail. C’est une vision du trail. Une vision coûteuse, clivante, mais cohérente avec ce qu’elle promet.
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