Le GOAT a parlé
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Alpes, au-delà des limites
Saint Kilian Jornet a distribué les bons points, les félicitations et les mentions du jury. Est-ce que l’on va lui en vouloir ? Après tout, peut-être un peu parce qu’il joue les donneurs de leçon. Mais au final, on ne va pas lui en vouloir longtemps. S’il y en a bien un qui peut prétendre à nous dire ce qu’est le trail, et le sport extrême de façon générale, c’est peut-être lui.
Je ne sais pas pour vous, mais le bilan proposé par Kilian Jornet m’a fâché.
Je parle de la forme, pas du fond. Kilian vit par et pour le sport, le trail. Mais nous pas. Vous savez, c’est cette fameuse distance qui existe entre nous les amateurs et les sportifs professionnels dont toute la vie tourne autour de leur pratique. Nous, on a beau y mettre tout notre cœur, on ne peut pas tout suivre, lire, regarder.
Alors quand vient le bilan du GOAT, bilan qui mérite forcément que l’on s’y attarde, un peu plus de clarté aurait été la bienvenue. Et c’est ce que je vous propose ici.
Kilian Jornet, décryptage des propos
Essayons d’en savoir un peu plus sur quelques exploits salués par l’ultra-terrestre.
Sébastien Berthe
Sébastien Berthe est un spécialiste de l’escalade, parmi les plus grands grimpeurs en exercice actuellement. C’est aussi un sportif engagé, et soucieux de son empreinte écologique. Son exploit, commencé en 2024, a consisté à rallier tout d’abord les USA en catamaran. Il s’est rendu ensuite (en transport public) dans le parc du Yosemite avec pour objectif le Dawn Wall. Il s’agit rien de moins que la voie multi-longueur la plus difficile au monde, située sur El Capitan, une falaise de 900 mètres de haut et véritable Mecque des grimpeurs de l’extrême. L’escalade aura duré 14 jours. Oui, 14 jours.
On n’est pas sur du trail, mais bien sur un exploit incroyable qui aurait mérité plus de précisions de la part de Kiki.
Carlos Soria
Voilà un nom que les médias n’ont pas retenu, au moins les médias français. Et là encore il s’agit d’un exploit. A 86 ans, à l’heure où le corps est votre pire ennemi lorsqu’il s’agit d’atteindre le fond du jardin, celui de Carlos Soria semble presque être dans sa plus grande forme.
Il atteint le sommet du Manaslu, un des sommets de plus de 8000 m de l’Himalaya. Son exploit a été remis en question par certains qui lui reprochent une fin de parcours retour en hélicoptère après une blessure aux jambes. D’autres questions se sont posées. Elles sont surtout le reflet de ce que les gens n’ont pas compris. Même si les très hautes altitudes se démocratisent, même si on essaie de nous faire croire que l’Himalaya est accessible à tout sportif un peu friqué, ces zones restent encore le terrain le plus dangereux sur Terre. Franchir cet obstacle à un âge où le corps aspire surtout au repos est un exploit incroyable, quelles que soient les conditions. Et pour ne rien gâcher, il faut rappeler que Carlos Soria avait grimpé un autre sommet, l’Aconcagua, sommet de la Cordillères des Andes à presque 7000m d’altitude.
Andrzej Bargiel
Si vous aimez les images de folie, c’est lui qu’il faut découvrir. Ce fou furieux (à ce stade, il n’y a plus d’autres mots) a monté l’Everest avec ses skis sur le dos. Il a passé plus de 15 heures dans la zone de la mort, celle où chaque pas coûte plus d’effort et d’énergie que votre dernier trail dans son intégralité. Et il a donc chaussé ses skis pour descendre des 8848 m où il se trouvait.
Kilian ne met pas en avant l’incroyable exploit logistique que cela a été, notamment via le guidage par drone pour suivre le bon tracé. Et même l’exploit sportif aurait mérité plus d’une ligne. Vous aurez au moins 30 minutes d’images dingues pour mieux découvrir cet exploit.
Ludovic Pommeret et Ida Nilsson
Lui, on ne le présente plus ! Notre traileur national cinquantenaire a droit aux honneurs de KJ. Il met en valeur sa régularité au plus haut niveau, tenant la tête presque tranquillement aux jeunes loups affamés de victoire, et de reconnaissance médiatique. Il met sur le même plan Ida Nilsson, présente cette année encore sur la Transgrancanaria ou à Canfranc. Si ces exploits ne sont plus ceux d’une première place systématique, elle montre encore une très belle résistance face à la jeunesse.
Petit rappel palmarès : Hardrock 100 pour la 2e fois consécutive, 6e à l’UTMB, 4e à la Diag, 2e au Grand Raid du Ventoux. Ca c’est pour L.Pommeret !
4e à la Western States 100 et 1ere sur la Transvulcania Ultra pour Ida Nilsson.
Rémi Bonnet
Restons sur le trail avec la mention spéciale accordée à Rémy Bonnet. Le spécialiste incontesté du kilomètre vertical a encore fait des merveilles cette année, avec 27 min 21 s pour parcourir le KV de Fully, devançant les marques de Kilian Jornet réalisées il y a presque 20 ans d’environ 4 minutes. Il faut rappeler que la performance s’est faite sur un retour de blessures.
Chacun des athlètes mentionnés mériterait un article entier pour mettre en valeur son parcours, son exploit. Si Kilian est passé un peu trop vite (fait rédiger ton post par un professionnel la prochaine fois !), ces quelques lignes remettent un peu de contexte. Elles permettent surtout de découvrir des exploits sportifs comme les aime désormais Kilian lui-même : des aventures engagées, des défis extrêmes où l’on ne se bat pas contre un autre dossard, mais contre soi-même et la nature. Et ce sont peut-être là les plus beaux exploits.






