Il a le regard clair des coureurs qui savent exactement où ils vont. Champion de France de trail long en deux mille vingt et un, vice-champion d’Europe en deux mille vingt-deux, Arnaud Bonin a patiemment déplacé son curseur du court vers le long, jusqu’à s’installer dans le dur du haut-niveau.
À quarante ans, l’athlète de Mâcon arrive sur la semaine UTMB avec un profil d’outsider très dangereux : solide sur les terrains alpins, régulier, et surtout capable d’emballer une fin de course quand d’autres plafonnent. Son top dix sur la CCC deux mille vingt-quatre a fissuré la porte, ses résultats du premier semestre deux mille vingt-cinq l’ont ouverte en grand.
Arnaud Bonin, des origines de montagne à la culture de l’endurance
Arnaud Bonin ne vient pas du jogging urbain mais de la montagne, avec un long détour par la course en montagne et le kilomètre vertical. Ce bagage technique a façonné un style propre : monter vite, économiser l’appui, accepter les pourcentages. Sa biographie dit tout de cette mue progressive vers les formats plus longs, opérée à partir de deux mille dix-neuf sous la houlette d’Adrien Séguret. La trajectoire est cohérente : bronze sur les verticales, puis bascule sur le trail long avec un titre national en deux mille vingt-et-un, avant la confirmation continentale à El Paso l’année suivante. C’est une école de patience et de justesse, héritée des années passées à apprivoiser pente et altitude.
L’année qui change la donne
Il y a des saisons qui font basculer une carrière. Deux mille vingt-quatre a prouvé qu’il tenait la distance sur la CCC, avec une dixième place en onze heures douze minutes trente-neuf dans un contexte très dense. Deux mille vingt-cinq confirme l’ascendant : victoire au Grand Colombier sur un format autour de quarante-cinq kilomètres, podium au Chianti Marathon Trail, top vingt-deux sur le High Trail Vanoise. Ces repères, posés sur des profils différents, témoignent d’une polyvalence utile à Chamonix, où l’on passe sans cesse de la marche économique à la course engagée. Ce n’est pas du tape-à-l’œil, c’est du rendement.
Un moteur au long cours, des pointes de vitesse quand il faut
Physiologiquement, Arnaud Bonin coche les cases du traileur moderne : un passé de vitesse honnête sur route, une technique de montagne éprouvée, et un moteur qui encaisse les séquences à haute intensité. Ses records personnels sur dix kilomètres et semi-marathon situent la cylindrée, mais c’est surtout sa capacité à reproduire l’effort qui impressionne. On le voit peu s’éteindre dans les derniers tiers, au contraire il sait accélérer sur les portions roulantes après les grandes ascensions. À Chamonix, c’est précisément là que se joue un podium : après Champex, quand les quadriceps brûlent et que la tête exige de tenir la ligne, il garde de quoi relancer
La semaine UTMB, une scène à sa mesure
L’étiquette “outsider” lui va bien. Elle enlève la pression tout en aiguisant l’envie. Sa dixième place deux mille vingt-quatre l’a posé sur la carte. Son calendrier deux mille vingt-cinq, construit autour de courses exigeantes mais sans surenchère, lui offre une fraîcheur compétitive au bon moment. Sur la CCC, le profil correspond à son ADN : des montées franches, des descentes techniques mais pas suicidaires, puis une fin de course à gérer au mental et au placement. S’il sort de La Giète et de Trient dans les bons wagons, son sens de la gestion peut devenir une arme. Et s’il doit chasser, il sait chasser.
Le coureur, l’équipe, le contexte
Derrière le coureur, il y a une structure simple et efficace. L’entraîneur Adrien Séguret pour le fil conducteur, des partenaires qui laissent respirer le sportif, et une équipe autour de la logistique sur les ravitaillements clés. En deux mille vingt-cinq, il est référencé sous Team Nutripure sur le live, un détail qui compte pour la cohérence nutritionnelle et l’autonomie en course. Ce cadre permet de garder la tête froide quand la densité s’emballe, et de focaliser sur l’essentiel : hydratation, solides, rythme.
Style et atouts sur terrain alpin
Son style est compact. Peu de gestes parasites, une pose de pied propre, un buste qui reste dans l’axe même dans les pierriers. Ce minimalisme gestuel, hérité des années “montagne”, se traduit par une économie d’effort mesurable sur les longues heures. Dans les grandes montées, il sait alterner course et marche propulsive sans perdre le tempo. Dans les descentes, il ne dramatise pas les appuis et préfère lisser la trajectoire. Sur un cent un kilomètres comme la CCC, cela se voit sur la courbe de vitesse moyenne : peu de chutes brutales, des plateaux stables, et une capacité à reprendre quelques places sur la fin quand l’allure moyenne des autres s’effrite. Les chiffres récents du live confirment une progression régulière aux points de passage, avec un classement qui se construit à l’usure.
Ce que disent les résultats d’Arnaud Bonin
À ce niveau, on ne “croit” pas, on montre. Le titre de champion de France deux mille vingt-et-un reste un socle : il apprend à gagner sur un format stratégique. La médaille d’argent européenne deux mille vingt-deux lui donne un statut international. La CCC deux mille vingt-quatre l’installe dans le top dix d’une course de référence. Et deux mille vingt-cinq démontre que la mise à jour est faite, avec une victoire nette au Grand Colombier et des repères solides au Chianti et au High Trail Vanoise. Ajoutez un UTMB Index élevé sur cinquante et cent kilomètres, et vous obtenez un profil objectivement compétitif pour viser mieux qu’un top dix.
La maturité comme avantage, pas comme frein
Quarante ans, c’est jeune dans l’ultra, surtout quand on a mis du temps à charger le volume. Arnaud Bonin n’a pas grillé les étapes : il a capitalisé sur sa technique, construit son endurance, puis apprivoisé la gestion. La maturité n’est pas un poids, c’est un garde-fou. Elle protège des emballements et rend plus précis quand l’organisme devient capricieux. Les ultras modernes exigent ce mélange d’expérience et de fraîcheur. Chez lui, l’équation est lisible.
Arnaud Bonin n’a pas l’aura marketing de certains leaders mondiaux, mais il possède ce qui compte à Chamonix : un style sobre, une science de la gestion, une année deux mille vingt-cinq qui valide les ambitions, et la constance d’un coureur qui ne lâche rien. Outsider sur le papier, candidat crédible sur le terrain, il incarne cette catégorie de traileurs que la CCC adore propulser dans la lumière. La montagne juge sans manier l’hyperbole. Elle aime ceux qui avancent proprement. Bonin en fait partie.
Sources
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wikipédia : fr.wikipedia.org/wiki/Arnaud_Bonin. Wikipédia
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world athletics : worldathletics.org/athletes/france/arnaud-bonin-15039028. World Athletics
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