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🎧 À 30 ans, Jennifer Lichter est devenue l’une des nouvelles références mondiales de l’ultra-trail.
Le 27 juin 2026, l’Américaine a remporté la Western States 100, en Californie, en établissant un nouveau record féminin de 15 h 28 min 06 s. Pour son tout premier 100 miles, elle a amélioré de 1 minute et 27 secondes la marque réalisée par Courtney Dauwalter en 2023.
Cette victoire prend une dimension particulière lorsqu’on découvre son parcours. Diagnostiquée anorexique à 12 ans, confrontée ensuite à un déficit énergétique chronique et à plusieurs blessures, Jennifer Lichter a connu une période durant laquelle poursuivre la compétition était devenu difficile. Avant de s’imposer sur l’une des courses les plus prestigieuses du monde, elle a dû reconstruire sa relation avec la course à pied, son alimentation et l’entraînement.
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Jennifer Lichter a été diagnostiquée anorexique à seulement 12 ans
Jennifer Lichter est née en 1996 à Bogotá, en Colombie. Ses premières années ont été marquées par une situation familiale particulièrement difficile.
Son père a été tué par balle alors qu’elle était encore très jeune. Sa mère, confrontée à des problèmes de dépendance, ne parvenait plus à s’occuper de ses trois enfants. Jennifer, son frère Harold et sa sœur Kim ont connu la rue avant d’être placés dans un orphelinat.
En 2005, les trois enfants ont été adoptés par une famille américaine installée dans le Wisconsin. Jennifer avait alors 9 ans.
Cette nouvelle vie lui a apporté un environnement plus stable, mais elle a aussi dû apprendre une nouvelle langue et trouver sa place dans une famille et une culture qu’elle ne connaissait pas.
C’est durant ses années de collège qu’elle a découvert la course à pied. Elle s’est rapidement tournée vers le cross-country et l’athlétisme.
Mais à 12 ans, un diagnostic d’anorexie est posé. Son état nécessite plusieurs prises en charge spécialisées, avec notamment des périodes d’hospitalisation.
Dans des témoignages accordés à la presse américaine et au podcast Freetrail, Jennifer Lichter a expliqué avoir longtemps éprouvé le besoin de contrôler certains aspects de sa vie. Elle a notamment évoqué les difficultés émotionnelles liées à son enfance et à son adoption.
Ses troubles alimentaires ont continué à affecter une partie de son adolescence et de ses années universitaires.
À l’université, le manque d’énergie finit par compromettre sa pratique de la course à pied
Jennifer Lichter poursuit pourtant la compétition en athlétisme durant ses études supérieures.
Mais son organisme ne dispose pas toujours des ressources nécessaires pour supporter les entraînements. Elle connaît alors un déficit énergétique relatif dans le sport, également appelé RED-S.
Ce syndrome apparaît lorsque les apports énergétiques ne suffisent pas à couvrir les besoins de l’organisme, notamment ceux liés à l’activité physique. Il peut affecter la santé osseuse, le fonctionnement hormonal, la récupération et les performances sportives.
Dans le cas de Jennifer Lichter, cette période s’inscrit dans la continuité de ses difficultés avec l’alimentation.
Elle finit par s’éloigner de la compétition après l’université.
Cette interruption constitue une étape importante de son parcours. La jeune femme possède déjà de solides qualités athlétiques, mais sa santé ne lui permet pas de poursuivre sa progression dans les conditions nécessaires.
Son histoire rappelle qu’un niveau de performance élevé ne garantit pas qu’un sportif bénéficie d’un équilibre énergétique suffisant.
Dans le Montana, Jennifer Lichter retrouve progressivement le plaisir de courir
Après ses études, Jennifer Lichter s’installe dans le Montana, dans l’ouest des États-Unis.
Elle travaille comme guide de randonnée, notamment dans le parc national de Glacier. Cette activité lui permet de passer de longues journées en montagne, dans un environnement éloigné des contraintes de la compétition universitaire.
C’est à cette période, autour de 2020, qu’elle découvre véritablement le trail.
Elle commence à parcourir les sentiers en courant, d’abord dans une logique d’exploration et de plaisir. Elle rencontre également Nick Cornell, lui aussi guide de randonnée, qui deviendra son compagnon.
Dans une interview accordée à iRunFar avant la Western States 2026, Jennifer Lichter a expliqué que cette nouvelle discipline lui avait apporté une manière différente d’envisager la course à pied.
Le trail lui permet notamment de s’éloigner des chronos et des distances mesurées sur piste pour privilégier davantage le terrain et l’expérience en montagne.
En 2021, elle participe au 50 km de The Rut, dans le Montana. Sa performance confirme qu’elle dispose toujours d’un important potentiel sportif.
Les résultats suivent progressivement. Elle s’impose sur plusieurs épreuves américaines, notamment The Rut, Broken Arrow et Speedgoat. En 2023, elle termine également quatrième des championnats du monde de trail court à Innsbruck.
Son retour au premier plan ne signifie cependant pas que toutes les difficultés physiques ont disparu.
En 2025, une blessure aux ischio-jambiers l’oblige à renoncer aux championnats du monde
Jennifer Lichter continue de rencontrer des problèmes physiques durant sa progression.
Son entraîneur John Fitzgerald, qui travaille avec elle depuis octobre 2025, a expliqué que son historique d’entraînement comportait plusieurs interruptions liées à des blessures.
Quelques semaines avant les championnats du monde de trail et de course en montagne 2025, elle se blesse notamment aux ischio-jambiers.
Cette blessure la contraint à déclarer forfait.
Elle marque aussi le début d’une nouvelle organisation de son entraînement. En rejoignant John Fitzgerald, Jennifer Lichter entreprend de modifier plusieurs habitudes qui avaient jusque-là accompagné sa carrière.
Son nouvel entraîneur constate qu’elle a tendance à courir trop vite, y compris lors des séances censées être faciles. Son programme comporte également une proportion importante de travail à haute intensité.
Cette approche peut devenir problématique lorsque l’objectif consiste à augmenter progressivement le volume nécessaire pour préparer un ultra-trail de 160 kilomètres.
Le travail engagé ne consiste donc pas uniquement à retrouver ses capacités après sa blessure. Il vise aussi à construire une pratique plus régulière et mieux adaptée aux très longues distances.
Pour préparer la Western States, elle apprend à courir moins vite à l’entraînement
John Fitzgerald décide de modifier la répartition des intensités de Jennifer Lichter.
Au lieu de se concentrer principalement sur les kilomètres et les allures, l’entraînement accorde davantage de place au temps passé à courir et à la capacité de maintenir un effort dans la durée.
Les sorties faciles deviennent réellement faciles. Des journées de repos sont intégrées chaque semaine et le volume à basse intensité augmente.
Les séances rapides ne disparaissent pas, mais elles sont mieux réparties pour laisser davantage de temps à la récupération.
L’objectif est d’améliorer son endurance musculaire et sa capacité à conserver une allure régulière malgré l’accumulation de fatigue.
Cette évolution correspond aux exigences d’une course comme la Western States, où les athlètes doivent gérer plus de 160 kilomètres, des descentes prolongées et plusieurs milliers de mètres de dénivelé.
En février 2026, Jennifer Lichter remporte le Black Canyon 100K, en Arizona, et établit un nouveau record féminin du parcours. Cette victoire lui permet d’obtenir sa qualification pour la Western States.
Quelques mois plus tard, elle s’apprête à disputer le premier 100 miles de sa carrière.
Le 27 juin 2026, Jennifer Lichter bat le record de Courtney Dauwalter dès son premier 160 km
La Western States 100 relie Olympic Valley à Auburn, en Californie. Avec ses quelque 161 kilomètres et ses 5 500 mètres de dénivelé positif, elle constitue l’une des grandes références historiques de l’ultra-trail.
En 2023, Courtney Dauwalter avait établi un record féminin de 15 h 29 min 33 s, une performance qui semblait particulièrement difficile à améliorer.
Jennifer Lichter se présente au départ de l’édition 2026 sans avoir jamais couru une telle distance en compétition.
Elle adopte une stratégie prudente dans les premières heures. Elle cherche à contrôler son effort plutôt qu’à suivre systématiquement les accélérations de ses concurrentes.
Elle prend définitivement la tête de la course au ravitaillement de Devil’s Thumb, situé autour du 77e kilomètre.
Dans la seconde moitié du parcours, elle parvient à maintenir un rythme suffisamment élevé pour creuser l’écart.
Son compagnon Nick Cornell l’informe à l’approche de l’arrivée qu’elle peut encore battre le record de Courtney Dauwalter.
Jennifer Lichter accélère dans les derniers kilomètres et termine sur la piste du lycée de Placer, à Auburn, en 15 h 28 min 06 s selon le chronométrage officiel de l’organisation.
Elle améliore ainsi de 1 minute et 27 secondes le précédent record féminin de la Western States.
Riley Brady prend la deuxième place en 15 h 42 min 14 s, devant Marianne Hogan, troisième en 15 h 51 min 44 s.
Cette édition 2026 a toutefois bénéficié de conditions météorologiques particulièrement favorables, avec des températures nettement inférieures aux moyennes habituelles. Sept des dix meilleurs chronos féminins de l’histoire de l’épreuve ont été réalisés cette année-là.
Ce contexte doit être pris en compte pour apprécier les performances, sans retirer à Jennifer Lichter la portée de son record.
Son parcours montre aussi les limites d’un entraînement fondé sur la recherche permanente de performance
À travers l’histoire de Jennifer Lichter, plusieurs questions importantes pour les coureurs et les traileurs se rejoignent : les troubles alimentaires, le déficit énergétique, la répétition des blessures et la gestion de la charge d’entraînement.
Son expérience ne permet pas d’affirmer que ses blessures étaient toutes provoquées par ses antécédents alimentaires. Elle ne permet pas non plus de réduire son succès à une simple modification de son programme sportif.
En revanche, les explications données par son entraîneur montrent qu’une meilleure répartition des intensités, des périodes de repos régulières et une préparation adaptée à la distance ont joué un rôle dans sa progression récente.
Il faut également éviter de présenter son record comme la preuve d’une guérison définitive de ses troubles alimentaires. Une performance sportive, même exceptionnelle, ne permet pas à elle seule de conclure sur l’état de santé d’une athlète.
Jennifer Lichter a aujourd’hui 30 ans et possède déjà l’un des records les plus prestigieux de l’ultra-trail féminin.
Son parcours rappelle surtout qu’une carrière sportive ne se construit pas nécessairement de manière linéaire. Entre ses années difficiles, son éloignement de la compétition, sa découverte de la montagne et son changement d’approche de l’entraînement, plusieurs étapes ont précédé son succès.
En juin 2026, pour sa première tentative sur 160 kilomètres, cette progression l’a conduite à dépasser l’une des plus grandes championnes de l’histoire du trail.
Sources
- Western States Endurance Run : bilan officiel de l’édition 2026
- John Fitzgerald, entraîneur de Jennifer Lichter : analyse de sa préparation et de sa victoire
- iRunFar : interview de Jennifer Lichter avant la Western States 2026
- The Guardian : portrait de Jennifer Lichter, septembre 2026
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.







