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🎧 Salomon vient de reprendre la première place d’un classement international des équipes de trail, devant Hoka, Nike et Asics.
Une distinction qui semble confirmer la puissance du team français sur la scène mondiale. Mais derrière cette hiérarchie présentée comme une mesure de la performance collective, plusieurs choix méthodologiques interrogent. Des athlètes peuvent être évalués sur des résultats vieux de trois ans, certaines équipes sont pénalisées par des notes de zéro et le classement varie selon les indices utilisés. Peut-on réellement désigner la meilleure équipe mondiale de trail avec une telle méthode ?
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Salomon numéro un mondial du trail, mais selon quels critères ?
Le 12 octobre 2026, le média spécialisé Distances+ a publié une nouvelle édition de son classement international des équipes de trail, élaboré avec Enduraw Data.
Le verdict place Salomon devant Hoka, aussi bien selon l’Index UTMB que selon l’indice de performance ITRA.
Sur le papier, difficile de contester la qualité de l’effectif Salomon. Avec des athlètes comme Courtney Dauwalter, Tove Alexandersson, Rémi Bonnet, Louison Coiffet ou Marianne Hogan, la marque dispose de références internationales sur plusieurs formats de course.
Mais la question n’est pas de savoir si Salomon possède une équipe exceptionnelle. C’est incontestable.
La véritable question est de savoir si la méthode retenue permet d’affirmer qu’elle est meilleure que toutes les autres.
Car ce classement ne comptabilise pas simplement les victoires, les podiums ou les championnats remportés. Il repose sur une construction statistique dont les règles influencent directement le résultat.
Le classement des meilleures équipes de trail en octobre 2026
Selon l’Index UTMB collectif retenu par Distances+ et Enduraw, les six premières équipes sont les suivantes :
| Rang | Équipe | Index UTMB |
|---|---|---|
| 1 | Salomon | 948 |
| 2 | Hoka | 944 |
| 3 | ACG Nike | 940 |
| 4 | Asics | 939 |
| 5 | On | 937 |
| 6 | Adidas Terrex | 934 |
Seulement 14 points séparent la première de la sixième équipe.
Cet écart relativement faible ne permet pas, à lui seul, de déterminer si les différences sont sportivement significatives. Pour le savoir, il faudrait notamment disposer d’une analyse de sensibilité permettant de mesurer l’effet des choix méthodologiques sur le résultat final.
D’autant que le classement change lorsque l’on utilise un autre indicateur.
Un premier problème : les meilleures équipes ne sont pas les mêmes selon l’indice choisi
C’est probablement l’une des limites les plus intéressantes de ce travail.
Avec l’Index UTMB, Nike occupe la troisième place et Asics la quatrième. Mais avec l’indice ITRA, Asics monte sur le podium, tandis que Nike descend au sixième rang.
Kailas offre un exemple encore plus frappant : septième selon l’Index UTMB, la marque chinoise devient quatrième selon l’ITRA.
Il n’existe donc pas une seule hiérarchie, mais deux lectures différentes du niveau des équipes.
Cela ne signifie pas que les calculs sont faux. Les deux indices possèdent leurs propres méthodes d’évaluation et ne produisent pas nécessairement les mêmes résultats.
Mais cette divergence pose une question fondamentale : si la position d’une équipe dépend de l’outil statistique retenu, quelle valeur faut-il accorder à son rang mondial ?
Salomon conserve certes la première place avec les deux méthodes, ce qui renforce la solidité de sa position. En revanche, pour plusieurs autres équipes, parler d’un rang mondial sans préciser l’indicateur utilisé devient discutable.
Des performances vieilles de trois ans peuvent encore peser dans le classement
Autre particularité : les indices individuels peuvent intégrer des performances remontant jusqu’à trois ans.
Le classement est actualisé tous les quatre mois, mais il ne mesure donc pas exclusivement les résultats obtenus au cours des quatre derniers mois.
Cette nuance change considérablement sa signification.
Jim Walmsley, par exemple, conserve un Index UTMB de 959 dans l’effectif Hoka malgré son abandon à la Western States 2026. Son excellent niveau statistique s’appuie notamment sur ses performances précédentes.
Même logique pour Kilian Jornet, dont la cote reste élevée malgré une année 2026 marquée par un abandon et des forfaits sur plusieurs grandes compétitions.
En soi, cela n’a rien d’illogique. Une mauvaise course ne suffit pas à effacer plusieurs années de performances exceptionnelles.
Mais peut-on présenter une équipe comme la meilleure actuellement si certains de ses meilleurs indices reflètent surtout son niveau passé ?
Un classement fondé sur les performances des douze derniers mois, ou uniquement sur la saison 2026, pourrait donner une photographie différente.
Il serait particulièrement intéressant de comparer les résultats de ces trois méthodes.
La règle des quatre femmes et quatre hommes pénalise certaines équipes
Pour établir son classement, Enduraw retient les quatre meilleures femmes et les quatre meilleurs hommes de chaque team.
Les indices féminins sont préalablement harmonisés avec les indices masculins à l’aide d’une formule mathématique.
Le principe de parité est intéressant : il évite qu’une équipe très forte chez les hommes, mais beaucoup moins développée chez les femmes, domine automatiquement le classement.
Il valorise aussi les marques qui investissent dans le trail féminin.
Mais cette règle entraîne une conséquence particulièrement discutable.
Lorsqu’une équipe ne dispose pas de quatre athlètes de chaque sexe dans la base utilisée, chaque place manquante est remplacée par une note de zéro.
Or, zéro ne correspond pas à une performance sportive réellement mesurée.
Il s’agit d’une pénalité méthodologique.
Et cette pénalité peut complètement bouleverser la hiérarchie.
NNormal, l’équipe de Kilian Jornet, se retrouve quasiment au fond du classement
C’est sans doute l’exemple qui illustre le mieux les limites de cette méthode.
NNormal compte notamment dans ses rangs Kilian Jornet et Elhousine Elazzaoui, deux athlètes parmi les plus performants de leur discipline.
Elazzaoui possède un Index UTMB de 967, une valeur supérieure à celle de nombreux athlètes appartenant aux équipes les mieux classées.
Pourtant, NNormal n’intègre aucune des trois divisions du classement.
Pire : la marque obtient une moyenne collective de seulement 689 points à l’Index UTMB, ce qui la place derrière des équipes dont les meilleurs athlètes affichent individuellement des indices bien inférieurs.
La raison est simple : seuls trois hommes et trois femmes sont recensés dans son effectif. Deux notes de zéro sont donc intégrées au calcul.
Mathématiquement, le résultat suit les règles annoncées.
Sportivement, son interprétation est beaucoup plus délicate.
Car NNormal n’est pas nécessairement une équipe moins performante. C’est avant tout une équipe qui ne répond pas au modèle d’effectif choisi pour le classement.
La nuance est considérable.
Une méthode alternative pourrait consister à publier deux classements distincts : l’un évaluant la qualité sportive des athlètes effectivement présents, l’autre mesurant la profondeur et la parité des effectifs.
Cela permettrait de ne pas confondre deux réalités différentes.
Un autre problème : certaines marques ont-elles intérêt à recruter davantage pour mieux figurer ?
En privilégiant systématiquement quatre femmes et quatre hommes, ce classement récompense les équipes capables de constituer un effectif suffisamment large.
Ce choix peut encourager une représentation équilibrée des athlètes féminines et masculins. Mais il favorise aussi, mécaniquement, les structures qui répondent à ce format précis.
Une petite équipe composée de six athlètes exceptionnels peut ainsi obtenir une moyenne inférieure à celle d’une équipe disposant de huit coureurs moins bien cotés, simplement parce que deux places sont considérées comme vides.
Cela revient à mesurer simultanément la performance sportive et une forme de politique de recrutement.
Pourquoi pas, à condition de l’annoncer clairement.
Mais dans ce cas, il ne s’agit plus seulement de déterminer quelle équipe possède les meilleurs traileurs. Il s’agit de récompenser un modèle d’organisation particulier.
Asics pourrait être la meilleure équipe sur la saison, sans être première au classement
La saison 2026 offre un autre motif d’interrogation.
Asics a notamment bénéficié de la victoire de Ben Dhiman sur l’UTMB, des performances de Sara Alonso, Maude Mathys, Benjamin Roubiol et de plusieurs autres athlètes internationaux.
Malgré cette accumulation de résultats, l’équipe reste quatrième selon l’Index UTMB collectif.
À l’inverse, Hoka conserve la deuxième place, avec notamment Jim Walmsley parmi ses athlètes les mieux cotés, alors que son indice ne repose pas uniquement sur ses résultats récents.
Il ne serait pas juste d’en déduire qu’Asics a nécessairement été la meilleure équipe de 2026 : il faudrait comparer précisément les résultats de toutes les marques, selon des critères identiques.
Mais cet exemple démontre pourquoi un classement des meilleurs effectifs théoriques ne doit pas être confondu avec un palmarès des équipes ayant réalisé la meilleure saison sportive.
Ce sont deux questions différentes.
Le trail peut-il vraiment se résumer à une moyenne de huit indices ?
C’est finalement la question centrale.
Le trail regroupe des disciplines particulièrement différentes.
Un spécialiste du kilomètre vertical, un coureur de trail court, un vainqueur de la Western States et un finisher du Tor des Géants ne mobilisent ni les mêmes qualités ni les mêmes stratégies de course.
Leur attribuer une cote permet de les comparer statistiquement, mais cette comparaison repose nécessairement sur des conventions.
Une moyenne collective permet ensuite de produire une hiérarchie simple et lisible.
Elle ne peut toutefois pas résumer toute la richesse sportive d’un effectif.
Elle ne prend pas directement en compte le nombre de titres majeurs remportés par une marque, la complémentarité de ses athlètes sur les différentes distances ou sa capacité à dominer une compétition précise.
Par ailleurs, la normalisation des indices féminins constitue une étape déterminante du calcul. Pour évaluer pleinement la robustesse du classement, il serait utile de pouvoir examiner la formule utilisée et les effets concrets de cette transformation sur la hiérarchie finale.
Une approche statistique peut être pertinente sans être universelle.
En résumé, c’est un classement intéressant, mais pas une vérité absolue
Il faut reconnaître au travail de Distances+ et d’Enduraw un mérite : proposer une méthode structurée pour comparer des équipes internationales dans un sport où les formats de compétition sont très hétérogènes.
Les auteurs précisent d’ailleurs que leur classement ne récompense pas les équipes ayant gagné le plus de courses, mais cherche à mesurer le niveau collectif de leurs effectifs.
Ils reconnaissent également l’influence des performances anciennes et les différences entre les systèmes ITRA et UTMB.
Le problème réside donc moins dans l’existence de ce classement que dans la manière dont ses résultats peuvent être interprétés.
Une première place ne signifie pas nécessairement qu’une équipe a dominé la saison, gagné les courses les plus importantes ou réuni les athlètes les plus performants du moment.
Elle signifie qu’elle obtient la meilleure moyenne selon une méthode déterminée.
Et c’est très différent.
Salomon possède incontestablement l’un des effectifs les plus impressionnants du trail mondial. Sa première place dans les deux classements constitue un résultat significatif. Mais affirmer qu’il s’agit objectivement de la meilleure équipe de trail au monde reste une conclusion plus forte que ce que les seules statistiques permettent de démontrer.
Un classement est toujours le reflet des critères retenus pour le construire. En changeant ces critères, on peut aussi changer les résultats.
Et dans un sport aussi varié que le trail, il n’est peut-être pas possible de désigner une meilleure équipe mondiale sans commencer par définir précisément ce que signifie être la meilleure.
Source
- classement international des équipes de trail publié le 12 octobre 2026 par Distances+, en collaboration avec Enduraw Data.
- Les critiques méthodologiques et leur interprétation constituent une analyse éditoriale indépendante.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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