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đ„ Victorieuse de l’UTMB 2026, Blandine L’Hirondel soulĂšve un problĂšme qui dĂ©passe largement le monde du trail : la recherche scientifique consacrĂ©e Ă l’entraĂźnement sportif a longtemps privilĂ©giĂ© les hommes. Et certaines spĂ©cificitĂ©s fĂ©minines, comme les cycles menstruels, la mĂ©nopause ou les troubles du pĂ©rinĂ©e, restent encore trop peu Ă©tudiĂ©es ou abordĂ©es.
Le 29 aoĂ»t 2026, Blandine L’Hirondel remportait l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 21 h 54 min 49 s. Une victoire historique pour la Française, premiĂšre femme Ă franchir la ligne d’arrivĂ©e Ă Chamonix en moins de 22 heures.
Mais au-delĂ de sa performance sportive, la championne française attire aujourd’hui l’attention sur une autre question : les femmes disposent-elles rĂ©ellement des mĂȘmes connaissances scientifiques que les hommes pour s’entraĂźner et progresser ?
Dans une vidĂ©o, elle dĂ©nonce la place encore insuffisante accordĂ©e aux spĂ©cificitĂ©s fĂ©minines dans la recherche sportive. Et son constat interroge directement les mĂ©thodes d’entraĂźnement utilisĂ©es en course Ă pied et en trail.
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« Une femme, c’est trop compliquĂ© » : Blandine L’Hirondel dĂ©nonce un biais dans la recherche sportive
Dans cette prise de parole, Blandine L’Hirondel commence par Ă©voquer le manque de reprĂ©sentation des femmes dans les Ă©tudes scientifiques.
Elle avance un chiffre : seulement 15 % des recherches seraient consacrées aux femmes dans le sport.
Elle explique ensuite pourquoi les scientifiques ont historiquement pu privilégier les populations masculines.
« Parce qu’en fait, une femme, c’est trop compliquĂ©. »
La championne utilise cette formule de maniÚre volontairement provocatrice pour dénoncer un raisonnement qui a longtemps pesé sur la recherche.
Elle Ă©voque les fluctuations hormonales et les diffĂ©rentes situations physiologiques des femmes. Dans un mĂȘme groupe de participantes, certaines peuvent ĂȘtre en pĂ©riode d’ovulation, d’autres avoir leurs rĂšgles, tandis que d’autres encore peuvent ĂȘtre enceintes ou mĂ©nopausĂ©es.
Or, dans une Ă©tude scientifique, les chercheurs cherchent gĂ©nĂ©ralement Ă contrĂŽler les variables susceptibles d’influencer les rĂ©sultats.
Et plutÎt que de prendre en compte cette diversité, la solution de facilité a parfois consisté à écarter les femmes des protocoles expérimentaux.
La consĂ©quence est importante : une partie des connaissances utilisĂ©es pour comprendre l’effort, la fatigue, la rĂ©cupĂ©ration ou l’adaptation Ă l’entraĂźnement a Ă©tĂ© construite Ă partir de populations majoritairement masculines.
La science confirme que les sportives restent insuffisamment étudiées
Le chiffre de 15 % avancĂ© dans la vidĂ©o dĂ©pend du pĂ©rimĂštre des recherches considĂ©rĂ©es. Mais des travaux scientifiques rĂ©cents confirment l’existence d’un dĂ©sĂ©quilibre.
En janvier 2025, une revue systématique publiée dans The American Journal of Sports Medicine a analysé 1 441 études issues de trois grandes revues de médecine et de sciences du sport, publiées entre janvier 2021 et août 2023.
Les résultats sont révélateurs.
Sur les 1 441 Ă©tudes examinĂ©es, seules 103, soit 7,15 %, portaient exclusivement sur des participantes fĂ©minines. Ă l’inverse, 268 Ă©tudes, soit 18,6 %, ne concernaient que des hommes.
Les femmes reprĂ©sentaient tout de mĂȘme 43,95 % des participants dans l’ensemble des travaux analysĂ©s. Elles ne sont donc pas absentes de la recherche, mais les Ă©tudes qui leur sont spĂ©cifiquement consacrĂ©es restent minoritaires.
Le résultat le plus intéressant concerne les menstruations.
Seulement 5,6 % des études concernées intégraient le statut menstruel dans leur protocole.
Autrement dit, mĂȘme lorsque des femmes participent Ă des recherches scientifiques, certaines particularitĂ©s de leur physiologie ne sont pas systĂ©matiquement prises en compte.
Ces rĂ©sultats ne signifient pas que la science du sport serait entiĂšrement inadaptĂ©e aux femmes. Ils montrent cependant qu’il existe encore des lacunes importantes dans la maniĂšre dont leurs rĂ©ponses Ă l’entraĂźnement sont Ă©tudiĂ©es.
Les femmes dans la recherche sportive : les chiffres
- 1 441 études scientifiques analysées dans une revue publiée en 2025.
- 7,15 % des études exclusivement consacrées aux femmes.
- 18,6 % des études exclusivement consacrées aux hommes.
- 43,95 % de participantes fĂ©minines dans l’ensemble des Ă©tudes.
- 5,6 % des études concernées prenant en compte le statut menstruel dans leur protocole.
Source : The American Journal of Sports Medicine, 2025. Ces chiffres concernent le corpus analysĂ© et non l’ensemble de la recherche sportive mondiale.
En trail, les femmes s’entraĂźnent-elles encore sur des modĂšles principalement masculins ?
C’est probablement la question la plus intĂ©ressante soulevĂ©e par Blandine L’Hirondel.
En course Ă pied, les grandes mĂ©thodes d’entraĂźnement reposent sur des principes largement partagĂ©s : endurance fondamentale, progressivitĂ©, travail spĂ©cifique, rĂ©cupĂ©ration ou dĂ©veloppement des capacitĂ©s aĂ©robies.
Ces principes s’appliquent aux hommes comme aux femmes.
Mais les Ă©tudes qui ont permis de mieux comprendre les adaptations physiologiques Ă l’effort n’ont pas toujours accordĂ© une place Ă©quivalente aux deux sexes.
Et dans un sport comme le trail, oĂč les compĂ©titions peuvent durer plusieurs dizaines d’heures, certaines questions mĂ©ritent d’ĂȘtre davantage approfondies.
Comment les variations hormonales influencent-elles la perception de l’effort ? Ont-elles des consĂ©quences sur la rĂ©cupĂ©ration aprĂšs un ultra-trail ? Quels ajustements nutritionnels peuvent ĂȘtre utiles selon les situations individuelles ? Comment accompagner une coureuse pendant la pĂ©rimĂ©nopause ou aprĂšs un accouchement ?
Il ne s’agit pas d’affirmer que toutes les femmes doivent suivre des plans d’entraĂźnement diffĂ©rents de ceux des hommes.
Il s’agit plutĂŽt de reconnaĂźtre qu’on ne peut pas toujours appliquer indistinctement les mĂȘmes recommandations sans tenir compte des particularitĂ©s individuelles.
La recherche ne permet d’ailleurs pas aujourd’hui de conclure qu’il faudrait systĂ©matiquement modifier les sĂ©ances de course Ă pied selon les phases du cycle menstruel.
Mais ce manque de certitudes scientifiques constitue justement une raison supplémentaire de poursuivre les recherches.
RÚgles, fuites urinaires, ménopause : les sujets encore tabous dans le sport
Blandine L’Hirondel ne s’arrĂȘte pas Ă la question des Ă©tudes scientifiques.
Elle pointe également un autre obstacle : le silence autour de certains sujets de santé féminine.
Dans son intervention, elle Ă©voque les rĂšgles et les fuites urinaires, des thĂšmes parfois considĂ©rĂ©s comme gĂȘnants, voire sales, alors qu’ils concernent directement la pratique sportive.
Ce silence peut se retrouver chez les athlÚtes, mais également dans leurs relations avec leurs entraßneurs.
Selon elle, certains coachs, notamment lorsqu’ils sont des hommes, peuvent hĂ©siter Ă poser des questions par peur de pĂ©nĂ©trer dans l’intimitĂ© de leurs athlĂštes.
Pourtant, ces Ă©changes peuvent avoir un intĂ©rĂȘt concret.
Une coureuse confrontĂ©e Ă des douleurs menstruelles importantes, Ă des saignements abondants ou Ă des fuites urinaires pendant l’effort peut avoir besoin d’un accompagnement adaptĂ©.
La question du périnée est particuliÚrement révélatrice.
Une analyse scientifique publiĂ©e en 2026 dans la revue Sports Medicine, regroupant les donnĂ©es de 4 649 sportives adultes issues de 32 Ă©tudes, a estimĂ© Ă environ 39 % la prĂ©valence de l’incontinence urinaire dans les populations Ă©tudiĂ©es.
Ce chiffre varie sensiblement selon les études et ne constitue pas une estimation spécifique aux traileuses.
Ces troubles ne sont donc pas nĂ©cessairement anecdotiques, mĂȘme chez des femmes jeunes, entraĂźnĂ©es et performantes.
Mais ils restent parfois difficiles à évoquer.
Et lorsqu’un problĂšme n’est pas abordĂ©, il peut ĂȘtre plus compliquĂ© d’orienter une sportive vers un professionnel de santĂ© compĂ©tent.
Le paradoxe : une championne de l’UTMB qui rappelle tout ce que l’on ignore encore sur les femmes
La prise de parole de Blandine L’Hirondel est d’autant plus intĂ©ressante qu’elle intervient quelques semaines aprĂšs une victoire majeure.
La Française vient de remporter l’une des courses les plus exigeantes du monde, au terme de prĂšs de 22 heures d’effort.
Son niveau de performance dĂ©montre Ă quel point les femmes sont capables d’exceller sur les Ă©preuves d’ultra-endurance.
Mais sa rĂ©flexion rappelle aussi qu’une performance exceptionnelle ne signifie pas que toutes les questions relatives Ă la physiologie fĂ©minine ont Ă©tĂ© rĂ©solues.
C’est mĂȘme tout le paradoxe.
Les femmes peuvent battre des records sur les plus grandes courses du monde, tout en restant insuffisamment représentées dans certaines recherches destinées à comprendre et à améliorer les performances sportives.
Le problĂšme ne concerne pas uniquement les athlĂštes professionnelles.
Une traileuse amateur qui prĂ©pare son premier 20 km, une coureuse de 45 ans confrontĂ©e Ă la pĂ©rimĂ©nopause ou une sportive qui reprend aprĂšs une grossesse peuvent elles aussi ĂȘtre concernĂ©es par ces lacunes.
Et elles ont autant besoin de recommandations fiables, individualisées et fondées sur des données scientifiques solides.
Blandine L’Hirondel veut surtout que la parole continue de se libĂ©rer
La championne ne présente cependant pas la situation comme une opposition systématique entre les hommes et les femmes.
Elle souligne également les progrÚs accomplis.
Les sujets longtemps passĂ©s sous silence commencent Ă ĂȘtre davantage abordĂ©s, et les mentalitĂ©s Ă©voluent.
Elle invite notamment les entraßneurs à ne pas considérer les questions liées aux menstruations ou à la santé féminine comme des sujets interdits.
L’objectif n’est pas de forcer les sportives Ă parler de leur intimitĂ©, mais de crĂ©er des conditions dans lesquelles elles peuvent Ă©voquer librement les difficultĂ©s susceptibles d’affecter leur entraĂźnement.
Et la responsabilité ne repose pas uniquement sur les coachs.
Les fédérations sportives, les organismes de formation, les chercheurs et les professionnels de santé ont également un rÎle à jouer.
Car comprendre les spĂ©cificitĂ©s fĂ©minines ne devrait pas ĂȘtre une option supplĂ©mentaire dans la prĂ©paration sportive.
Ă l’heure oĂč les femmes repoussent les limites de l’ultra-trail, la recherche scientifique doit pouvoir progresser au mĂȘme rythme que leurs performances.
C’est finalement le message que porte Blandine L’Hirondel : permettre aux femmes de s’entraĂźner avec des connaissances qui prennent pleinement en compte leurs rĂ©alitĂ©s physiologiques, plutĂŽt que de continuer Ă les considĂ©rer comme des exceptions difficiles Ă Ă©tudier.
Sources
- The American Journal of Sports Medicine (2025) : Where Are All the Female Participants in Sports and Exercise Medicine Research? A Decade Later.
- Sports Medicine (2026) : Urinary Incontinence in Women Athletes â Umbrella Review and Meta-analysis of Sport-Related Factors.
- DĂ©clarations de Blandine L’Hirondel : vidĂ©o retranscrite, octobre 2026.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.
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