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🎧 Samedi 17 octobre 2026, à Londres, 5 000 femmes se sont retrouvées pour courir 10 kilomètres de nuit dans un lieu particulièrement inhabituel : l’aéroport de London City.
Une partie de la piste habituellement réservée aux avions avait été intégrée au parcours d’une course organisée par Nike. Derrière cette initiative spectaculaire, une question bien plus sérieuse se pose : pourquoi faut-il organiser de tels événements pour que les femmes puissent courir la nuit sereinement ?
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Nike transforme un aéroport en parcours de running nocturne
C’est une image que l’on n’a pas l’habitude de voir dans le monde de la course à pied. Des milliers de coureuses réunies sur le tarmac d’un aéroport londonien, là où circulent normalement des avions.
Le 17 octobre, Nike organisait une nouvelle étape de son After Dark Tour, une série internationale de courses nocturnes spécialement destinées aux femmes.
Pour l’occasion, une partie de la piste de London City Airport a été ouverte aux participantes. Le parcours de 10 kilomètres partait de Silverworks Island, dans le quartier des Royal Docks, avant de rejoindre l’enceinte aéroportuaire.
Selon le média spécialisé AeroTime, environ 5 000 femmes ont participé à cette épreuve, qui affichait complet. La première vague devait s’élancer à 18 h 30, avec une soirée festive organisée après la course.
L’événement s’est déroulé en dehors des horaires d’exploitation de l’aéroport, sans conséquence sur les vols, comme l’a confirmé un porte-parole de London City Airport.
Ce choix de décor spectaculaire a évidemment contribué au succès médiatique de l’opération. Mais le message que l’on peut retenir de cette course dépasse largement le simple plaisir de courir dans un lieu exceptionnel.
Courir la nuit sans avoir peur : une liberté qui ne devrait pas être exceptionnelle
C’est tout le paradoxe de cette initiative.
Pour des milliers de femmes, courir après la tombée de la nuit ne consiste pas uniquement à choisir une heure d’entraînement. Il faut parfois réfléchir à son itinéraire, éviter certains endroits isolés, prévenir un proche ou renoncer à sortir seule.
Là où un homme peut décider de partir courir en soirée sans trop se poser de questions, certaines femmes doivent intégrer la question de leur sécurité à leur pratique sportive.
En réunissant plusieurs milliers de participantes sur un parcours fermé, éclairé et encadré, Nike propose un environnement collectif qui peut contribuer à ce sentiment de sécurité.
Mais faut-il réellement privatiser une piste d’aéroport pour permettre à des femmes de courir tranquillement à la nuit tombée ?
La question mérite d’être posée. Car si l’événement est présenté comme une célébration de la liberté de courir, il rappelle aussi les obstacles que certaines sportives rencontrent lorsqu’elles souhaitent simplement pratiquer leur activité quotidienne.
Sur Instagram, des femmes rappellent que le problème ne vient pas des coureuses
La vidéo de l’événement, relayée par le média Simone sur Instagram, a suscité des réactions qui dépassent la simple admiration devant les images.
Une internaute s’interroge :
« Et si à la place on éduquait les hommes à bien se comporter ? »
Une autre réagit :
« La folie quand même hein… en venir là pour sensibiliser et offrir un moment peace. On. En. A. Marre. »
Ces commentaires illustrent une critique récurrente : les recommandations de prudence adressées aux femmes peuvent finir par faire peser sur elles la responsabilité de prévenir les comportements dangereux des autres.
Changer de parcours, courir accompagnée, privilégier les endroits fréquentés, rester visible… Ces précautions peuvent être utiles, mais elles ne constituent pas une réponse suffisante au harcèlement ou aux agressions.
C’est précisément ce qui rend l’initiative de Nike intéressante, mais aussi discutable.
Elle offre une expérience sportive collective, sans résoudre les difficultés que rencontrent certaines coureuses lorsqu’elles retournent s’entraîner seules.
Des chiffres qui montrent que la peur de courir la nuit est bien réelle
Le phénomène est loin d’être anecdotique.
Une enquête britannique publiée par Sport England dans le cadre de sa campagne This Girl Can révèle à quel point la tombée de la nuit modifie les habitudes sportives des femmes.
Courir la nuit : les chiffres de Sport England
72 %
des femmes interrogées modifient leurs activités extérieures en hiver.
24 %
privilégient des itinéraires bien éclairés.
23 %
évitent certaines zones.
20 %
regardent derrière elles pour vérifier qu’elles ne sont pas suivies.
Source : Sport England, enquête sur les activités sportives extérieures des femmes en hiver.
Ces résultats concernent les activités physiques en extérieur, et pas uniquement la course à pied. Ils donnent néanmoins une idée du problème auquel sont confrontées les sportives.
D’ailleurs, le Royaume-Uni dispose déjà d’une campagne spécifiquement consacrée à cette question : Let’s Lift the Curfew, que l’on pourrait traduire par « Levons le couvre-feu ».
Lancée en 2023, cette initiative soutenue par England Athletics encourage les sorties collectives et cherche à faire évoluer les comportements qui limitent la liberté des femmes après la tombée de la nuit.
De Londres à Mexico, Nike transforme les courses féminines en événements mondiaux
L’événement londonien ne constitue pas une initiative isolée.
L’After Dark Tour est une tournée internationale lancée par Nike en 2025 et reconduite cette année dans sept villes : Shanghai, Sydney, Mexico, Londres, Los Angeles, Manille et Mumbai.
Les distances varient entre 10 kilomètres et semi-marathon.
À Mexico, le 3 octobre 2026, la marque a organisé un semi-marathon nocturne avec environ 10 000 participantes attendues, sur un parcours empruntant notamment le Paseo de la Reforma.
À Los Angeles, un autre semi-marathon est programmé le 24 octobre.
La stratégie de Nike est aussi commerciale. En proposant des courses réservées aux femmes, la marque développe un événement communautaire qui associe compétition, musique, équipements sportifs et expérience collective.
Il faut toutefois distinguer deux choses : Nike présente officiellement l’After Dark Tour comme une célébration de la performance et de la communauté féminine, pas comme une opération exclusivement destinée à protéger les femmes du harcèlement.
La sécurité constitue un enjeu important de la pratique nocturne, mais résumer toute la course londonienne à cette seule motivation serait réducteur.
En résumé, c’est une belle opération de Nike, mais le véritable enjeu est ailleurs
Courir à plusieurs milliers sur une piste d’aéroport, de nuit, reste une expérience exceptionnelle.
Pour certaines participantes, cette course aura représenté un objectif sportif. Pour d’autres, une première compétition, une soirée entre amies ou une occasion de participer à un événement hors du commun.
Et c’est précisément ce qui fait aussi la réussite de l’After Dark Tour : montrer que le running féminin peut occuper des espaces spectaculaires, attirer les foules et susciter un véritable engouement.
Mais il serait dommage que cette célébration masque le débat de fond.
La liberté de courir ne devrait pas dépendre d’une grande marque, d’un dossard ou d’un dispositif de sécurité exceptionnel.
Sur route comme sur les sentiers, une femme devrait pouvoir organiser ses entraînements en fonction de ses envies, de sa disponibilité et de ses objectifs sportifs, sans que la peur du harcèlement ne devienne un critère supplémentaire.
Nike a réussi à faire courir 5 000 femmes de nuit sur une piste d’aéroport. Le véritable progrès serait qu’elles puissent toutes courir de nuit, n’importe où, sans avoir à se demander si elles sont en sécurité.
Sources
Voir cette publication sur Instagram
- Nike After Dark Tour – Londres 2026
- AeroTime – London City Airport Runway Turns into Race Track for Nike After Dark Women’s Run, 19 octobre 2026
- Sport England – Enquête sur les activités sportives des femmes en hiver
- Simone Media – Instagram
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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