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🎧 C’est un rituel aussi bien rodé que le changement d’heure ou le retour du froid hivernal.
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Depuis quelques jours, dans nos groupes Facebook de course à pied ou sur les fils d’actualité des groupes de revente de dossards, un même refrain tourne en boucle, quasi obsessionnel : « Vend dossard pour la SaintéLyon, cause blessure » ou encore « Cause imprévu, vend dossard SaintéLyon ».
En lisant ces dizaines de publications quotidiennes à quelques semaines seulement du départ, on ne peut s’empêcher de sourire. Comment est-il possible qu’une telle proportion de coureurs se retrouve soudainement sur le carreau juste avant le grand jour ? Comment autant de passionnés, censés avoir coché cette date en rouge dans leur calendrier depuis près d’un an, déclarent-ils tous forfait en même temps pour l’une des courses les plus mythiques de France ?
Derrière l’ironie de la situation se cache en réalité un phénomène devenu quasi systématique sur toutes les grosses courses, et qui est révélateur de ce qu’est devenu notre mode de consommation du sport.
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La SaintéLyon – Le monument de fin d’année qui est complet en un éclair
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut rappeler ce qu’est la SaintéLyon. Cette course est un monument du trail et de la course à pied en France. Relier Saint-Étienne à Lyon, en pleine nuit, au cœur de l’hiver, dans le froid, parfois sous la pluie, le vent ou la neige, est un défi hors norme qui fait rêver des dizaines de milliers de coureurs depuis 1951 !
Avec ses nombreux formats variés, la SaintéLyon s’adresse pourtant à une grande diversité de profils :
- La SaintéLyon (78 km en solo) : le format historique et le graal pour les passionnés de longue distance.
- La LyonSaintéLyon (156 km) : un aller-retour extrême réservé aux plus costauds.
- Les formats intermédiaires (Saintexpress 44 km, SaintéVia 35 km, SaintéTic 24 km, SaintéSprint 13 km) : pour goûter à la magie de la course sans y passer la nuit complète.
- Les relais (à 2, 3 ou 4) : pour partager l’aventure entre amis ou collègues.
Ces dernières années, le scénario est identique. A l’ouverture des inscriptions au printemps, c’est la cohue. Les serveurs chauffent, les dossards s’arrachent en un temps record et l’organisation affiche complet très rapidement. Dans les semaines qui suivent, les réseaux sociaux saturent de messages désespérés : « Recherche désespérément dossard pour la SaintéLyon », « Si quelqu’un revend sa place pour la SaintExpress, je prends ! ».
Et puis, le temps passe. Les mois d’été filent, l’automne s’installe, et à l’approche de la fin d’année, sans surprise, tout s’inverse totalement. La rareté laisse place à un marché de la seconde main saturé : les acheteurs d’hier sont devenus les vendeurs d’aujourd’hui.
Du statut d’introuvable au marché de seconde main – La grande contradiction
Heureusement pour tous les coureurs qui ont changé d’avis, qui ont raté leur préparation ou qui se sont réellement blessés, les plateformes officielles de revente et les bourses aux dossards existent sur cette course. Le transfert de dossard est facile et sécurisé, ce qui évite le marché noir et permet à de nouveaux motivés d’obtenir leur dossard en toute légalité.
Mais ce constat de revente de dossards à gogo tardive pose de sacrées questions : pourquoi les courses affichent-elles complet en des temps records si c’est pour assister ensuite à un tel gâchis ensuite et à une telle vague de reventes ?
Cette folie d’achat compulsif est le symptôme de plusieurs dérives de la course à pied d’aujourd’hui :
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La peur de manquer
Aujourd’hui, l’inscription à une course n’est plus couplée uniquement avec une préparation physique adaptée, mais par la peur de manquer l’événement. On clique, on paye, on sécurise sa place « au cas où », parce qu’on sait que dans six heures, il sera trop tard. C’est l’effet de rareté créé par l’engouement général : on achète un dossard comme on achèterait un billet de concert pour une star internationale, sans même savoir si l’on sera disponible ou en forme dix mois plus tard.
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La surestimation de la préparation et l’usure de l’entraînement
Déclarer au mois de mai que l’on va courir 78 km de nuit fin novembre est une chose. Enchainer les sorties longues de 3 heures sous la pluie en octobre après une journée de travail en est une autre. Beaucoup de coureurs sous-estiment l’exigence de la prépa physique et mentale nécessaire pour être serein au départ de l’épreuve. Arrivés fin octobre, face au retard accumulé ou à l’apparition des premières tendinites d’overdose, la réalité rattrape le rêve, et le dossard finit sur Facebook.
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La culture du « zapping » sportif
Inscrits sur un semi-marathon en septembre, un marathon en octobre et la SaintéLyon en novembre, certains coureurs accumulent les défis sans laisser à leur corps le temps de récupérer. Résultat, ils se retrouvent incapables physiquement d’enchainer avec la dernière échéance de l’année.
Un scénario qui est le même sur toutes les grandes épreuves
Ce phénomène ne se constate pas seulement sur la SaintéLyon. C’est aujourd’hui exactement le même constat pour la majorité des événements populaires : le Semi-marathon de Paris, le Marathon de Paris, le Marseille-Cassis ou l’Ecotrail de Paris.
Les dossards deviennent de véritables monnaies d’échange. On achète sur un coup de tête pour « suivre le mouvement », pour faire comme les collègues du club ou pour pouvoir poster sa capture d’écran de confirmation sur Instagram. On consomme la course à pied comme on consomme n’importe quel objet de loisir éphémère.
Ce système est tout de même regrettable. Il bloque l’accès direct aux épreuves pour des coureurs parfois plus assidus, plus locaux ou réellement prêts au moment de l’ouverture des inscriptions. Et ça surcharge les groupes de revente à trois semaines du départ, par des vendeurs stressés de ne pas pouvoir honorer leur engagement et désireux de ne pas perdre trop d’argent au passage…
Alors, que faut-il retenir de cette avalanche de dossards à revendre à l’approche de la SaintéLyon ? Faut-il critiquer les coureurs d’être prévoyants… ou d’être trop impulsifs ?
On constate juste que le trail tout comme la course à pieds souffre aujourd’hui d’une forme d’hyperconsommation. Et si on se réjouit que le sport rassemble autant, il serait peut-être temps de réinterroger notre rapport à l’inscription. Courir la SaintéLyon, un marathon ou un ultra-trail, ce n’est pas seulement réserver une place de cinéma : c’est un contrat que l’on passe avec soi-même, exigeant du temps, du respect pour son corps et de l’humilité face à la distance.
En résumé, pour ceux qui n’ont pas eu de dossard au printemps, pas de panique.
Entrainez-vous comme si vous aviez votre dossard, et à la mi-novembre, il suffira de vous baisser pour récupérer une place. Quant à ceux qui hésitent déjà pour l’année prochaine… Posez-vous les bonnes questions avant de vous précipiter sur l’inscription !
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Auteur : Marta, est l’ultra sportive de l’équipe. Mère de 4 enfants, elle est déjà finisher de l’UTMB. Traileuse au sens puriste, elle évolue dans un univers montagneux.🏃 Depuis 2012, u-Trail vous informe gratuitement sur l’actualité du trail.
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