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🎧 Après l’UTMB et les Templiers, c’est au tour de l’Ultra Marin de faire entrer une marque dans son nom officiel.
L’événement breton s’appellera désormais le Kinetik Ultra Marin, à la suite d’un accord conclu jusqu’en 2029 avec l’équipementier français. Une décision qui illustre une tendance de fond dans le monde du trail : les grandes courses ne se contentent plus d’afficher leurs sponsors sur les arches de départ, elles leur ouvrent désormais une place dans leur identité.
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L’Ultra Marin devient officiellement le Kinetik Ultra Marin
C’est une nouvelle étape dans le développement de l’une des grandes courses françaises d’ultra-endurance. Vendredi 16 octobre 2026, les organisateurs de l’Ultra Marin ont officialisé l’arrivée de Kinetik comme partenaire titre de l’événement, à l’occasion d’une soirée organisée à la Maison Obono, au Bono, dans le Morbihan.
La marque bretonne, spécialisée dans les vêtements techniques pour la course à pied et le trail, accompagne déjà l’épreuve depuis 2023. Devenue partenaire majeur en 2025, elle franchit aujourd’hui un cap supplémentaire en associant directement son nom à celui de la manifestation.
Le partenariat doit se poursuivre jusqu’en 2029.
Ce rapprochement s’inscrit dans une relation déjà ancienne à l’échelle de l’événement, mais le changement est loin d’être anodin. Désormais, le nom du fabricant fait partie de l’appellation officielle de la course.
Pour Kinetik, c’est une formidable exposition auprès des milliers de pratiquants qui participent chaque année à ce rendez-vous du golfe du Morbihan. Pour les organisateurs, cette association peut représenter un levier financier et commercial important pour accompagner le développement de l’événement.
Mais derrière cette annonce se pose une question plus large : pourquoi les grandes courses de trail acceptent-elles de plus en plus de vendre une partie de leur identité à des marques ?
Le Dacia UTMB a mis le phénomène du naming sous les projecteurs
Le naming n’a évidemment rien de nouveau. Depuis des décennies, des compétitions sportives, des stades et des championnats associent leur nom à celui d’une entreprise en échange d’un soutien financier.
Le principe est simple : une marque rémunère une organisation pour bénéficier d’une visibilité exceptionnelle, au point de devenir indissociable, au moins temporairement, de l’appellation officielle de l’événement.
Dans le monde du trail, cette pratique existait déjà, mais le partenariat entre Dacia et l’UTMB lui a donné une tout autre visibilité.
En juillet 2023, après une première collaboration engagée en 2022, le constructeur automobile est devenu partenaire titre de l’UTMB Mont-Blanc. La plus célèbre course d’ultra-trail au monde s’est alors présentée sous le nom de Dacia UTMB Mont-Blanc.
L’association avait de quoi surprendre. Voir le nom d’un constructeur automobile précéder celui d’une course emblématique de montagne, historiquement associée à la nature, à l’effort et aux sentiers, rendait particulièrement visible l’évolution commerciale de la discipline.
Il ne s’agissait pourtant pas simplement d’apposer un logo sur une affiche. Dacia entrait dans le nom même d’un événement devenu une référence mondiale.
Le débat dépassait ainsi la seule question du sponsoring. Jusqu’où une course peut-elle commercialiser son identité sans risquer de perdre une partie de ce qui a construit sa réputation ?
Après Dacia, HOKA a pris la place à l’UTMB et aux Templiers
L’histoire ne s’est pas arrêtée avec Dacia.
En avril 2024, HOKA a renforcé son partenariat avec l’UTMB World Series pour devenir partenaire titre de ses événements majeurs, dont les finales de Chamonix. Le Dacia UTMB Mont-Blanc est ainsi devenu le HOKA UTMB Mont-Blanc, dans le cadre d’un accord annoncé jusqu’en 2028.
La même année, un autre monument du trail français a adopté cette logique commerciale : le Festival des Templiers.
Depuis mars 2024, l’événement organisé à Millau porte officiellement le nom de HOKA Les Templiers. Cette nouvelle dénomination n’est d’ailleurs pas une simple suggestion marketing : dans son dossier de presse, l’organisation demande expressément que cette appellation soit reprise dans les communications et les titres des articles consacrés à l’événement.
Ce détail est révélateur.
Le naming ne consiste plus seulement à donner davantage de visibilité à un partenaire. Il vise aussi à faire adopter son nom par les médias, les coureurs, les photographes, les commentateurs et, progressivement, par l’ensemble de la communauté.
À force d’être répété, le nom commercial finit par s’installer dans le langage courant.
Et c’est précisément ce que recherchent les marques : ne plus être simplement présentes autour de la course, mais devenir une partie de son identité.
Du Schneider Electric Marathon de Paris à l’ASICS Marathon de Paris : le running aussi vend ses noms
Le phénomène dépasse largement les frontières du trail. Sur route aussi, les grandes courses françaises ont depuis longtemps intégré les marques à leur identité officielle.
Le Marathon de Paris en est probablement l’exemple le plus emblématique. Pendant treize ans, l’épreuve a porté le nom de Schneider Electric Marathon de Paris, avant d’annoncer un nouveau changement de partenaire titre pour 2027. À partir de sa cinquantième édition, programmée le 4 avril 2027, elle s’appellera officiellement l’ASICS Marathon de Paris.
La marque japonaise, déjà partenaire de l’événement depuis dix-sept ans, ne se contente donc plus d’équiper les coureurs ou de proposer des collections dédiées à la course. Elle prend désormais possession d’une partie de son nom.
Le Semi de Paris suit une logique comparable avec son appellation HOKA Semi de Paris. L’équipementier américain est ainsi associé directement à deux monuments de la course à pied française : le Semi de Paris et le Festival des Templiers, sans oublier l’UTMB Mont-Blanc.
Cette multiplication des partenariats titres montre à quel point les grandes épreuves de running et de trail sont devenues des supports publicitaires particulièrement recherchés.
Et le plus intéressant reste peut-être la succession des marques. Le Marathon de Paris était associé à Schneider Electric, il le sera désormais à ASICS. L’UTMB a connu Dacia avant HOKA. Les partenaires changent, les contrats se renégocient, les logos évoluent, mais les courses restent.
C’est toute l’ambiguïté du naming : une entreprise peut acheter temporairement une place dans le nom d’une épreuve, mais elle ne peut pas acheter son histoire ni l’attachement des coureurs.
Avec Kinetik, l’Ultra Marin suit désormais la même logique
L’arrivée de Kinetik à l’Ultra Marin marque une nouvelle étape, d’autant que l’événement breton possède une identité géographique particulièrement forte.
Depuis 2005, cette course s’est construite autour du golfe du Morbihan, de ses sentiers côtiers, de ses paysages maritimes et d’une forme d’ultra-endurance assez différente des grandes épreuves alpines.
Son Grand Raid de 175 kilomètres fait partie des rendez-vous majeurs de l’ultra-trail français. L’édition 2027, programmée du 23 au 27 juin, proposera huit épreuves et mobilisera environ 1 500 bénévoles, selon les chiffres présentés par l’organisation.
L’Ultra Marin bénéficie donc déjà d’un nom reconnu et d’un ancrage territorial puissant.
En lui associant celui de Kinetik, les organisateurs font le choix d’un modèle économique de plus en plus répandu, avec une différence notable par rapport au partenariat initial entre Dacia et l’UTMB : cette fois, il s’agit d’une entreprise française directement spécialisée dans l’équipement des coureurs.
L’association paraît ainsi plus naturelle d’un point de vue sportif.
Mais sur le fond, le mécanisme est identique : une marque achète une place privilégiée dans la visibilité et la communication d’une course.
Le naming permet de financer les courses, mais à quel prix pour leur identité ?
Il serait trop facile de condamner systématiquement ces partenariats.
Organiser un grand événement de trail représente des dépenses considérables. Sécurité, secours, logistique, ravitaillements, transports, équipements, chronométrage ou encore dispositifs environnementaux : les exigences augmentent avec la fréquentation et la professionnalisation des manifestations.
Dans ce contexte, l’arrivée d’un partenaire titre peut apporter des moyens supplémentaires et contribuer à sécuriser l’avenir d’une épreuve.
Mais l’autre face de cette évolution mérite aussi d’être interrogée.
Une course de trail est-elle seulement un événement sportif dont on peut commercialiser le nom, ou représente-t-elle aussi un patrimoine collectif construit avec ses coureurs, ses bénévoles et son territoire ?
Car les grandes épreuves n’ont pas bâti leur réputation grâce à leurs partenaires commerciaux. Elles l’ont construite au fil des éditions, grâce aux athlètes, aux parcours, aux organisateurs et aux milliers de passionnés qui leur sont restés fidèles.
L’UTMB était déjà l’UTMB avant Dacia et HOKA. Les Templiers étaient déjà une légende du trail bien avant leur rapprochement avec l’équipementier américain. Et l’Ultra Marin n’a pas attendu Kinetik pour devenir une référence de la course à pied en Bretagne.
Le paradoxe est là : plus une course possède une identité forte, plus celle-ci devient attractive pour les annonceurs.
À force de vendre leur nom, les grandes courses risquent-elles de se ressembler ?
La multiplication des partenariats titres accompagne une transformation profonde du trail running.
Longtemps porté par des structures associatives, des bénévoles et des passionnés, ce sport attire désormais des entreprises capables d’investir dans les événements, les équipes professionnelles et les athlètes.
Le développement économique de la discipline est une réalité, et il serait illusoire de penser que les grandes courses pourraient continuer à grandir sans partenaires privés.
Pour autant, cette évolution pose une question d’équilibre.
Lorsque les noms commerciaux se multiplient, le risque est de voir les événements adopter progressivement les mêmes codes marketing, avec des marques omniprésentes dans les communications et des identités sportives qui passent au second plan.
Le sujet est d’autant plus sensible dans le trail que les participants recherchent souvent autre chose qu’une expérience sportive standardisée. Ils viennent découvrir un territoire, retrouver une ambiance, vivre un parcours et participer à une histoire.
Une histoire dont le nom de la course est précisément l’un des principaux symboles.
En résumé, l’Ultra Marin change de nom, mais les coureurs continueront probablement de l’appeler l’Ultra Marin
Avec Kinetik, l’Ultra Marin fait un choix commercial parfaitement compréhensible. L’entreprise accompagne déjà la manifestation depuis plusieurs années, elle appartient à l’univers du running et son implantation bretonne rend ce rapprochement cohérent.
Il ne s’agit donc pas d’un partenariat artificiel entre deux acteurs qui n’auraient rien en commun.
Mais cette annonce confirme que le naming s’installe durablement dans le paysage du trail français. Après le Dacia UTMB, le HOKA UTMB Mont-Blanc et HOKA Les Templiers, c’est désormais au tour de l’Ultra Marin d’intégrer le nom d’une entreprise à son appellation officielle.
Reste à savoir si les coureurs suivront.
Car les organisateurs peuvent modifier leurs logos, leurs affiches et leurs communiqués. Ils peuvent demander aux médias de reprendre une nouvelle dénomination. Mais ils ne décident pas entièrement de la manière dont les passionnés parlent de leur course préférée.
Dans les conversations entre traileurs, on continue de parler de l’UTMB et des Templiers.
Et il y a fort à parier que, malgré tous les efforts de communication, les coureurs continueront longtemps à dire qu’ils vont faire l’Ultra Marin, tout simplement.
Sources : Ouest-France, article de Quentin Burban publié le 16 octobre 2026 ; communiqués officiels Dacia, UTMB World Series et HOKA Les Templiers ; site officiel de l’Ultra Marin.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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